À l’occasion de sa campagne consacrée au bruit dans le secteur tertiaire, l’INRS, institut national de santé et sécurité au travail, met en lumière un risque encore largement sous-estimé dans ce secteur. Patrick Chevret, responsable de laboratoire acoustique à l’INRS, en décrypte les enjeux et les leviers d’action pour les entreprises. L’INRS est une association loi 1901 créée en 1947 sous l’égide de la Cnam, administrée par un Conseil paritaire (employeurs et salariés). L’Institut mobilise quatre modes d’action (études et recherche, assistance, formation et information-communication) pour contribuer à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.
Pourquoi avoir choisi de mettre ce sujet en lumière aujourd’hui ?
P.C : « Chaque année, nous menons une campagne thématique de prévention des risques professionnels. Après les risques machines, nous avons souhaité sensibiliser cette année au bruit dans le tertiaire (bureaux, hôpitaux, commerces…).
Si la réglementation prévoit des actions dès 80 décibels, elle ne prend pas en compte les bruits modérés. Et parce qu’ils n’entraînent pas de surdité directe, ces bruits modérés ne donnent pas lieu à réparation par l’Assurance maladie. Cette absence de reconnaissance contribue à banaliser le phénomène. »
Quels sont les effets de ces bruits ?
P.C : « Quand on parle de bruits modérés, notamment dans les bureaux, ce sont d’abord les conversations, mais aussi les bruits de sonneries ou notifications, les déplacements et les équipements. Ces bruits peuvent entraîner de la gêne, une baisse de concentration mais aussi une baisse de vigilance. À terme, ils favorisent le stress, la fatigue ou encore des troubles du sommeil. Ils impactent directement la motivation, la qualité du travail fourni et la performance globale des équipes. »
Pourquoi ce risque reste-t-il sous-estimé ?
P.C : « D’abord parce que la réglementation ne le couvre pas, ensuite par manque d’information. D’où notre campagne, lancée le 2 juin : “Au travail, le bruit, on en parle ?”. L’objectif est d’inciter les entreprises à intégrer ce sujet dans leur démarche de prévention des risques professionnels, au même titre que d’autres risques mieux identifiés. »
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Quelles actions simples mettre en place ?
P.C : « Il faut analyser les flux de communication et adapter l’organisation. Réduire le bruit des équipements et améliorer l’acoustique des locaux est essentiel. Des solutions simples existent, comme la création d’espaces dédiés aux échanges ou l’installation de matériaux absorbants. Un local réverbérant sera pénalisant pour une bonne qualité de l’environnement sonore. L’idéal reste d’intégrer ces enjeux dès la conception des espaces. »
Et à plus long terme ?
P.C : « La formation et l’information sont essentielles. Nous proposons notamment des formations sur le bruit en open space pour les acteurs de la prévention. L’enjeu est d’inscrire durablement cette problématique dans les politiques de qualité de vie et des conditions de travail. »


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