Facturation Fiscalité

Facturation électronique : pourquoi la réforme transforme les logiciels ?

Par Celia Bonnin |
Facturation électronique : pourquoi la réforme transforme les logiciels ?

La réforme de la facturation électronique entre en vigueur en septembre 2026. Plus de 4 millions d’entreprises assujetties à la TVA devront recevoir des factures électroniques. Repenser les systèmes logiciels obsolètes est une priorité pour éviter un bug massif.

Une réforme pour encadrer et fiabiliser les échanges de données

Cette réforme convertit la facture en objet réglementé et suivi en temps réel. D’après la plateforme agréée IOPOLE, 72% des entreprises se disent prêtes à l’appliquer mais en pratique, seuls 20% émettent des factures dans un format conforme (Factur-X, CII, UBL). Il s’agit d’un changement d’échelle qui amène à repenser l’architecture et le fonctionnement des logiciels. Selon l’INSEE, l’enjeu pour l’État est de récupérer un manque à gagner de la TVA estimé entre 20 et 25 milliards d’euros par an. 

Dans la pratique, les entreprises émettent leurs factures et données via leurs logiciels, qui sont transmises à des Plateformes Agréées (PA) qui assurent les contrôles de conformité. Ces plateformes échangent avec le Portail Public de Facturation (PPF), chargé de centraliser les informations. Un annuaire permet d’identifier les entreprises et de router correctement les flux. Toutes les entreprises devront pouvoir recevoir des factures électroniques à compter du 1er septembre 2026. La généralisation de l’e-reporting à toutes les entreprises sera effective au 1er septembre 2027.

Une distinction fondamentale : e-invoicing et e-reporting

L’e-invoicing concerne les échanges de factures électroniques entre entreprises dans le cadre domestique. Il s’agit d’un flux de factures générées en temps réel. En parallèle, l’e-reporting consiste à transmettre des informations de transaction et de paiement à l’administration fiscale de manière périodique.

Ainsi, le e-reporting est un élément structurant de la réforme. Ce flux de données inclut ce qui ne passe pas par la facturation électronique classique : opérations B2C (avec des particuliers ou des organisations non assujetties à la TVA), opérations B2B internationales (entre entreprises) et les données de paiement. 

Repenser la conformité : une couche technique structurante 

Les logiciels métiers doivent être mis en conformité pour éviter les erreurs techniques. La dissociation entre la transaction et le paiement produit des périodes fiscales différenciées (paiement échelonnés ou différés). Ces deux dimensions temporelles sont un défi pour les logiciels métiers. Les entreprises doivent se doter d’une expertise technique spécifique, une veille réglementaire continue et une capacité à faire évoluer rapidement le système. Selon Dorain Keiflin, CEO de IOPOLE : “La conformité fiscale est en train de devenir une brique d’infrastructure au même titre que le paiement ou l’identité numérique”. 

Le Portail Public de Facturation est chargé de la cohérence, de l’unicité et de la conformité structurelle des données. En pratique, plusieurs erreurs apparaissent liées, par exemple, à une qualification fiscale incorrecte ou une absence de traçabilité. La mise en application d’une réforme similaire en Belgique dès le 1er janvier a souligné des failles de logiciels. En moins de deux semaines, de nombreuses difficultés liées aux points d’accès et de factures illisibles ont été relevées.

Une réforme française mais une trajectoire européenne 

Cette innovation fiscale s’inscrit dans un mouvement de fond à l’échelle de l’Union européenne. En effet, le 11 mars 2025, le conseil ECOFIN a définitivement adopté le paquet ViDA (VAT in the Digital Age). Les mesures comportent la dématérialisation des échanges, le reporting fiscal en temps réel et la simplification de l’enregistrement de la TVA à l’échelle européenne.

En 2035, les modèles nationaux devront converger vers le standard ViDA. Ainsi, l’enjeu est double pour la France : construire son propre système et s’aligner avec le standard européen. Dorian Keiflin affirme que “la réforme française n’est pas une contrainte locale. C’est le premier maillon d’une infrastructure fiscale européenne en construction.”

La facturation électronique ne transforme pas seulement les obligations des entreprises. Elle redéfinit la manière dont les logiciels sont conçus, interconnectés et pilotés.