L’expression en public : un mur à franchir

Par Warner Altarac |
L’expression en public : un mur à franchir

75 % des femmes déclarent craindre de prendre la parole en public. Peur de l’échec, du ridicule, du jugement des autres : derrière ces appréhensions se cache souvent un syndrome de l’imposteur persistant, qui freine les carrières et bride le potentiel. À l’heure où les oraux jouent un rôle déterminant ( que ce soit dans les processus de sélection des grandes écoles, les entretiens d’embauche, les prises de poste stratégiques ou les comités de direction ) la maîtrise de la parole devient une compétence clé. Pourtant, à compétences égales, les femmes hésitent davantage à s’exprimer, ce qui contribue à renforcer les inégalités professionnelles.

Michaela Merk, première femme française à recevoir le Global Speaking Fellow, la plus haute distinction internationale en art oratoire décernée par la Global Speakers Federation (seulement 44 lauréats dans le monde), professeure à Audencia et ancienne dirigeante dans des groupes internationaux du luxe, partage des clés concrètes pour oser s’exprimer et gagner en impact.

Le travail en amont

En tant qu’ancienne championne de gymnastique en Allemagne, Michaela Merk insiste sur la gestuelle comme levier d’impact. Se tenir droite, occuper l’espace, ralentir ses gestes : le cerveau interprète cette posture comme un signal de sécurité. La confiance suit naturellement.

La manière dont on se tient physiquement influence directement la manière dont on est perçue, mais aussi la manière dont on se perçoit soi-même. Adopter une posture ouverte et ancrée permet de réduire le stress et de projeter une présence plus assurée. Le stress n’est pas un ennemi, mais un indicateur d’importance. Plutôt que chercher à le supprimer, il faut le canaliser : respiration lente, ancrage des pieds au sol, regard stable. L’objectif n’est pas d’être parfaite, mais présente.

Accepter le trac comme une réaction normale face à un enjeu important permet de le transformer en carburant plutôt qu’en frein. Les plus grands orateurs ressentent cette montée d’adrénaline : c’est elle qui donne de l’énergie et de l’intensité au discours.

Oser montrer ses émotions

Un grand discours reste mémorable s’il touche les cœurs. Les femmes, par nature, peuvent être sensibles, empathiques, émotionnelles. Mais pour être prises au sérieux dans un monde encore très dominé par les hommes, elles pensent devoir cacher leurs sentiments. Or, c’est l’opposé qui constitue une arme redoutable de l’impact : oser montrer ses vraies émotions permet de gagner en authenticité.

L’émotion crée la connexion. Un discours techniquement parfait mais dépourvu d’émotion laissera l’audience indifférente. À l’inverse, une prise de parole sincère, incarnée et émotionnellement assumée marque les esprits durablement. Les femmes, loin de devoir imiter les codes masculins traditionnels, peuvent tirer parti de leur capacité à créer du lien et de l’empathie.

La prise de parole en public n’est pas un don inné réservé à quelques-uns. C’est une compétence qui se travaille, se construit et s’affine avec la pratique. Pour les femmes, dépasser les freins intérieurs et oser occuper l’espace vocal ne relève pas seulement du développement personnel : c’est un enjeu d’égalité professionnelle et de leadership.