Cette fois, il ne s’agit plus d’une promesse de sécurité ou d’une nouvelle fonction proposée aux parents.
Meta accepte de modifier directement le fonctionnement de Facebook et Instagram pour les utilisateurs de moins de 18 ans.
L’accord conclu avec la quasi-totalité des États américains a mis fin au procès fédéral ouvert le 18 août en Californie. Son volet principal a été approuvé mercredi soir par la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers. Meta ne reconnaît aucune faute mais devra appliquer une série de restrictions destinées à réduire l’utilisation de ses plateformes par les adolescents.
Business Times avait consacré un premier article à l’ouverture de ce procès et aux accusations portées contre Meta le 20 août. Le dossier entre désormais dans une deuxième phase : celle des conséquences concrètes pour les utilisateurs.
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Deux heures par jour, sauf autorisation des parents
La mesure la plus visible sera la limitation quotidienne.
Les comptes appartenant à des utilisateurs de moins de 18 ans seront réglés par défaut sur deux heures d’utilisation par jour. Une fois cette limite atteinte, l’adolescent devra obtenir l’autorisation d’un parent pour continuer à utiliser la plateforme.
Meta va également instaurer une coupure nocturne.
Entre minuit et 6 heures du matin, Facebook et Instagram seront bloqués par défaut pour les mineurs. Là encore, un parent pourra lever la restriction.
Le fonctionnement des applications pendant les heures scolaires sera lui aussi modifié. La plupart des notifications seront désactivées entre 8 heures et 15 heures, tandis qu’elles seront également coupées par défaut la nuit, entre 22 heures et 7 heures.
Les likes ne seront plus affichés par défaut
L’accord s’attaque aussi à plusieurs mécanismes caractéristiques des réseaux sociaux.
Meta devra notamment masquer le nombre de likes et de réactions pour les mineurs et supprimer certains filtres reproduisant des interventions de chirurgie esthétique.
Les adolescents disposeront aussi d’une possibilité de choisir un fil d’actualité non personnalisé, qui ne repose pas sur les recommandations algorithmiques conçues à partir de leur comportement.
Les systèmes permettant de signaler des contenus problématiques devront être renforcés. Meta s’engage notamment à traiter 90 % de certains signalements provenant de jeunes utilisateurs dans un délai de six heures.
Le groupe devra enfin améliorer ses outils de vérification de l’âge afin de repérer les utilisateurs de moins de 18 ans ayant indiqué une fausse date de naissance et identifier les enfants de moins de 13 ans, qui ne sont pas censés utiliser les plateformes.
Un auditeur indépendant aura accès aux informations nécessaires pour vérifier le respect d’une partie de ces engagements.
Meta conserve néanmoins son algorithme et sa publicité ciblée
Les changements sont importants mais l’accord ne remet pas complètement en cause le fonctionnement économique d’Instagram et Facebook.
Meta n’est pas contraint de supprimer ses recommandations personnalisées pour les adolescents. Le fil non algorithmique sera une possibilité, pas nécessairement l’expérience imposée à tous.
L’accord ne contraint pas non plus l’entreprise à abandonner la publicité ciblée.
Ce point est loin d’être secondaire.
Le modèle économique de Meta repose en grande partie sur sa capacité à retenir les utilisateurs, analyser leurs comportements et leur présenter des contenus susceptibles de prolonger le temps passé dans l’application.
Les nouvelles limitations attaquent donc directement l’un des indicateurs essentiels des réseaux sociaux : l’engagement.
James Speta, professeur de droit spécialisé dans les télécommunications à la Northwestern University, estime que ces restrictions vont modifier concrètement l’expérience sur Instagram et Facebook et qu’elles sont justement conçues pour diminuer cet engagement.
Meta veut maintenant entraîner TikTok et YouTube
La partie la plus originale de l’accord se trouve peut-être ailleurs.
Meta a accepté environ 12,7 milliards de dollars de paiements garantis, auxquels pourraient s’ajouter près de 5 milliards supplémentaires si Snapchat, TikTok et YouTube adoptent à leur tour des protections comparables.
Meta doit d’ailleurs lancer ce jeudi une campagne publique pour demander à ses principaux concurrents d’accepter le même cadre.
S’ils rejoignent le dispositif, les règles appliquées aux adolescents pourraient devenir encore plus strictes.
La limite quotidienne pourrait notamment tomber à une heure, tandis que la coupure nocturne serait élargie de 22 heures à 7 heures du matin.
Pour Meta, l’intérêt est évident.
Imposer seul des limitations importantes à Instagram et Facebook ferait courir au groupe le risque de voir les adolescents reporter une partie de leur temps vers TikTok, YouTube ou Snapchat.
Transformer l’accord judiciaire en standard commun à l’ensemble du secteur permettrait au contraire de neutraliser une partie de cet avantage concurrentiel.
Le procès s’arrête, les procédures continuent
L’accord conclu cette semaine met fin au procès ouvert en Californie, alors qu’Adam Mosseri, patron d’Instagram, avait commencé à témoigner et que Mark Zuckerberg devait lui aussi être entendu.
Les États à l’origine du procès envisageaient de réclamer près de 200 milliards de dollars de sanctions civiles.
Meta versera finalement jusqu’à environ 18 milliards de dollars sur dix ans dans le cadre des différents accords conclus.
La bataille judiciaire n’est toutefois pas terminée.
Des milliers de procédures engagées par des particuliers, des familles, des établissements scolaires et des collectivités restent en cours aux États-Unis. La Floride a également refusé de participer au règlement et entend poursuivre son action contre Meta.
Le groupe a donc évité un verdict potentiellement beaucoup plus coûteux sans pour autant refermer définitivement le dossier.
Mais pour les utilisateurs, le changement est désormais beaucoup plus concret que le montant de l’indemnisation.
Après des années de débat sur les effets des réseaux sociaux sur les adolescents, une grande plateforme accepte pour la première fois de limiter elle-même, par défaut, le temps pendant lequel elle peut retenir ses plus jeunes utilisateurs.
Reste maintenant à savoir si TikTok, YouTube et Snapchat accepteront d’en faire autant.
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