La résilience numérique n’est plus seulement un sujet technique. Selon une étude Wavestone x MEDEF, elle devient un enjeu de compétitivité pour les entreprises françaises, dans un contexte de tensions géopolitiques et de dépendances technologiques fortes.
Un enjeu qui dépasse les services IT
La résilience numérique prend une place de plus en plus importante dans les entreprises françaises. Longtemps réservée aux sujets IT, cyber ou conformité, elle devient désormais une question stratégique. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude « Résilience et Autonomie numériques », réalisée par Wavestone avec le MEDEF.
L’enquête a été menée auprès de plus de 500 dirigeants d’entreprises françaises, tous secteurs confondus. Elle montre une prise de conscience réelle, mais encore inégale. Certaines organisations ont déjà lancé des actions concrètes. D’autres restent encore dans une phase d’évaluation.
Ce changement intervient dans un contexte marqué par la fragmentation géopolitique, la montée des tensions autour de la souveraineté économique et l’accélération des dépendances technologiques. Pour les entreprises, l’enjeu n’est donc plus seulement de sécuriser leurs outils. Il s’agit aussi de préserver leur capacité d’action.
Des dépendances désormais bien identifiées
Les entreprises françaises identifient plus clairement leurs points de fragilité. Le cloud public arrive en tête des dépendances jugées critiques, avec 20 % des réponses. Il est suivi par l’intelligence artificielle et la data, citées par 18 % des dirigeants. Les infrastructures IT représentent aussi un point sensible, avec 14 % des réponses.
Les logiciels métiers et les outils collaboratifs font également partie des zones de dépendance. Ces éléments sont au cœur du fonctionnement quotidien des entreprises. Une rupture, une restriction d’accès ou un changement brutal de conditions peut donc avoir des effets directs sur l’activité.
Face à ces risques, les dirigeants semblent prêts à investir. Plus de 65 % se disent prêts à engager des investissements ciblés pour renforcer leur résilience et leur autonomie numériques. Près de la moitié évoque même des investissements significatifs ou majeurs.
Mais toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens. Les grandes entreprises apparaissent plus avancées. Les petites structures, elles, ont souvent moins de marge de manœuvre pour engager des transformations rapides.
La compétitivité au cœur du sujet
L’étude montre aussi une évolution importante dans la manière de considérer la résilience numérique. Elle n’est plus seulement vue comme un moyen de limiter les risques. Elle devient un levier de performance et de compétitivité.
Plus de la moitié des dirigeants interrogés considèrent la résilience et l’autonomie numériques comme un levier important ou critique à horizon trois ans. Cette vision change la place du sujet dans l’entreprise. Il ne concerne plus uniquement les équipes techniques, mais aussi les directions générales.
Pour Imène Kabouya, Partner IA et souveraineté numérique chez Wavestone, les entreprises vivent un changement de paradigme. La dépendance numérique devient une question de résilience économique, de compétitivité et parfois de capacité d’action stratégique. Elle souligne aussi un paradoxe : la prise de conscience progresse plus vite que les transformations concrètes.
Dans ce contexte, sécuriser ses choix technologiques devient un facteur de compétitivité. Les entreprises doivent pouvoir maintenir leur agilité opérationnelle, limiter les blocages et garder une liberté d’action face aux grands fournisseurs numériques.
Le défi des alternatives européennes
La volonté d’agir existe, mais elle se heurte à un frein majeur. Selon l’étude, 29 % des dirigeants identifient le manque de solutions européennes matures et compétitives comme le principal obstacle. Le coût de transition arrive ensuite, avec 24 % des réponses. Le risque de perte de performance est cité par 15 % des répondants.
Pour l’instant, les réponses engagées restent surtout défensives. Les entreprises cherchent à diversifier leurs fournisseurs, à limiter le verrouillage technologique ou à renforcer leurs capacités de réversibilité. L’objectif est d’abord de réduire leur exposition aux risques.
Une approche plus volontariste commence toutefois à émerger. Près d’un tiers des répondants, soit 31 %, déclarent privilégier des alternatives européennes ou contribuer à leur développement. Cette tendance montre que le sujet de la souveraineté numérique entre peu à peu dans les choix opérationnels.
Pour accélérer, les entreprises attendent aussi une dynamique collective. 38 % des répondants estiment que le principal levier serait l’émergence de champions technologiques européens capables de proposer des alternatives solides aux acteurs dominants.
Wavestone, adhérent de Numeum, s’inscrit dans cette volonté de structurer un écosystème numérique européen plus souverain et plus compétitif. L’enjeu est clair : passer d’une prise de conscience à des décisions concrètes, avec des investissements ciblés et des solutions crédibles.
La résilience numérique s’impose donc comme un sujet central pour les entreprises françaises. Elle touche à la technologie, mais aussi à la stratégie, à la performance et à la souveraineté économique. Dans les années à venir, la capacité à réduire les dépendances pourrait devenir un vrai marqueur de compétitivité.
