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IA en entreprise : l’emploi résiste dans les intentions, la facture logicielle grimpe déjà

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Une enquête commandée par Staff & Go auprès de 3 017 professionnels décrit un décalage : 23 % des répondants côté entreprises prévoient de recruter grâce à l’IA, mais 34 % constatent déjà une hausse de leurs dépenses logicielles. Les chiffres éclairent les décisions de budget, de prix et de formation. Ils ne prouvent toutefois ni que l’IA a créé des emplois, ni que les éditeurs ont augmenté leurs marges.

IA en entreprise : l’emploi résiste dans les intentions, la facture logicielle grimpe déjà

L’enquête Staff & Go distingue entreprises et cabinets comptables

La question de la valeur créée par l’intelligence artificielle revient dans toutes les directions. Qui profite du temps gagné : l’éditeur du logiciel, l’entreprise cliente, ses salariés ou les consommateurs ? Pour y répondre, Staff & Go a commandé une enquête à BuzzPress France. Elle porte sur 2 103 répondants rattachés au monde de l’entreprise et 914 représentants de cabinets d’expertise comptable. Le terrain s’est déroulé du 6 au 19 août 2026.

La première catégorie rassemble des fonctions diverses : dirigeants, responsables RH ou paie, administratifs, indépendants et personnes en lien avec un cabinet comptable. Elle ne correspond donc pas à 2 103 dirigeants interrogés, ni nécessairement à 2 103 entreprises distinctes. Les réponses sur l’emploi expriment des prévisions. Celles sur le partage des gains par les éditeurs traduisent une perception.

L’enquête a été menée en ligne auprès d’un panel, avec quotas et redressements annoncés. Le communiqué ne fournit ni les effectifs par sous-groupe, ni les questions sur l’usage effectif de l’IA, ni les données brutes. Il faut lire ces résultats comme un état des opinions et des projets des professionnels interrogés.

34 % des entreprises disent payer davantage leurs logiciels

L’écart entre l’attente et l’expérience ressort d’abord sur les prix. Parmi les répondants côté entreprises, 38 % pensent que l’intégration de l’IA devrait faire baisser les tarifs des logiciels et services professionnels. Seulement 11 % estiment qu’elle devrait les faire monter. Dans les cabinets comptables, les deux réponses recueillent respectivement 27 % et 18 %.

Or 34 % des répondants côté entreprises déclarent une augmentation de leurs dépenses en logiciels et abonnements depuis l’arrivée de l’IA. La proportion atteint 41 % dans les cabinets. À l’inverse, seuls 2 % et 3 % constatent une baisse. Une autre réponse, choisie par 15 % des entreprises et 24 % des cabinets, décrit plusieurs abonnements IA ajoutés aux outils existants. Les catégories de ce tableau sont exclusives : il ne faut pas additionner ces pourcentages comme s’ils mesuraient le même phénomène.

Ce constat rejoint notre analyse du coût de l’IA en entreprise. Les fonctions ajoutées aux logiciels déjà payés peuvent passer inaperçues lors du renouvellement. Une entreprise doit donc rapprocher la facture des usages réels, service par service. La question n’est pas seulement « combien de licences ? », mais « quel travail utile chaque licence permet-elle de réaliser ? »

Réponse sur les dépenses logicielles depuis l’arrivée de l’IAEntreprisesCabinets comptables
Dépenses en hausse34 %41 %
Plusieurs abonnements IA s’ajoutent à l’existant15 %24 %
Dépenses stables36 %31 %
Dépenses en baisse2 %3 %
Ne sait pas ou ne suit pas précisément13 %1 %

Source : sondage Staff & Go / BuzzPress France, août 2026. Une seule réponse par répondant pour cette question.

Les éditeurs garderaient les gains : une perception, pas un bilan financier

L’enquête interroge aussi les clients sur le partage des gains de productivité réalisés par leurs éditeurs grâce à l’IA. Au total, 61 % des répondants côté entreprises estiment que ces éditeurs ne leur rétrocèdent pas les gains. Parmi eux, 34 % pensent qu’ils améliorent leurs marges et 27 % qu’ils réinvestissent sans réduire les prix. Les cabinets donnent respectivement 38 % et 31 %, soit 69 % au total.

Cette formulation mérite de la prudence. Les répondants ne disposent pas, dans le questionnaire, des comptes des éditeurs. Le résultat mesure leur jugement sur les tarifs et les services reçus. D’ailleurs, 26 % des entreprises et 25 % des cabinets perçoivent un partage partiel sous forme de nouveaux services. Seuls 10 % et 2 % constatent une véritable baisse de prix.

Pour négocier, le dirigeant peut demander une ventilation simple : prix de la fonction IA, nombre d’utilisateurs actifs, limites d’usage, coûts variables, protection des données et possibilité de retirer l’option. Il peut ensuite comparer le gain mesuré avec le coût total. Nous détaillons cette méthode dans notre article sur le retour sur investissement de l’IA.

Trop d’outils : les cabinets expriment une demande forte de simplification

La moitié des cabinets interrogés, soit 51 %, déclarent utiliser plus de dix logiciels ou abonnements distincts. Encore 5 % répondent qu’ils en ont trop pour les compter. Côté entreprises, 37 % déclarent six à dix outils, 22 % plus de dix et 4 % trop pour les compter. Ainsi, 63 %, et non 59 %, se situent dans ces trois catégories. Le texte du communiqué annonce « 59 % au moins six » : ce chiffre additionne seulement les deux premières catégories et omet les 4 % qui ne peuvent pas compter leurs outils.

Face à cet empilement, 58 % des entreprises et 65 % des cabinets choisissent une plateforme unique à prix réduit parmi deux solutions possibles. Respectivement 31 % et 33 % accepteraient de réduire le nombre d’abonnements, même au prix de quelques fonctions. La connexion des outils à une IA généraliste attire 37 % des entreprises et 44 % des cabinets. Ces réponses multiples ne doivent pas être additionnées pour obtenir une part de marché.

Une plateforme unique peut réduire les doubles saisies. Elle peut aussi concentrer les risques en cas de panne ou de changement de fournisseur. Avant de migrer, les directions doivent vérifier les possibilités d’export des données, les interfaces avec la paie et la comptabilité, ainsi que les conditions de sortie du contrat.

Données : peu de vérifications systématiques

Seulement 19 % des répondants côté entreprises déclarent vérifier systématiquement l’hébergement, les sous-traitants et la conformité des outils d’IA. La proportion monte à 31 % chez les cabinets. À l’inverse, 18 % des entreprises font confiance à l’éditeur sans contrôle et 11 % ne se sont jamais vraiment préoccupées de la question. Pour 19 %, cette incertitude conduit même à renoncer à certains outils.

À la question de la confiance, 41 % des entreprises et 52 % des cabinets choisissent d’abord un éditeur français ou européen. C’est une préférence déclarée, pas une preuve qu’un fournisseur établi en Europe protège mieux les données dans tous les cas. Le lieu de l’éditeur ne suffit pas : les flux, les sous-traitants et les contrats comptent aussi. Notre guide sur l’IA en entreprise et le RGPD détaille les vérifications à mener avant d’intégrer un service aux processus RH.

23 % envisagent de recruter grâce à l’IA, 2 % de supprimer des postes

Le titre du communiqué affirme que l’IA ne « tuera » pas l’emploi. Le tableau est plus nuancé. Parmi les répondants côté entreprises, 23 % anticipent des créations d’emplois liées à leur croissance, 58 % le maintien des effectifs et 11 % le non-remplacement de certains départs. Enfin, 2 % prévoient des suppressions de postes et 6 % ne se prononcent pas. Les cabinets affichent respectivement 21 %, 63 %, 9 %, 3 % et 4 %.

Effet envisagé de l’IA sur les effectifsEntreprisesCabinets comptables
Créer des emplois23 %21 %
Maintenir les effectifs58 %63 %
Ne pas remplacer certains départs11 %9 %
Supprimer des postes2 %3 %
Ne sait pas ou ne répond pas6 %4 %

Source : sondage Staff & Go / BuzzPress France, août 2026. Prévisions des répondants, pas emplois déjà créés ou supprimés.

Le non-remplacement mérite sa propre ligne. Il peut réduire l’emploi à terme sans licenciement. Et aucune de ces réponses ne mesure encore le nombre de salariés concernés. En outre, le sondage ne sépare pas les organisations qui utilisent déjà intensivement l’IA de celles qui en discutent seulement.

La Banque de France aboutit à une perspective différente dans son enquête auprès d’environ 7 000 entreprises, menée au printemps 2026. Elle constate des gains encore limités, puis rapporte des anticipations d’effet « modérément négatif » sur l’emploi à trois ans. Les périmètres et les questions diffèrent : il serait incorrect d’opposer mécaniquement les deux pourcentages. Leur rapprochement invite surtout à suivre les embauches, les départs et les métiers réellement transformés.

Formation et salaires devant la baisse des prix

Si l’IA libère du temps ou réduit les coûts, 37 % des entreprises interrogées citent la formation parmi leurs deux priorités. Viennent ensuite les salaires et avantages (31 %), de nouveaux produits ou services (28 %) et les marges (26 %). La trésorerie reçoit 21 % des réponses, les recrutements 22 % et la baisse des prix pour les clients seulement 14 %. Chez les cabinets, la formation arrive à 45 %.

Une autre question porte directement sur les prix. Cette fois, 33 % des entreprises se disent prêtes à baisser leurs tarifs si l’IA réduit leurs coûts. Encore 19 % le feraient si leurs concurrents les imitaient. Cela représente 52 % au total, mais il s’agit d’une disposition conditionnelle. Dans le même temps, 37 % préfèrent garder le gain pour la marge, l’investissement ou les salaires. Les réponses des cabinets sont 27 %, 21 % et 43 %.

Il faut distinguer les trois mesures : ce que les clients attendent des éditeurs, l’usage prioritaire que les entreprises feraient d’un gain et une éventuelle baisse de prix sous conditions. Aucune ne montre une baisse déjà observée. La Banque de France note, elle aussi, que les entreprises de son enquête n’anticipent pas de diminution significative de leurs prix de vente à ce stade.

Ce que les dirigeants peuvent décider dès maintenant

Le sondage dessine un ordre de travail concret. D’abord, inventorier les logiciels et les abonnements IA réellement payés, y compris ceux souscrits par les équipes. Ensuite, mesurer sur quelques tâches le temps gagné et le taux d’erreur, avec les coûts de contrôle humain. Puis revoir les contrats, la réversibilité et le traitement des données avant de regrouper les outils. Enfin, affecter les gains constatés à la formation, aux recrutements, aux prix ou à la marge selon la stratégie de l’entreprise.

La conclusion ne tient donc pas dans un slogan sur l’emploi. L’IA peut modifier la répartition du travail et la facture des logiciels avant de changer les effectifs. Pour un dirigeant, la bonne mesure sera celle des résultats constatés dans son entreprise : coût complet, qualité, compétences et valeur rendue au client.

À garder en tête

  • 3 017 professionnels ont répondu, dont 2 103 côté entreprises et 914 dans les cabinets comptables.
  • 34 % des répondants côté entreprises et 41 % des cabinets disent payer davantage leurs logiciels depuis l’arrivée de l’IA.
  • 23 % envisagent de recruter grâce à l’IA, 11 % de ne pas remplacer certains départs et 2 % de supprimer des postes côté entreprises.
  • 52 % des répondants côté entreprises envisageraient de baisser leurs prix si l’IA réduisait leurs coûts, dont 19 % seulement si leurs concurrents le faisaient aussi.
  • Ces réponses décrivent des perceptions et des intentions. Elles ne mesurent ni les gains déjà réalisés, ni les évolutions effectives de l’emploi.

Méthodologie : enquête en ligne CAWI menée du 6 au 19 août 2026 sur le panel BuzzPress France de 27 700 panélistes, par quotas et avec redressements annoncés. Source : communiqué Staff & Go du 29 septembre 2026.