airBaltic sous Chapter 11 : la compagnie lettone se place à l’abri de ses créanciers sans arrêter ses vols

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airBaltic a demandé le 14 septembre la protection du Chapter 11 américain afin de restructurer sa dette tout en poursuivant ses opérations. La compagnie lettone, détenue majoritairement par l’État et à 10 % par Lufthansa, a sécurisé 350 millions d’euros de financement pendant la procédure. L’annonce ne signifie donc pas une liquidation immédiate : les vols continuent, les billets restent valables et la compagnie veut sortir de la procédure d’ici juin 2027. Mais la crise est profonde. airBaltic prévoit de réduire sa flotte de 54 à 36 Airbus A220-300 et prépare aussi une réduction de ses effectifs.

airBaltic sous Chapter 11 : la compagnie lettone se place à l’abri de ses créanciers sans arrêter ses vols

Le mot « faillite » peut donner une fausse impression.

airBaltic a bien demandé la protection de la loi américaine sur les faillites. Mais la compagnie n’a pas annoncé l’arrêt de son activité.

Elle a choisi le Chapter 11, une procédure de réorganisation qui permet à une entreprise de continuer à fonctionner tout en restructurant ses dettes sous le contrôle d’un tribunal.

Le dossier a été déposé à New York le 14 septembre.

airBaltic affirme que ses vols continueront normalement. Les billets, réservations et avantages clients doivent également rester valables pendant la procédure.

airBaltic sous Chapter 11 : pourquoi ce n’est pas une liquidation

Le droit américain distingue notamment le Chapter 11 du Chapter 7.

Le Chapter 7 correspond généralement à une liquidation. Le Chapter 11 vise d’abord une réorganisation.

L’entreprise reste normalement aux commandes de ses actifs et poursuit son activité. Elle négocie ensuite un plan destiné à traiter ses dettes, modifier certains contrats et retrouver une structure financière soutenable.

Les créanciers concernés peuvent être appelés à voter sur le plan, avant son éventuelle validation par le tribunal.

Comprendre le fonctionnement officiel du Chapter 11 auprès des tribunaux américains

Pour les passagers, c’est une nuance essentielle : airBaltic continue actuellement à vendre et exploiter des vols.

350 millions d’euros pour continuer à voler pendant la restructuration

Le maintien de l’activité repose notamment sur un nouveau financement.

airBaltic a obtenu un engagement de 350 millions d’euros auprès d’un groupe de prêteurs comprenant Strategic Value Partners, Barclays, Hayfin Capital Management, Morgan Stanley et Oaktree Capital Management.

Il s’agit d’un financement dit « debtor-in-possession », ou DIP, destiné à soutenir une entreprise pendant une procédure de Chapter 11.

Selon Reuters, son taux atteint 12 %, sous réserve de l’approbation du tribunal.

La compagnie porte parallèlement environ 583 millions de dollars de dette et doit également 106 millions d’euros de taxes et redevances.

Quelques jours avant le dépôt du Chapter 11, airBaltic avait cherché à obtenir jusqu’à 257 millions d’euros de financement prioritaire dans le cadre d’une restructuration négociée avec ses créanciers. Cette solution n’a pas permis d’éviter la procédure judiciaire.

Les difficultés financières étaient visibles avant septembre

La crise n’est pas apparue en quelques jours.

airBaltic avait déjà terminé 2025 avec une perte nette de 44,3 millions d’euros, malgré 779,3 millions d’euros de chiffre d’affaires.

La compagnie avait transporté 5,2 millions de passagers.

Le premier trimestre 2026 avait ensuite montré un paradoxe encore plus marqué.

Le chiffre d’affaires avait progressé de 12,3 %, à 149,1 millions d’euros. Le nombre total de passagers avait également augmenté de 10,9 %.

Pourtant, la perte nette avait atteint 70,1 millions d’euros, contre 29,3 millions un an plus tôt.

L’amélioration de l’activité commerciale ne suffisait donc plus à compenser les coûts financiers, les effets de change et l’inflation des charges.

Consulter les résultats financiers et les informations investisseurs publiés par airBaltic

Cette situation rappelle un phénomène déjà analysé sur Business Times : une entreprise peut continuer à vendre et à croître tout en se retrouvant fragilisée par sa structure financière.

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La flambée du kérosène a précipité une fragilité déjà existante

Le choc géopolitique de 2026 a aggravé le problème.

La guerre impliquant l’Iran a entraîné une très forte hausse du prix du carburant aérien. Reuters indique que les prix du kérosène ont doublé depuis le début du conflit.

Pour une compagnie aérienne, le carburant représente l’un des postes de coûts les plus importants.

Les transporteurs qui couvrent une grande partie de leurs achats à l’avance peuvent amortir temporairement le choc. Ceux qui sont moins couverts le subissent beaucoup plus vite.

airBaltic se trouvait dans cette seconde catégorie.

Business Times avait déjà observé cette transmission du choc pétrolier à la trésorerie des entreprises.

À lire sur Business Times : quand la flambée du pétrole frappe directement les trésoreries

Le transport aérien illustre ce mécanisme de manière particulièrement brutale : quelques dizaines de dollars supplémentaires sur le baril peuvent transformer très rapidement les marges d’une compagnie.

De 54 à 36 Airbus A220 : airBaltic réduit fortement la voilure

Le Chapter 11 doit aussi permettre une restructuration opérationnelle.

airBaltic exploite actuellement une flotte composée exclusivement d’Airbus A220-300.

Elle comptait encore 54 appareils durant l’été 2026.

La nouvelle stratégie prévoit de revenir à environ 36 avions d’ici la fin de l’année.

Ce recul est considérable.

La compagnie avait pendant plusieurs années construit sa stratégie autour d’une expansion rapide, avec l’ambition de faire de Riga un hub régional et de développer parallèlement son activité de location d’avions avec équipages à d’autres compagnies.

Le nouveau plan marque un changement de philosophie : moins de capacité, davantage de discipline financière et un recentrage sur les lignes et contrats jugés les plus rentables.

Les emplois seront eux aussi concernés

La réduction de la flotte aura un effet mécanique sur les effectifs.

Le directeur général Erno Hildén a confirmé le 14 septembre que des discussions avaient commencé avec les syndicats afin de réduire le nombre de salariés.

Le chiffre exact n’est pas encore connu.

La compagnie emploie actuellement plus de 3 000 personnes.

Selon sa direction, les suppressions devraient accompagner la baisse de capacité. Le modèle de location d’appareils avec équipage, appelé ACMI ou wet lease, doit également être revu.

Le dossier constitue un rappel supplémentaire de la fragilité de certains modèles aériens lorsque l’activité est très capitalistique et les marges faibles.

Lufthansa possède 10 % d’airBaltic et dépend aussi de ses avions

La restructuration concerne indirectement l’un des plus grands groupes aériens européens.

Lufthansa a investi 14 millions d’euros dans airBaltic en 2025 afin d’obtenir une participation de 10 % et un siège au conseil de surveillance.

Le groupe allemand ne cherchait pas seulement une participation financière.

L’opération renforçait un partenariat de wet lease déjà ancien : airBaltic fournit des Airbus A220 accompagnés de leurs équipages afin d’opérer certains vols pour les compagnies du groupe Lufthansa.

Voir le partenariat stratégique annoncé par Lufthansa et airBaltic

Pour Lufthansa, le maintien des opérations d’airBaltic est donc important à la fois comme actionnaire et comme client.

Sur Business Event, le groupe Lufthansa fait également partie des acteurs suivis de près dans la transformation du voyage professionnel et de la distribution aérienne.

À découvrir sur Business Event : Lufthansa et Amadeus modernisent la réservation aérienne

Le Chapter 11 touche également les propriétaires des avions

Les compagnies aériennes ne possèdent pas nécessairement tous leurs appareils.

Une partie des flottes est louée auprès de sociétés spécialisées.

Le loueur britannique Avation a ainsi indiqué avoir encore quatre Airbus A220 en location chez airBaltic, avec des contrats allant jusqu’en 2030 et 2031.

La société estime pour l’instant qu’airBaltic entend continuer à payer les loyers et les réserves de maintenance normalement.

Elle ne prévoit donc pas d’impact financier matériel immédiat.

Les investisseurs sont cependant restés prudents : l’action Avation reculait d’environ 3,6 % lundi après-midi au moment de la publication de son point de situation.

Ce type de réaction montre pourquoi une restructuration aérienne dépasse très vite la seule compagnie. Elle concerne aussi les banques, loueurs, aéroports, fournisseurs, assureurs et partenaires commerciaux.

Le prix du carburant devient un facteur de sélection entre compagnies

L’épisode airBaltic pourrait ne pas rester isolé.

Les compagnies de petite et moyenne taille sont souvent les plus vulnérables lorsque le kérosène augmente brutalement.

Elles disposent de moins de trésorerie, de moins de volume pour négocier leurs achats et parfois d’une couverture carburant moins importante que les très grands groupes.

Business Times avait récemment analysé un autre symptôme de cette tension avec Volotea. La compagnie avait mis en place un mécanisme permettant d’ajuster certains tarifs après l’achat selon l’évolution du prix du pétrole, un dispositif juridiquement contesté.

À lire sur Business Times : quand la hausse du carburant bouleverse les tarifs aériens

Le sujet dépasse donc airBaltic.

La crise énergétique agit comme un test de résistance pour l’ensemble du transport aérien européen.

Pour les passagers, les vols continuent… pour l’instant normalement

Le point le plus concret reste simple.

airBaltic assure que les vols continuent normalement.

Les billets déjà achetés restent valides.

Les réservations et services clients doivent continuer pendant le Chapter 11.

La compagnie vise une sortie de procédure d’ici juin 2027.

Mais le programme de vols pourrait évoluer à mesure que la flotte sera réduite.

Les voyageurs d’affaires et entreprises ayant des déplacements réguliers dans les pays baltes devront donc surveiller les changements de fréquences et d’horaires.

Le vrai test sera la capacité d’airBaltic à redevenir rentable avec une compagnie plus petite

Le Chapter 11 offre du temps. Il n’apporte pas, à lui seul, la solution.

airBaltic devra convaincre ses créanciers, réduire sa dette, préserver ses partenaires commerciaux et adapter son réseau à une flotte beaucoup plus petite.

Elle cherche également un investisseur stratégique susceptible de renforcer son capital.

La présence de Lufthansa constitue un atout, mais rien n’indique aujourd’hui que le groupe allemand souhaite financer seul la restructuration.

Le défi est d’autant plus important que l’entreprise doit continuer à voler pendant qu’elle se transforme.

Le cas airBaltic montre ainsi pourquoi une compagnie peut transporter davantage de passagers, augmenter son chiffre d’affaires et pourtant se retrouver sous protection judiciaire quelques mois plus tard. Dans une activité où les avions coûtent cher, où la dette est élevée et où le carburant peut doubler de prix en quelques semaines, la croissance ne suffit pas. La vraie question est désormais de savoir si airBaltic peut sortir du Chapter 11 plus petite, moins endettée et enfin durablement rentable.