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Transformation digitale : sortir du « millefeuille technologique »

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Après plusieurs années de transformation numérique, les entreprises sont aujourd’hui confrontées à un nouveau défi : tirer pleinement parti des outils qu’elles ont déjà déployés. Le point avec Julien Vandable, fondateur de Zalem Consulting.

Transformation digitale : sortir du « millefeuille technologique »

Quels sont aujourd’hui les principaux freins qui empêchent encore les entreprises de tirer pleinement parti de leurs investissements technologiques ?

Le principal frein reste le manque d’alignement entre les outils, les processus et les usages réels des équipes. Beaucoup d’entreprises ont investi dans des solutions performantes, mais sans toujours prendre le temps de clarifier les objectifs opérationnels, les règles de fonctionnement ou les indicateurs attendus. Le risque est alors de disposer d’outils sous-utilisés, mal intégrés ou perçus comme une contrainte supplémentaire. Pour tirer pleinement parti des investissements technologiques, il faut insister sur les fondamentaux : bien comprendre les besoins métiers, structurer les processus, accompagner les utilisateurs dans la prise en main et s’assurer que chaque outil répond réellement à ce qui est attendu, par les opérationnels et les décideurs.

Les entreprises ont-elles parfois trop digitalisé certains processus ? 

Oui, certaines entreprises ont parfois digitalisé trop vite, ou de manière trop systématique, sans toujours se demander si le processus devait d’abord être challengé. Digitaliser un processus complexe sans le repenser revient souvent à déplacer la complexité dans un outil et peut compromettre sa mise en place. Pour identifier les usages qui créent plus de complexité que de valeur ajoutée, il faut observer le terrain : temps passé par les équipes, doubles saisies, contournements, fichiers Excel parallèles, faible adoption ou incompréhension des objectifs. Ce sont souvent des signaux très révélateurs. Un bon outil doit simplifier le quotidien, fiabiliser l’information et aider à décider. Il ne faut pas hésiter à se réinterroger régulièrement sur l’apport de ce qui a été mis en place par rapport à ce qui était ciblé à l’origine.

La multiplication des solutions SaaS, des plateformes et désormais des outils d’IA pose-t-elle un nouveau problème de cohérence du système d’information ? 

C’est effectivement un enjeu majeur. Les solutions SaaS ont permis aux métiers de gagner en agilité, mais elles ont aussi favorisé l’accumulation d’outils parfois peu connectés entre eux. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, ce risque s’accentue encore : chaque service peut être tenté de tester ses propres solutions, sans vision d’ensemble. Pour éviter ce « millefeuille technologique », il faut une gouvernance claire du système d’information, portée par la direction, les métiers et l’IT. Avant d’ajouter une solution, il faut se projeter sur son rôle, son intégration, sa valeur métier et sa cohérence avec l’existant. La bonne question n’est pas seulement « quel outil choisir ? », mais « quelle place cet outil doit-il occuper dans notre organisation ? ».

L’arrivée de l’intelligence artificielle générative change-t-elle votre manière d’aborder les projets de transformation numérique ? 

L’IA doit être abordée pour ce qu’elle est : un outil, mais surtout pas une finalité. Elle ouvre des possibilités très intéressantes, mais elle ne doit pas être abordée comme une solution magique. Dans beaucoup de cas, l’enjeu est moins d’ajouter de l’IA que de repenser la manière dont l’information circule, dont les décisions sont prises ou dont certaines tâches peuvent être assistées. L’IA peut devenir un formidable levier de performance, à condition d’être intégrée dans une démarche structurée, utile et maîtrisée. L’IA est autant un sujet métier qu’un sujet IT. Cela doit rester un outil, oui, mais qui répond à un besoin concret que seul le métier peut exprimer.

Quels résultats concrets une entreprise devrait-elle être capable d’observer après une transformation digitale réussie, au-delà du simple déploiement d’une nouvelle technologie ?

Une transformation digitale réussie doit produire des effets observables dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise. On doit pouvoir mesurer une meilleure qualité de l’information, une réduction des tâches répétitives, des délais de traitement plus courts, une meilleure collaboration entre les services ou encore une capacité accrue à piloter l’activité. Le ROI financier est important, mais il ne doit pas être le seul indicateur. L’adoption par les équipes, la fiabilité des données, la satisfaction client, la rapidité de décision et la capacité des managers à suivre leur activité sont tout aussi déterminants. Le succès ne se mesure pas au fait qu’un outil soit déployé ou rentable, mais au fait qu’il transforme réellement les pratiques et les résultats.

Certaines entreprises parlent encore de « transformation digitale » alors qu’elles sont déjà largement équipées. Ce terme a-t-il encore du sens aujourd’hui ?

Le terme « transformation digitale » a encore du sens, mais il doit évoluer. Il ne s’agit plus seulement d’équiper les entreprises ou de remplacer des processus papier par des outils numériques. L’enjeu aujourd’hui est plutôt de rendre ces dispositifs cohérents, utiles, adoptés et créateurs de valeur. Avec mes clients, je parle aujourd’hui beaucoup plus de transformation organisationnelle et de transformation des usages. Le numérique n’est plus une finalité en soi : il devient un levier au service de la stratégie, de l’efficacité opérationnelle et de l’expérience client. C’est cette maturité qu’il faut désormais rechercher.