Pouvez-vous nous parler de votre entreprise et revenir sur le contexte qui vous a conduit à cette liquidation ?
M.G. : « J’ai créé et développé en 2011 la marque 6IXTES, une marque française d’appareillages électriques haut de gamme. L’objectif était de transformer un objet purement fonctionnel – l’interrupteur – en un objet de décoration et de luxe. L’entreprise a été prospère pendant plus de dix ans. Quelques mois avant la première vague de Covid-19, d’importants impayés de mes cocontractants se sont cumulés. Ils ont entraîné des retards dans le paiement de mes propres charges, notamment auprès de l’URSSAF. J’ai bénéficié d’un redressement judiciaire peu avant la première vague de Covid-19. Si les premiers mois de la période d’observation se sont bien passés, les vagues successives de la Covid-19 ont été dévastatrices : encours bloqués, sous-traitants à l’arrêt, incapacité à produire mes appareillages, impossibilité de vendre mes produits, jusqu’à l’arrêt total de mon activité. »
Avec le recul, quelle a été votre principale erreur ?
M.G. : « Ne pas avoir suffisamment pris en compte les signaux d’alerte, en pensant que la situation finirait par s’arranger. Les retards de paiement de mes clients auraient dû être mieux anticipés. J’aurais également dû mieux m’entourer : un chef d’entreprise ne peut pas être partout à la fois. Il est capital de réunir des expertises complémentaires pour prendre les bonnes décisions au bon moment, dès l’apparition des premières difficultés. Cela passe notamment par l’intervention d’un avocat spécialiste du restructuring aux côtés de l’expert-comptable. »
Que retenez-vous de l’accompagnement de Me Rugina durant cette période ?
M.G. : « Me Rugina est intervenue après la liquidation judiciaire de mon entreprise, lorsque j’ai reçu l’assignation du liquidateur pour faute de gestion. Dans la tourmente, elle m’a sécurisé et redonné une ligne directrice. J’avais une guerrière à mes côtés, quelqu’un qui défendait mes intérêts avec conviction et qui savait expliquer concrètement aux juges les décisions que j’avais prises. Au-delà du juridique pur, elle a aussi su trouver les bons mots au bon moment et m’a aidé à reprendre ma vie en main alors qu’elle m’échappait. Grâce à Maître Rugina, j’ai conservé la possibilité d’exercer en qualité d’auto-entrepreneur ce qui n’est pas un automatisme ; par ailleurs Me Rugina a convaincu les juges de limiter ma condamnation à 60 000 euros au lieu du million sollicité par le liquidateur. »
Maître Rugina, face à une action pour faute de gestion, où se joue réellement la défense dudirigeant ?
S.R. : « C’est un travail extrêmement minutieux consistant à analyser une par une les fautes de gestions reprochées. ll faut replacer chaque fait dans son contexte et expliquer les décisions du dirigeant avec les informations dont il disposait réellement au moment où il les a prises. Une bonne défense doit également permettre de préserver l’avenir du dirigeant. J’ai longuement exposé au Tribunal l’histoire et le parcours de Marc Gresset ainsi que ses projets à venir. Le Tribunal de commerce a autorisé Monsieur Gresset à exercer en qualité d’autoentrepreneur malgré une interdiction de gérer d’une durée de 5 ans. Cette brèche lui a permis de rebondir. »
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Selon votre expérience, le Tribunal fait-il réellement usage de sa marge d’appréciation lorsque le passif à combler est considérable ?
S.R. : « Oui, et c’est précisément là que se joue une grande partie de la défense. Le montant du passif peut impressionner, mais il ne doit jamais dicter à lui seul le montant de la condamnation. Le rôle de l’avocat est de ramener le débat sur les fautes réellement imputables au dirigeant, leur gravité et leur contribution effective à l’insuffisance d’actif. C’est là que la marge d’appréciation du Tribunal prend tout son sens. Dans le dossier de Marc Gresset, l’exposition financière dépassait un million d’euros. La condamnation a finalement été limitée à 60 000 euros. »
Qu’est devenu l’entrepreneur que vous étiez ?
M.G. : « Mon entreprise n’existe plus, mais mon savoir- faire, lui, n’a pas disparu. J’ai accompagné pendant plusieurs années le repreneur de ma marque afin de lui transmettre mon expérience. Aujourd’hui, j’interviens comme consultant externe auprès d’entreprises d’appareillages électriques. C’est cela, le rebond : comprendre que la disparition d’une société ne fait pas disparaître les compétences de celui qui l’a créée. Face aux épreuves que j’ai traversées, je me suis également formé à la sonothérapie et j’envisage désormais de transmettre mon expérience à des entrepreneurs confrontés à des situations semblables à la mienne. »
Quel message adresseriez-vous à un dirigeant qui traverse aujourd’hui la même épreuve ?
M.G. : « Ne vous flagellez pas et entourez-vous des bonnes personnes. Ne perdez pas espoir. Quand tout s’effondre, on finit par croire que nos échecs résument tout ce que nous sommes. C’est faux. La chute, l’échec ne définit pas un homme ou une femme. La façon dont il ou elle se relève, oui. »
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