Une réservation, un paiement ou un journal d’incident ont un point commun : ils s’appuient sur une heure. Ce repère paraît stable. Pourtant, sa relation avec la rotation de la Terre impose aujourd’hui des corrections ponctuelles. Leur gestion devient difficile lorsque des systèmes doivent travailler ensemble sans interruption.
La 28e Conférence générale des poids et mesures, réunie à Versailles, doit examiner une évolution de cette règle. Le principe d’une tolérance accrue a déjà été décidé en 2022, avec une mise en œuvre au plus tard en 2035. Le nouveau projet propose d’avancer cette étape. Au 5 octobre, le vote reste à venir.
La seconde intercalaire, un raccord entre deux façons de mesurer le temps
Le temps universel coordonné, ou UTC, constitue la référence internationale de l’heure civile. Il repose sur les horloges atomiques. L’UT1 décrit, lui, la rotation réelle de la Terre. Celle-ci varie, tandis que la seconde atomique fournit une durée stable.
Depuis 1972, une correction permet de maintenir leur écart dans une limite de 0,9 seconde. Vingt-sept secondes intercalaires ont ainsi été ajoutées, la dernière fin 2016. Mais l’accélération récente de la rotation terrestre pourrait imposer l’opération inverse : supprimer une seconde.
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Cela ne ferait pas reculer les aiguilles. Dans la séquence UTC, on passerait de 23 h 59 min 58 s à minuit, en sautant 23 h 59 min 59 s. Cette seconde intercalaire négative n’a encore jamais été appliquée.
Un atelier scientifique organisé en mars 2025 par le BIPM et l’IERS estime à 30 % la probabilité d’en avoir besoin d’ici 2035. Ce chiffre concerne une correction temporelle, pas la probabilité d’une panne mondiale. Il dépend des modèles de rotation terrestre.
Mai 2027 : une date proposée, sans changement d’heure pour le public
Le projet de résolution soumis à la conférence prévoit un UTC continu à partir du 20 mai 2027. La tolérance entre UTC et UT1 passerait à 3 600 secondes, soit une heure. Cette marge permettrait d’éviter les ajustements pendant plusieurs siècles.
Il ne s’agit donc pas d’ajouter une heure aux montres en 2027. La réforme modifierait l’écart autorisé entre deux échelles de temps. Elle ne supprimerait ni les fuseaux horaires, ni les règles nationales de changement d’heure.
En attendant, le bulletin officiel de l’IERS du 6 juillet 2026 annonce qu’aucune seconde intercalaire ne sera introduite à la fin de décembre. Aucune suppression de seconde n’est donc programmée pour cette échéance.
Les 300 milliards de dollars ne sont pas une facture annoncée
Le chiffre repris dans plusieurs titres demande une précision. Le projet du BIPM rapproche les efforts nécessaires pour préparer les infrastructures d’une seconde négative de ceux du passage à l’an 2000. Il ne chiffre pas les pertes d’un futur incident.
Dans son décryptage publié le 4 octobre, BFM Business rappelle une estimation de Gartner : 300 milliards de dollars de dépenses mondiales de préparation au bug de l’an 2000. Le montant sert de comparaison historique. Il ne constitue ni un budget adopté pour la réforme, ni une estimation établie des dommages à venir.
Le risque technique, en revanche, dispose de précédents documentés. Cloudflare a expliqué comment la seconde ajoutée fin 2016 avait perturbé certaines résolutions de noms de domaine le 1er janvier 2017. Un calcul de durée avait produit une valeur négative que le logiciel ne savait pas traiter.
Cet exemple montre pourquoi les équipes techniques surveillent ces ajustements. Il ne démontre pas que tous les logiciels tomberaient en panne lors d’une seconde négative.
GLONASS explique une partie des réserves russes
La Russie ne refuse pas nécessairement le principe d’une réforme : les réserves décrites par BFM Business concernent surtout son rythme. Son système de navigation satellitaire GLONASS utilise un temps intégrant les secondes intercalaires.
Un article de Judah Levine, Patrizia Tavella et Martin Milton, publié dans Metrologia, décrit les adaptations nécessaires. Le dépassement de la limite actuelle impose notamment une mise à jour des messages de navigation et des récepteurs au sol. Le texte rapportait un besoin de préavis de quinze ans pour une mise à jour complète.
Ce constat explique la difficulté d’un calendrier accéléré. Toutefois, cette publication de 2022 ne permet pas d’établir l’état exact des équipements russes en octobre 2026. Elle ne démontre pas non plus un blocage acquis du vote à Versailles.
Des questions à poser aux prestataires, avant de modifier les systèmes
Pour une entreprise utilisatrice, la priorité consiste à identifier les applications sensibles aux dates, aux durées et à l’ordre des événements. Les prestataires doivent pouvoir expliquer leurs sources de temps et la manière dont leurs services traitent une correction.
Certains opérateurs répartissent déjà l’ajustement sur plusieurs heures, une méthode appelée lissage temporel. Cependant, les durées et les méthodes diffèrent. Meta documente ces écarts depuis 2022 : des systèmes qui appliquent des corrections différentes peuvent momentanément ne plus partager la même heure.
La revue doit donc porter sur les interfaces entre services, et pas seulement sur chaque application prise isolément. Elle rejoint les questions de dépendances technologiques des entreprises françaises : quelles fonctions dépendent d’un fournisseur et quelles garanties de compatibilité apporte-t-il ?
Le sujet prolonge aussi celui de la continuité d’activité lorsque des services numériques deviennent indisponibles. Les scénarios de test doivent partir des opérations à maintenir : transmettre une commande, confirmer un paiement ou retrouver une trace fiable.
La réforme pourrait retirer une source de difficulté aux infrastructures. Son adoption ne dispenserait toutefois pas les entreprises de connaître les dépendances entre leurs outils. Une heure identique à l’écran ne suffit pas à garantir que deux services traitent les événements de la même façon.
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