Après l’euphorie post-Covid et les levées records de 2021-2022, le capital-risque européen traverse une phase de ralentissement. Les investissements ont chuté de 55 % par rapport au pic de 2021, les méga-levées se raréfient et les investisseurs se montrent désormais plus attentifs à la rentabilité qu’à la croissance à tout prix. Pourtant, cette correction ne signifie pas nécessairement un décrochage européen face aux États-Unis.
Une vaste étude internationale pilotée notamment par Audencia vient nuancer cette perception. Publiée dans la revue scientifique Small Business Economics, elle révèle que le capital-risque européen affiche des performances proches de celles observées outre-Atlantique, mais selon des méthodes et des logiques d’investissement très différentes.
Des performances comparables malgré un marché plus petit
L’étude, menée auprès de 611 dirigeants représentant 396 fonds européens et 130 milliards d’euros d’actifs sous gestion, montre que les taux de réussite, les rendements et même les échecs sont globalement similaires entre l’Europe et les États-Unis.
Contrairement à certaines idées reçues, l’Europe n’apparaît donc pas structurellement moins performante. Les investisseurs des deux continents utilisent d’ailleurs des mécanismes contractuels proches : clauses anti-dilution, droits de participation ou encore gouvernance renforcée des conseils d’administration.
À lire aussi
Autre point commun majeur : l’importance accordée aux fondateurs. Pour 96 % des investisseurs interrogés, la qualité de l’équipe dirigeante reste le premier facteur de succès d’une startup.
Deux visions opposées du risque et de la croissance
Si les résultats se ressemblent, les approches divergent fortement. Les investisseurs américains privilégient avant tout la scalabilité du projet, la taille du marché et la solidité du modèle économique. En Europe, les critères humains pèsent davantage dans la décision finale.
Les fonds européens accordent ainsi une attention particulière à la résilience, à l’engagement personnel et à la crédibilité du dirigeant. À l’inverse, les investisseurs américains évaluent davantage la capacité d’une équipe à faire croître rapidement une entreprise.
Cette différence influence directement les levées de fonds. Là où les États-Unis valorisent l’ambition et les perspectives futures, l’Europe adopte une approche jugée plus prudente et réaliste.
« L’Europe privilégie le réalisme, les États-Unis l’ambition », résume Benjamin Le Pendeven, professeur associé à Audencia et spécialiste de la finance entrepreneuriale.
Un modèle européen plus collaboratif
L’étude souligne également que les investisseurs européens privilégient davantage les co-investissements et les expertises complémentaires entre fonds. Ce fonctionnement favorise une approche plus collaborative, mais parfois plus lente dans les prises de décision.
Pour les chercheurs, le principal défi européen ne réside donc pas dans la qualité des investissements, mais dans l’échelle du marché et la fluidité des financements entre les différentes phases de croissance. Les auteurs recommandent notamment de renforcer l’accès aux capitaux de croissance, d’élargir le vivier de startups financées en phase early-stage et d’encourager davantage la coopération entre investisseurs européens.
Au-delà des chiffres, cette étude rappelle surtout qu’il n’existe pas un modèle unique du capital-risque. L’Europe ne copie pas les États-Unis : elle développe progressivement sa propre manière de financer l’innovation et l’entrepreneuriat.
À lire également sur Business Times
- AutresInfios nomme Sven Adler CFO pour accompagner sa croissance
- AutresQare franchit les 10 millions de téléconsultations et veut accompagner un Français sur cinq d’ici 2030
- ActualitésPrix Moovjee 2026 : de jeunes entrepreneurs récompensée
- AutresJinka lève 1 million d’euros pour accélérer dans l’immobilier
