Plus de neuf millions de personnes ont déjà participé à la consultation de la Banque centrale européenne sur les futurs billets en euros. Les citoyens peuvent encore donner leur avis jusqu’au 21 septembre sur dix propositions réparties entre deux univers : « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ». Mais il ne s’agit pas d’un référendum. La BCE mènera en parallèle une enquête représentative et son Conseil des gouverneurs choisira le graphisme final d’ici à la fin de 2026. Les nouveaux billets, eux, ne devraient pas arriver dans les portefeuilles avant plusieurs années.

Nouveaux billets en euros : plus de 9 millions de participants, mais la BCE gardera le dernier mot

Plus de vingt ans après l’arrivée des premiers billets en euros, leur prochaine génération commence à prendre forme.

La Banque centrale européenne a indiqué le 14 septembre que plus de neuf millions de personnes avaient déjà participé à sa consultation publique. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, l’a présentée comme l’une des consultations européennes les plus suivies jamais organisées.

Le vote reste ouvert jusqu’au 21 septembre 2026 à 23 h 59.

Découvrir les dix propositions et participer à la consultation de la BCE

Nouveaux billets en euros : dix graphismes et deux visions de l’Europe

La BCE ne demande pas simplement au public de choisir une couleur ou un portrait.

Dix projets complets de séries ont été présélectionnés par un jury indépendant de 21 experts. Cinq s’inscrivent dans le thème « La culture européenne ». Cinq autres développent le thème « Fleuves et oiseaux ».

Pour la première famille, les motifs ont déjà été définis. Les billets pourraient représenter Maria Callas sur le 5 euros, Ludwig van Beethoven sur le 10 euros, Marie Curie sur le 20 euros, Miguel de Cervantes sur le 50 euros, Léonard de Vinci sur le 100 euros et Bertha von Suttner sur le 200 euros.

Au verso figureraient des espaces culturels : spectacle vivant, festival musical, école ou université, bibliothèque, musée et place publique.

L’autre piste évite les grandes personnalités. Elle associe les cours d’eau européens à différentes espèces d’oiseaux et aux institutions de l’Union européenne.

Le billet de 5 euros évoquerait une source de montagne, le 10 euros une cascade, le 20 euros une vallée fluviale, le 50 euros un fleuve sinueux, le 100 euros un estuaire et le 200 euros un paysage maritime.

Le public donne son avis, mais il ne choisit pas directement le vainqueur

C’est une nuance importante.

La consultation en ligne est ouverte à tous, sans condition d’âge, de nationalité ou de résidence. Elle est disponible dans les 24 langues officielles de l’Union européenne.

Une telle participation permet de mesurer l’adhésion du public, mais elle ne constitue pas un sondage représentatif. Les personnes qui choisissent de répondre sont, par définition, volontaires.

La BCE a donc demandé à un institut indépendant de réaliser en parallèle une seconde enquête auprès d’un échantillon représentatif de la population de la zone euro.

Les deux résultats seront examinés par le Conseil des gouverneurs avant sa décision finale attendue vers la fin de l’année.

Consulter la FAQ officielle de la BCE sur la conception des futurs billets

Les neuf millions de participants constituent donc un signal politique et symbolique très fort. Ils ne transforment pas pour autant le processus en référendum.

Une consultation beaucoup plus large que celle organisée en 2023

La BCE associe le public au projet depuis plusieurs années.

À l’été 2023, plus de 365 000 personnes avaient déjà participé à une enquête destinée à choisir les grands thèmes de la future série.

Cette première consultation avait fait ressortir plusieurs préférences autour de la culture, des fleuves et des oiseaux.

La BCE a ensuite regroupé les deux thèmes liés à la nature sous une même bannière, « Fleuves et oiseaux ».

Le concours graphique lancé en 2025 a reçu plus de 1 200 candidatures. Vingt-cinq graphistes ont été invités à développer une série. Le jury a finalement retenu dix propositions parmi 39 projets remis.

Le processus donne une idée de la difficulté de concevoir un billet : il doit être esthétique, immédiatement reconnaissable, inclusif, accessible et compatible avec de multiples dispositifs de sécurité.

Pourquoi changer des billets qui fonctionnent encore ?

La BCE ne remplace pas ses billets parce que la série actuelle serait devenue inutilisable.

Les banques centrales renouvellent régulièrement leurs coupures afin de garder une longueur d’avance sur la contrefaçon.

La première série d’euros a été introduite en 2002. La série « Europe », actuellement produite, est apparue progressivement à partir de 2013.

La future génération doit renforcer encore la sécurité, mais la BCE veut également améliorer l’accessibilité des coupures, notamment pour les personnes malvoyantes, et réduire leur empreinte environnementale.

Le graphisme remplit aussi une fonction moins technique : renforcer l’identification des citoyens à leur monnaie.

C’est précisément pour cette raison que la BCE abandonne l’idée de simples ponts et fenêtres imaginaires pour mettre davantage en avant des références culturelles ou naturelles reconnaissables.

Le cash recule, mais il est loin d’avoir disparu

Cette refonte intervient alors que les paiements numériques progressent rapidement.

Pourtant, les espèces occupent encore une place importante.

À la fin de 2025, 31,3 milliards de billets en euros étaient en circulation, pour une valeur totale de 1 619,5 milliards d’euros, selon la BCE.

Et dans sa grande étude sur les habitudes de paiement, la banque centrale relevait qu’en 2024 le cash représentait encore 52 % des transactions réalisées dans les points de vente.

Sa part diminue : elle atteignait 59 % en 2022 et 72 % en 2019. En valeur, les cartes dominent désormais avec 45 % des paiements en magasin, contre 39 % pour les espèces.

Mais 62 % des consommateurs de la zone euro déclaraient encore important de conserver la possibilité de payer en espèces.

Consulter l’étude de la BCE sur les habitudes de paiement dans la zone euro

Le futur billet arrive au moment où le paiement devient de plus en plus numérique

Pour les entreprises, cette coexistence est importante.

Les nouveaux moyens de paiement ne remplacent pas tous les anciens au même rythme. Ils s’ajoutent souvent les uns aux autres.

Business Times avait par exemple consacré un entretien à Fintecture, qui veut transformer le virement bancaire en véritable moyen de paiement instantané pour les entreprises.

À lire sur Business Times : Fintecture veut réinventer le paiement par virement

Le marché des paiements se structure également autour de nouveaux acteurs réglementés.

Buybox est ainsi devenu le premier acteur européen de la carte cadeau à obtenir un agrément d’établissement de paiement auprès de l’ACPR.

À lire sur Business Times : Buybox veut faire évoluer le marché de la carte cadeau

Green-Got a également obtenu son propre agrément afin de gérer plus directement comptes, flux et moyens de paiement.

À lire sur Business Times : Green-Got devient établissement de paiement

Le billet physique s’inscrit donc désormais dans un écosystème où cohabitent espèces, cartes, virements instantanés, portefeuilles mobiles et, demain peut-être, euro numérique.

La BCE travaille aussi sur une véritable identité visuelle européenne

Le choix du thème culturel est intéressant à un autre niveau.

La monnaie devient ici un support de représentation collective.

Faire apparaître Beethoven, Marie Curie, Cervantes ou Léonard de Vinci revient à transformer chaque billet en petit objet de patrimoine européen.

Le verso prolongerait cette logique avec des bibliothèques, universités, musées ou espaces de spectacle.

Sur Art(s) Magazine, cette dimension européenne du patrimoine est régulièrement explorée, notamment à travers les grands musées du continent.

À découvrir sur Art(s) Magazine : cinq musées européens à découvrir

La seconde famille graphique fait un choix presque inverse : représenter l’Europe sans personnalités, par la géographie, la biodiversité et les institutions.

Le choix final dira donc aussi quelque chose de la manière dont la BCE souhaite raconter l’Europe.

Les nouveaux billets ne seront pas dans les distributeurs en 2027

La décision prévue à la fin de 2026 ne signifie pas que les nouveaux billets seront imprimés immédiatement.

Une fois le graphisme choisi, la BCE devra finaliser les dispositifs de sécurité, effectuer des tests, adapter les chaînes de production et préparer l’ensemble de l’écosystème fiduciaire : banques, distributeurs automatiques, machines de tri et équipements de contrôle.

La banque centrale prévient qu’il faudra plusieurs années avant la mise en circulation.

La nouvelle série concernera les coupures de 5, 10, 20, 50, 100 et 200 euros.

Le billet de 500 euros n’est plus produit depuis plusieurs années. Il reste cependant légal et conserve sa valeur.

Les billets actuels ne deviendront donc pas sans valeur du jour au lendemain. Comme lors du passage à la série Europe, la transition sera progressive.

Neuf millions de réponses pour un objet que certains disaient condamné

La participation à cette consultation possède enfin quelque chose de paradoxal.

Jamais les Européens n’ont disposé d’autant de solutions pour payer sans billet. Pourtant, plus de neuf millions de personnes ont déjà pris le temps de donner leur avis sur leur apparence future.

Le phénomène rappelle que la monnaie n’est pas uniquement un outil technique.

Elle est aussi un objet de confiance, de souveraineté, de design et d’identité.

La prochaine série d’euros devra donc réussir un exercice difficile : devenir plus sûre et plus durable sans perdre la simplicité qui permet à chacun de reconnaître immédiatement un billet. Dans un monde où le paiement se dématérialise, la BCE fait le pari que le cash conservera suffisamment d’importance pour justifier de repenser entièrement son visage. Les neuf millions de participants semblent, pour l’instant, lui donner raison.