La décision de jeudi semble presque écrite. Le suspense porte davantage sur ce que Christine Lagarde dira après.
La Banque centrale européenne réunit son Conseil des gouverneurs le 10 septembre à Berlin. La décision monétaire sera publiée à 14 h 15. La conférence de presse commencera à 14 h 45. Enfin, les nouvelles projections économiques seront dévoilées à 15 h 45.
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Hausse des taux BCE : le marché attend 2,50 % jeudi
Le taux de dépôt de la BCE est actuellement fixé à 2,25 %. Le taux des opérations principales de refinancement s’établit à 2,40 %, tandis que celui de la facilité de prêt marginal atteint 2,65 %.
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Ces niveaux sont en vigueur depuis juin.
Le 11 juin, la BCE avait relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base. C’était sa première hausse depuis près de trois ans. Elle avait alors justifié sa décision par les tensions inflationnistes provoquées par la guerre au Moyen-Orient et la hausse des prix énergétiques.
En juillet, l’institution avait choisi de faire une pause. Elle avait maintenu ses taux, tout en soulignant que l’impact complet du choc énergétique n’était pas encore visible.
Cette fois, le consensus est beaucoup plus net.
Dans un sondage Reuters réalisé auprès de 65 économistes, tous anticipent une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 10 septembre. Une telle décision porterait le taux de dépôt à 2,50 %.
L’inflation remonte à 3,3 %, mais l’énergie explique l’essentiel du choc
La BCE intervient alors que l’inflation s’éloigne à nouveau de son objectif de 2 %.
Selon l’estimation rapide d’Eurostat, l’inflation annuelle de la zone euro a atteint 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet.
À première vue, le chiffre peut inquiéter.
Mais sa composition change sensiblement la lecture.
Les prix de l’énergie ont progressé de 14,3 % sur un an, après 10,3 % en juillet. Dans le même temps, l’inflation des services ralentit de 3,3 % à 3,0 %. Les biens industriels hors énergie progressent de 1,2 %. L’alimentation, l’alcool et le tabac restent à 1,2 %.
Autrement dit, la hausse des prix ne se diffuse pas encore avec la même force dans toute l’économie.
La BCE elle-même apporte un éclairage intéressant.
Ses économistes estiment que la remontée récente de l’inflation est essentiellement liée à un choc d’offre énergétique. Entre janvier et mai 2026, environ 90 % de la hausse de l’inflation énergétique provenait de facteurs d’offre liés aux tensions géopolitiques.
C’est une différence importante avec 2021-2022.
À cette époque, les tensions sur l’offre se combinaient avec une forte demande post-Covid et des politiques économiques très accommodantes.
Cette fois, le problème est beaucoup plus concentré sur l’énergie.
Une hausse de taux contre un choc d’offre : le dilemme de la BCE
Voilà toute la difficulté.
Une hausse de taux agit sur la demande. Elle renchérit le crédit. Elle peut ralentir la consommation, l’investissement et les embauches.
Mais elle ne produit évidemment ni pétrole ni gaz supplémentaires.
Lorsque l’inflation vient principalement d’un choc d’offre énergétique, la banque centrale doit donc trouver un équilibre délicat.
Elle doit empêcher la hausse de l’énergie de se transmettre durablement aux salaires, aux prix des services et aux anticipations d’inflation.
Mais elle doit aussi éviter de freiner inutilement une économie déjà peu dynamique.
IndexBox décrit ainsi la hausse attendue jeudi comme une sorte de hausse « d’assurance ». L’idée serait de prévenir les effets de second tour plutôt que de casser une demande devenue excessive.
Les entreprises ressentent déjà le coût du resserrement
Pour les dirigeants, le sujet n’est pas théorique.
En juillet, le coût composite des nouveaux emprunts accordés aux entreprises de la zone euro atteignait 3,80 %, selon la BCE.
Pour les nouveaux crédits variables de moins de 250 000 euros, le taux moyen atteignait 3,83 %.
Surtout, les entrepreneurs individuels et sociétés de personnes supportaient en moyenne 4,29 % sur les nouveaux crédits à taux variable d’une durée initiale inférieure ou égale à un an.
Les conditions d’octroi se durcissent aussi.
Dans son enquête de juillet, la BCE indique qu’une proportion nette de 7 % des banques de la zone euro a resserré ses critères pour les crédits aux entreprises au deuxième trimestre.
Le mouvement est particulièrement marqué dans l’automobile et les industries fortement consommatrices d’énergie.
Autre signal : dans l’enquête SAFE, 42 % des entreprises interrogées signalaient une hausse des taux de leurs prêts bancaires, contre 26 % au trimestre précédent.
Pour une PME, une nouvelle hausse peut donc finir par repousser un investissement, une acquisition ou un recrutement.
Business Times avait déjà analysé cette évolution du financement.
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Le crédit immobilier commence lui aussi à remonter en France
Les ménages voient également apparaître les premiers effets du changement de cycle.
En France, le taux moyen des nouveaux crédits immobiliers hors renégociations est passé à 3,30 % en juillet, contre 3,27 % en juin et 3,09 % en juillet 2025.
La production mensuelle corrigée des variations saisonnières est parallèlement retombée à 11 milliards d’euros, après 13,2 milliards en juin.
Une hausse du taux directeur ne se répercute pas mécaniquement le lendemain sur les crédits immobiliers.
Mais elle maintient la pression sur le coût de refinancement des banques et sur les taux à moyen et long terme.
Après jeudi, les économistes et les marchés ne racontent plus la même histoire
C’est sans doute le point le plus intéressant.
Sur jeudi, presque tout le monde est d’accord.
Sur la suite, beaucoup moins.
Le sondage Reuters publié le 3 septembre indique que la très grande majorité des économistes voit le taux de dépôt rester à 2,50 % jusqu’à la fin de l’année. Beaucoup considèrent donc la hausse de septembre comme la dernière de ce petit cycle de resserrement.
Les marchés sont nettement plus nerveux.
Le 9 septembre au matin, ils intégraient environ 90 % de probabilité d’une hausse supplémentaire avant la fin de l’année. Le taux de dépôt implicite pour décembre tournait autour de 2,73 %, et dépassait 3 % à l’horizon septembre 2027.
Cette divergence vient surtout de l’incertitude sur l’énergie.
Si le pétrole et le gaz restent chers plusieurs mois, les marchés craignent que les entreprises finissent par répercuter davantage leurs coûts sur leurs prix.
Les économistes parient davantage sur l’absence d’effets de second tour importants.
Une croissance encore trop faible pour une longue série de hausses
La BCE doit aussi regarder l’autre côté de l’équation.
Dans ses projections de juin, l’Eurosystème ne prévoyait que 0,8 % de croissance du PIB de la zone euro en 2026, puis 1,2 % en 2027.
L’inflation devait atteindre 3 % cette année, puis 2,3 % en 2027 avant de revenir à 2 % en 2028.
Ces prévisions seront actualisées jeudi.
Et elles seront probablement plus importantes que la hausse de taux elle-même.
Si la BCE remonte nettement sa prévision d’inflation 2027, le marché pourra y voir le signal de nouvelles hausses.
Si elle insiste au contraire sur le ralentissement des services, des salaires et des pressions sous-jacentes, l’hypothèse d’une pause durable gagnera du terrain.
Business Times rappelait déjà en début d’année combien la reprise française dépendait du redémarrage de l’investissement des entreprises.
Ce que les dirigeants doivent regarder jeudi
Le taux annoncé à 14 h 15 sera évidemment le premier chiffre.
Mais, pour une direction financière, trois autres éléments compteront probablement davantage.
Les nouvelles prévisions d’inflation pour 2027. Les hypothèses sur l’énergie. Et surtout le ton employé par Christine Lagarde lorsqu’elle parlera des prochaines réunions.
La BCE répète depuis plusieurs mois qu’elle décide réunion par réunion, en fonction des données, et qu’elle ne s’engage pas sur une trajectoire prédéfinie.
Cette prudence devrait rester de mise.
Les entreprises ont donc intérêt à conserver plusieurs scénarios de financement : stabilisation autour de 2,50 %, nouvelle hausse en décembre ou resserrement prolongé en 2027.
La hausse attendue jeudi ne sera finalement peut-être pas la partie la plus importante de la réunion. Pour les dirigeants, le vrai sujet commencera à 14 h 45 : savoir si 2,50 % constitue un point d’arrivée ou seulement une nouvelle étape.
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