Budget 2027 : le gouvernement écarte le gel du barème
Maud Bregeon a tranché dimanche 13 septembre. Le gouvernement veut indexer entièrement le barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation dans le projet de loi de finances pour 2027.
L’exécutif abandonne donc l’idée de conserver les seuils actuels. Un gel aurait maintenu les tranches d’imposition au même niveau malgré la hausse des prix et des revenus nominaux.
Cette annonce ne clôt toutefois pas le débat. Le futur barème concernera les revenus perçus en 2026 puis déclarés en 2027. Le Parlement pourra modifier le texte au cours des discussions budgétaires.
Autre inconnue : le gouvernement n’a pas encore annoncé le pourcentage exact de revalorisation. Il serait donc trop tôt pour appliquer au futur barème les 2,4 % d’inflation mesurés en août. L’Insee prévoit aussi une nouvelle accélération des prix d’ici à la fin de l’année.
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Pourquoi un gel aurait augmenté l’impôt de certains ménages
Le mécanisme reste souvent mal compris. Geler le barème ne signifie pas relever les taux de 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %. L’État aurait simplement laissé inchangés les seuils à partir desquels ces taux s’appliquent.
Le problème apparaît lorsque les revenus augmentent seulement pour compenser l’inflation. Un salarié peut obtenir une hausse de salaire sans gagner réellement en pouvoir d’achat. Si les tranches restent fixes, une part plus importante de son revenu peut pourtant entrer dans la tranche supérieure.
Les économistes parlent parfois de progression fiscale à froid, ou de « fiscal drag ». L’indexation sert justement à neutraliser cet effet.
Le ministère de l’Économie rappelle que la loi de finances pour 2026 avait déjà relevé le barème de 0,9 % pour tenir compte de l’inflation.
Pour l’imposition 2026 des revenus 2025, la tranche à 11 % commence à 11 601 euros par part. Celle à 30 % débute à 29 580 euros. Le seuil de 41 % se situe à 84 578 euros, puis celui de 45 % à 181 917 euros.
Une « petite baisse d’impôt » ? La formule doit être nuancée
Maud Bregeon a expliqué que la revalorisation pourrait produire une « petite baisse d’impôt ». Cette formule mérite une précision.
À revenu nominal identique, relever les tranches peut effectivement diminuer l’impôt par rapport à un barème gelé. En revanche, le gouvernement ne prévoit pas de réduire les taux d’imposition.
Pour un salarié dont le revenu progresse au rythme des prix, l’indexation vise surtout à préserver sa situation fiscale réelle. Son salaire augmente en euros, mais son pouvoir d’achat ne progresse pas forcément. Le relèvement des seuils évite donc qu’une hausse purement nominale augmente mécaniquement l’impôt.
Autre point utile : le taux marginal ne s’applique jamais à l’ensemble du revenu. Seule la fraction située dans la tranche correspondante supporte ce taux. Bercy détaille ce calcul dans son guide officiel sur le barème de l’impôt sur le revenu.
Une décision prise alors que l’inflation repart
Le contexte économique renforce la portée de cette annonce. Selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an en août 2026. L’Institut prévoit désormais une inflation de 2,9 % en glissement annuel à la fin de l’année.
Dans sa note de conjoncture de septembre 2026, l’Insee prévoit aussi une croissance limitée à 0,4 % cette année. Il anticipe 52 000 destructions nettes d’emplois salariés. Le pouvoir d’achat des ménages reculerait de 0,4 % sur l’ensemble de 2026.
Dans ce contexte, un gel du barème aurait ajouté une pression fiscale à des ménages déjà confrontés au retour de l’inflation. L’exécutif préfère donc maintenir le mécanisme d’indexation.
Business Times avait déjà analysé, lors du budget précédent, la stratégie du gouvernement pour soutenir le revenu du travail tout en limitant la hausse du coût supporté par les entreprises.
Ce que cette décision change pour les entreprises
Pour un employeur, l’indexation du barème ne réduit ni les cotisations patronales ni le coût brut d’une augmentation de salaire. Le salarié continue de payer son impôt sur le revenu.
En revanche, la mesure peut peser dans les discussions salariales. Lorsqu’une entreprise augmente un salaire pour compenser l’inflation, un barème gelé peut réduire le gain net après impôt. L’indexation limite cet effet.
Les directions des ressources humaines gagnent aussi en lisibilité. Elles peuvent mieux expliquer l’écart entre une hausse brute, son effet sur le net et le pouvoir d’achat réellement conservé.
Ce sujet devient d’autant plus important que les politiques de rémunération vont subir davantage de contrôle. Business Times a récemment détaillé les nouvelles obligations liées à la transparence salariale.
Le prélèvement à la source ne demande pas non plus de recalcul manuel de la part des entreprises. La DGFiP détermine le taux applicable et le transmet à l’employeur. Celui-ci applique ensuite ce taux sur la fiche de paie.
Le renoncement au gel complique l’équation du budget 2027
Sur le plan politique, le choix du gouvernement reste cohérent avec les messages envoyés depuis plusieurs jours. Sébastien Lecornu a promis de ne pas créer de nouvel impôt dans le prochain budget. L’exécutif a aussi évoqué une réduction de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des très grandes entreprises.
Mais les finances publiques offrent peu de marge. Le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %. Il reconnaît également que le déficit public dépassera l’objectif de 5 % du PIB. La charge de la dette devrait atteindre environ 65 milliards d’euros cette année.
Renoncer au gel du barème signifie donc renoncer à une recette supplémentaire. L’État devra chercher l’effort ailleurs : dépenses publiques, réduction de dispositifs, économies structurelles ou autres arbitrages fiscaux.
Le précédent budget avait déjà montré la difficulté de ces choix. Business Times avait notamment analysé les niches fiscales que l’exécutif voulait supprimer dans le budget 2026.
Une annonce favorable au pouvoir d’achat, mais encore provisoire
Pour les ménages, l’annonce écarte pour l’instant une hausse d’impôt liée uniquement à l’inflation. Les cadres et dirigeants salariés devront surtout surveiller le coefficient final de revalorisation et les nouveaux seuils.
Du côté des entreprises, cette décision facilite surtout la lecture des augmentations de salaire. Une hausse destinée à suivre les prix risque moins d’être partiellement absorbée par un changement de tranche.
Le véritable test viendra pourtant avec le projet de loi de finances puis avec son examen au Parlement. Dans un contexte de croissance faible, de dette coûteuse et de déficit élevé, chaque recette abandonnée oblige l’État à trouver un autre levier.
Le gouvernement a donc écarté une hausse fiscale discrète. Il doit maintenant résoudre l’équation budgétaire sans cette ressource supplémentaire.
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