Centre-Val de Loire Châteauroux cloud data center énergie Étrechet Google infrastructures numériques Intelligence artificielle Ozans RTE

Data center Google à Châteauroux : 195 hectares, emplois, électricité… ce que le projet implique vraiment

Par |

Le projet de data center Google près de Châteauroux entre dans une phase décisive. À Étrechet, dans la ZAC d’Ozans, Google prévoit un campus de 195 hectares. Le site pourrait accueillir huit à dix bâtiments. Une première mise en service pourrait intervenir en 2028-2029. Mais le dossier suscite déjà des tensions locales. L’électricité, l’eau, l’emploi et l’acceptabilité du projet deviennent donc des enjeux centraux pour les entreprises comme pour le territoire.

Data center Google à Châteauroux : 195 hectares, emplois, électricité… ce que le projet implique vraiment

Le projet avance, mais plusieurs étapes restent à franchir. La Commission nationale du débat public suit désormais le dossier. Google France, ses filiales Tricolore Computing et Violet Computing, ainsi que RTE participent à la concertation.

Le campus prendrait place sur environ 195 hectares à Étrechet, au sud-est de Châteauroux. Google envisage huit à dix bâtiments dédiés aux data centers. Le projet comprend aussi deux postes électriques et plusieurs ouvrages de raccordement.

La première phase pourrait démarrer avec un bâtiment. RTE prévoit alors un raccordement à 225 000 volts. Cette étape pourrait entrer en service en 2028 ou 2029. Ensuite, Google pourrait ajouter sept à neuf bâtiments à partir de 2031. Le projet nécessiterait alors deux lignes aériennes à 400 000 volts de plus de dix kilomètres.

Un autre chiffre mérite une clarification. Les 58,5 millions d’euros souvent associés au dossier ne correspondent pas au coût total du campus. Cette somme concerne la réserve foncière de 195 hectares évoquée par Châteauroux Métropole en juin 2025. À ce jour, Google n’a pas communiqué de budget global pour le projet d’Ozans.

La contestation locale devient un risque de calendrier

Le projet a désormais une dimension politique forte. Florence Laurent, maire d’Étrechet, a annoncé sa démission. Trois adjoints et une conseillère municipale ont pris la même décision.

Les opposants pointent plusieurs sujets. Ils évoquent l’emprise foncière, l’impact paysager et les besoins en eau. Ils s’inquiètent aussi de la consommation électrique et des nuisances liées au chantier. Une pétition contre le projet a recueilli près de 16 000 signatures.

À l’inverse, Gil Avérous défend l’implantation. Le maire de Châteauroux et président de l’agglomération met en avant l’emploi et l’attractivité économique. Il affirme que treize des quatorze communes de l’agglomération soutiennent le projet.

Pour les entreprises, cette opposition locale illustre un risque devenu classique. Un grand projet ne dépend plus seulement du foncier, du financement ou de la technique. Il doit aussi convaincre le territoire. Une concertation mal maîtrisée peut rallonger les délais et compliquer les autorisations.

1 200 ou 1 500 emplois : des chiffres encore à confirmer

L’emploi reste l’un des principaux arguments des défenseurs du projet. Pourtant, les chiffres varient selon les déclarations.

Le 14 septembre, Gil Avérous évoquait 1 500 emplois pérennes pour dix data centers. Quatre jours plus tard, l’AFP rapportait un objectif de 1 200 emplois permanents directs. La CNDP, de son côté, mentionne des créations d’emplois directs et indirects sans avancer de chiffre précis.

Google France n’a pas confirmé ces volumes dans les sources consultées. Il faut donc les considérer comme des objectifs avancés localement. Ils ne constituent pas encore un engagement contractuel de Google.

Cette distinction compte beaucoup. La construction pourrait mobiliser de nombreux salariés pendant plusieurs années. En revanche, l’exploitation d’un data center demande moins de main-d’œuvre. Les postes permanents concernent surtout la maintenance, l’informatique, la sécurité, l’énergie et les fonctions techniques.

L’électricité devient un actif stratégique

Le dossier d’Ozans montre une tendance de fond. Dans l’économie de l’intelligence artificielle, l’accès à l’électricité devient presque aussi stratégique que le foncier.

Le projet prévoit d’abord un raccordement à 225 000 volts. Ensuite, il pourrait s’appuyer sur des infrastructures à 400 000 volts. Cette montée en puissance accompagnerait le développement progressif du campus.

La pression sur le réseau dépasse largement Google. Selon RTE, la France compte environ 300 data centers en 2026. Ils consomment près de 10 TWh par an. Cela représente environ 2 % de la consommation française d’électricité.

En mai 2026, RTE recensait près de 18 GW de capacités de raccordement réservées pour environ 80 projets. Fin 2024, ce total atteignait environ 5 GW. La hausse est donc très rapide.

RTE estime que les data centers pourraient consommer 15 à 20 TWh en 2030. Leur consommation pourrait ensuite atteindre 23 à 28 TWh en 2035. Toutefois, tous les projets annoncés ne verront pas le jour. De plus, leur montée en charge peut s’étaler sur dix à quinze ans.

Business Times avait déjà observé cette course aux capacités avec le projet de data center de Microsoft en Alsace. Notre analyse du pari français de l’intelligence artificielle montrait aussi le rôle central des infrastructures énergétiques.

Une ligne RTE proche d’Ozans, mais un projet distinct

RTE prépare également une nouvelle ligne à 400 000 volts entre Éguzon, dans l’Indre, et Marmagne, dans le Cher. Le projet prévoit environ 100 kilomètres de ligne aérienne. Son coût atteint près de 300 millions d’euros. Il doit aussi apporter 5 400 MW de capacité de transport supplémentaire.

Une zone de convergence se situe près de la ZAC d’Ozans. Pourtant, la CNDP distingue clairement ce projet du raccordement du campus Google.

La concertation publique sur cette ligne doit se tenir du 28 septembre au 22 novembre 2026. RTE envisage une mise en service en 2032 au plus tôt. Cette échéance dépendra toutefois de la dynamique industrielle locale.

Pour les dirigeants, cette distinction est importante. Un projet numérique peut dépendre d’infrastructures électriques qui suivent leur propre calendrier. Les délais du réseau deviennent donc un facteur de compétitivité.

Eau et chaleur : des promesses à documenter

La consommation d’eau constitue un autre point sensible. Gil Avérous affirme que le système de refroidissement fonctionnerait en circuit fermé après un premier remplissage.

Google n’a toutefois pas détaillé ce dispositif dans les sources consultées. La CNDP indique seulement que le porteur de projet met en avant une gestion responsable de l’eau. Le groupe évoque aussi la récupération de chaleur résiduelle.

Ces annonces devront donc s’appuyer sur des données précises. Il faudra connaître la consommation annuelle d’eau et les besoins en période chaude. Il faudra aussi mesurer l’efficacité énergétique du site. Enfin, la récupération de chaleur n’aura d’intérêt que si des acteurs locaux peuvent réellement l’utiliser.

Le cadre juridique compte également. L’article L.300-6-2 du Code de l’urbanisme permet de qualifier certains data centers de projets d’intérêt national majeur par décret. Cette procédure n’est donc pas automatique.

Le texte prévoit aussi une limite importante. L’administration peut refuser un permis de construire dans un territoire qui connaît des tensions structurelles sur l’eau. Pour les porteurs de projet, la ressource hydrique devient donc un paramètre juridique autant qu’environnemental.

Des marchés potentiels pour le BTP et les fournisseurs

Si Google lance le chantier, les retombées dépasseront largement ses emplois directs. Le terrassement, le génie civil et les réseaux pourraient mobiliser de nombreuses entreprises. Les besoins concerneraient aussi les équipements électriques, le refroidissement, la sécurité, la maintenance et la logistique.

La préfecture et le département évoquaient déjà, en 2025, une phase de construction qui pourrait durer dix à quinze ans. Cette durée créerait des opportunités pour les fournisseurs locaux et nationaux.

Business BTP a d’ailleurs montré que les investissements dans les data centers soutiennent déjà la demande de matériels de construction en Amérique du Nord.

Pour Châteauroux, la question sera donc simple : quelle part de la valeur restera sur le territoire ? Les PME locales pourront-elles accéder aux lots ? Les entreprises auront-elles besoin de recruter ou de former ? Quelle fiscalité le projet générera-t-il ? Tant que ces réponses manquent, il reste difficile d’évaluer les retombées réelles.

Un test grandeur nature pour l’industrialisation de l’IA

Le projet de Châteauroux dépasse le seul cas Google. Il montre ce que l’industrialisation de l’IA exige concrètement : beaucoup de foncier, une puissance électrique élevée, de l’eau, des infrastructures et des compétences.

Il rappelle aussi que le numérique devient une industrie lourde. Derrière les services cloud et les outils d’intelligence artificielle se trouvent des bâtiments, des lignes électriques et des investissements de long terme.

Cette évolution rejoint notre analyse sur l’IA comme moteur d’un nouveau modèle économique.

Pour les dirigeants, le principal enjeu consiste maintenant à suivre les données qui feront la différence. Le nombre réel d’emplois, la consommation d’eau, la puissance électrique, le coût total du campus et les retombées locales devront être documentés.

La concertation devra donc transformer les annonces en chiffres comparables. C’est sur ces éléments que le projet pourra être évalué, bien plus que sur les seules déclarations favorables ou hostiles.