Olivier Soria, quel a été votre parcours et quel regard portez-vous aujourd’hui sur la prévention des risques professionnels ?
O.S. : « J’ai travaillé pendant plusieurs années dans la prévention des risques professionnels et, avec mes équipes, nous avions pour mission d’accompagner les entreprises et de promouvoir des solutions permettant de mieux prévenir les accidents du travail. La prévention des risques repose sur une culture structurée : identifier les dangers, évaluer les risques, construire des plans d’action pour les prévenir et suivre l’efficacité des mesures. Avec le temps, cela m’a permis d’observer un paradoxe : nous pouvions être très performants pour prévenir les risques physiques, mais notre secteur n’était pas du tout armé pour prévenir les risques psychosociaux, ou RPS. Pourtant, ceux-ci provoquent une part considérable des jours non travaillés. »
C’est cela qui vous a conduit à vous intéresser aux RPS et à créer Shineful Work ?
O.S. : « Avec mes équipes, nous avons traversé plusieurs périodes de fortes perturbations (Covid, Brexit, etc.). Elles ont profondément bouleversé notre organisation du travail et notre quotidien, et ont renforcé ma prise de conscience de l’importance des RPS. Au fil des dernières décennies, nous avons développé une véritable culture de prévention primaire pour éviter les accidents du travail : identifier les risques, agir en amont, mettre en place des mesures de prévention et en suivre l’efficacité. Mais pour les RPS, nous sommes encore trop souvent dans une logique curative, en intervenant lorsque les dégâts sont déjà visibles. Au regard des conséquences humaines et économiques, il devient urgent de changer de logique et de mieux prévenir ces risques. Shineful Work est né de cette conviction et de cette nécessité. »
Quel est aujourd’hui l’état des lieux des RPS en entreprise ?
O.S. : « Les chiffres montrent que nous sommes face à un phénomène massif. Stress, épuisement professionnel, anxiété, troubles du sommeil, perte de motivation, désengagement, conflits ou encore harcèlement sont les manifestations de situations de travail dégradées. Les conséquences dépassent largement la souffrance individuelle : absentéisme, turnover, désorganisation et perte de performance. En Europe, les conséquences des risques psychosociaux représentent un coût économique de plus de 100 milliards d’euros par an1. Pourtant, malgré l’ampleur du phénomène, notre approche reste encore trop souvent réactive. »
Pourquoi sommes-nous encore principalement dans une logique curative face aux RPS ?
O.S. : « Nous avons historiquement construit autour de la prise en charge des conséquences : intervenir lorsqu’un signal d’alerte apparaît, gérer une crise ou accompagner une personne en difficulté. Ces dispositifs sont nécessaires et permettent de réagir aux conséquences des RPS, mais ils ne peuvent constituer à eux seuls une politique de prévention. Prendre soin des individus en souffrance ne doit pas nous dispenser d’agir sur les causes et sur l’organisation du travail. La prévention primaire consiste justement à intervenir en amont, pour identifier les causes et agir sur les facteurs générateurs de risques. »
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Que signifie concrètement passer du curatif à la prévention primaire ?
O.S. : « Simplement appliquer aux RPS les fondamentaux de la prévention des risques : identifier les causes, mesurer, prioriser, agir et suivre dans le temps. L’évaluation est indispensable, mais elle ne doit pas être une finalité. Un diagnostic qui finit dans un PDF ne prévient aucun risque. Il faut répondre à des questions concrètes pour mettre en œuvre une réelle politique de prévention des RPS : où sont les risques ? Quels facteurs sont prioritaires ? Comment contenir les niveaux d’exposition ? Qui doit agir ? Et les actions produisent-elles les effets escomptés ? C’est cette logique qui permet de passer du curatif et d’une photographie ponctuelle à une démarche d’amélioration continue de l’organisation du travail. »
Comment Shineful Work permet-il de concrétiser cette vision ?
O.S. : « Nous avons créé Shineful Work pour faciliter et démocratiser une démarche de prévention des RPS. Avec RPS360°, les entreprises disposent d’une plateforme SaaS qui permet de structurer leur évaluation des RPS à partir d’une méthodologie fondée sur des protocoles scientifiques reconnus, de disposer de données objectivées, d’identifier et de prioriser les facteurs de risque, puis de construire et suivre les actions de prévention. L’objectif est de faire évoluer l’évaluation des RPS d’une démarche ponctuelle vers un véritable outil de pilotage pour préserver la santé mentale des collaborateurs et agir concrètement et efficacement sur le désengagement, l’épuisement, l’absentéisme et le turnover. »
Quelle ambition portez-vous à travers Shineful Work ?
O.S. : « Avec Shineful Work, nous voulons contribuer à faire passer le monde du travail d’une culture de réparation de la souffrance à une véritable culture de prévention de la santé psychologique des collaborateurs. Nous savons prévenir les risques professionnels en agissant sur leurs causes. Nous devons être capables d’appliquer la même exigence aux risques psychosociaux : comprendre ce qui se passe, identifier les facteurs de risque, détecter les signaux faibles et surtout agir en amont. C’est pour rendre cette prévention accessible au plus grand nombre que nous avons créé Shineful Work.
La plateforme RPS360° que nous avons développée permet de transformer cette ambition en une démarche concrète, avec des indicateurs qui donnent aux dirigeants, aux managers et aux équipes RH et de prévention les moyens de piloter leur santé organisationnelle dans la durée. Nous voulons ainsi que la santé psychologique ne soit plus considérée comme un sujet à traiter lorsqu’un problème apparaît, mais comme un véritable enjeu de prévention et de performance de l’entreprise. Et pour une fois, tout le monde peut agir ensemble, dans l’intérêt de la santé des collaborateurs, mais aussi de la performance durable de l’entreprise. »
Plus d’infos :
Site : www.shineful.work
Mail : hello@shineful.work
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