Les revenus complémentaires prennent une place dans les projets professionnels des jeunes actifs interrogés par International Workplace Group (IWG). Dans son communiqué du 7 octobre, l’opérateur des espaces Regus et Spaces décrit des parcours associant emploi principal, projets personnels et activités rémunérées parallèles. Mais son chiffre central appelle une distinction : les 33 % réunissent des pratiques existantes et de simples intentions.
L’enquête, menée par Censuswide auprès de 1 000 professionnels de la Gen Z en février 2026, donne ainsi un aperçu de leurs attentes. Elle ne permet pas de dire qu’un tiers des jeunes salariés cumule effectivement plusieurs emplois. Elle ne mesure pas davantage les revenus tirés de ces activités, leur durée ou leur rentabilité.
Revenus complémentaires : le salaire reste un moteur
IWG indique que 48 % citent l’augmentation des revenus comme motivation pour une activité complémentaire. Toutefois, le communiqué ne détaille pas assez la base de cette réponse pour la rapporter à tous les participants. Le signal financier reste présent dans les résultats sur la mobilité : parmi ceux qui ont changé de poste au cours des trois dernières années, 30 % désignent un salaire plus élevé comme principale raison.
Le groupe utilise l’expression « carrière portfolio » pour décrire ces parcours composés de plusieurs activités. Cela peut recouvrir des situations économiques très différentes. Une mission indépendante ponctuelle, un commerce en ligne et une entreprise en développement n’exposent ni aux mêmes dépenses ni aux mêmes incertitudes.
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Pour un employeur, l’interprétation mérite donc un échange individuel. Chercher un complément de rémunération peut traduire une contrainte budgétaire. Un projet parallèle peut aussi répondre à l’envie de tester une compétence ou une activité. L’étude ne permet pas de répartir précisément ces motivations, ni d’établir qu’elles annoncent un départ.
La question de gestion consiste alors à examiner ce que le poste principal offre réellement : une progression salariale compréhensible et des possibilités d’évolution identifiables. Le désir de diversifier ses activités ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’engagement d’un salarié.
Le temps de trajet entre dans le calcul
Selon IWG, 65 % des répondants seraient moins enclins à entreprendre ou à multiplier leurs activités s’ils devaient effectuer de longs trajets quotidiens. Cette réponse concerne une situation hypothétique. Elle ne prouve pas qu’une réduction des déplacements entraîne une création d’entreprise.
D’autres résultats éclairent cependant l’usage du temps. Ainsi, 24 % déclarent que le travail hybride réduit leurs trajets et leur permet de consacrer les heures gagnées à des projets personnels ou à d’autres revenus. De plus, 20 % estiment qu’il facilite l’exploration de nouvelles orientations sans quitter l’emploi principal.
Un calcul illustre cet arbitrage. Si un salarié évite deux allers-retours hebdomadaires d’une heure chacun, il récupère deux heures par semaine. Sur quatre semaines, cela représente huit heures. Cet exemple ne vient pas de l’enquête : il montre seulement pourquoi les déplacements peuvent peser dans une décision professionnelle.
En France, l’Insee mesurait au premier semestre 2024 un recours au télétravail chez 22 % des salariés du secteur privé, entreprises publiques comprises. Les télétravailleurs effectuaient en moyenne 1,9 jour à distance par semaine. Ces données portent sur une autre population et ne sont pas directement comparables aux résultats IWG.
Pour l’entreprise, l’arbitrage concerne donc les jours de présence utiles au travail collectif et les contraintes des postes. Business Times a déjà examiné l’encadrement du télétravail et les débats sur le retour au bureau. Ici, l’enquête ajoute une question : quelle place les trajets laissent-ils aux projets menés en dehors du travail ?
L’IA suscite des anticipations, sans prouver un gain de revenus
Dans l’échantillon, 55 % estiment que l’intelligence artificielle transformera leur carrière. IWG relie cette anticipation à la diversification des parcours. Cependant, les données présentées n’établissent pas que l’IA provoque le lancement d’une activité parallèle. Elles ne chiffrent aucun supplément de revenu attribuable à ces outils.
Cette distinction compte pour les responsables de formation. Anticiper un changement de métier ne dit pas quelles compétences le salarié maîtrise déjà. L’enjeu peut être de lui permettre de les développer dans son poste, avec des tâches et des critères d’évaluation précis. Notre analyse des liens entre formation et IA dans les entreprises traite justement de l’écart entre accès aux outils et application des acquis.
L’employeur peut ainsi proposer un projet interne pour expérimenter un nouvel usage. Encore faut-il prévoir du temps et un accompagnement : ajouter une mission au travail existant ne crée pas automatiquement une perspective de carrière.
En France, le cumul d’activités a un cadre précis
Les revenus complémentaires soulèvent aussi une question contractuelle. Service Public rappelle que le cumul salarié–micro-entrepreneur est possible en principe. L’activité indépendante doit s’exercer hors du temps de travail salarié et respecter l’obligation de loyauté. Elle ne doit notamment pas concurrencer l’employeur.
Une clause d’exclusivité peut restreindre ce cumul, mais son application exige de vérifier la situation. En effet, l’article L1222-5 du Code du travail empêche l’employeur d’opposer une telle clause pendant un an au salarié qui crée ou reprend une entreprise, sous réserve de l’exception prévue pour les VRP. L’obligation de loyauté demeure.
La distinction pratique est essentielle : le télétravail reste du temps de travail pour l’employeur. Les heures gagnées sur les transports peuvent libérer du temps personnel ; elles n’autorisent pas à utiliser les heures salariées pour facturer ses propres clients.
Une enquête à lire avec ses limites
Le communiqué français ne précise ni le pays de collecte, ni les âges exacts, ni les quotas ou la pondération. Ses résultats ne peuvent donc pas être présentés comme ceux des jeunes actifs français. Il ne fournit pas non plus de comparaison avec les générations précédentes : impossible d’en déduire que ces aspirations sont propres à la Gen Z.
Enfin, IWG commercialise des espaces de travail flexibles et a un intérêt économique dans leur développement. Cela invite à distinguer les réponses recueillies de son interprétation commerciale.
Pour un dirigeant, cette enquête peut servir de point de départ à des entretiens sur les attentes professionnelles. Avant de modifier une politique de présence ou de rémunération, il reste à savoir combien de salariés ont réellement une activité parallèle, ce qu’ils y cherchent et quelles perspectives l’entreprise peut leur proposer.
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