Rencontre avec Manon Bruncher, associée chez R’Volution.
Quel est le principal écueil des méthodes classiques de prévention des risques humains aujourd’hui en entreprise ?
Manon Bruncher : « Le principal problème reste la passivité. Quel que soit le sujet – handicap, risques psychosociaux, discrimination, aidants –, les salariés ont du mal à reconnaître la situation lorsqu’on leur propose des formations descendantes. Ils restent en dehors du sujet. Les nouvelles technologies, dont la réalité virtuelle, permettent de passer de la connaissance à la prise de conscience, avant de changer profondément les habitudes. »
En quoi vivre une situation « de l’intérieur » change-t-il la prise de conscience ?
M.B. : « En créant des situations avec des personnages quasi réels confrontés à des problématiques quotidiennes – aidants, parentalité et homosexualité, omerta face au genre… –, on vulgarise le propos mais surtout, on rend le salarié acteur. Il voit à travers les yeux des personnages, s’approprie leur discours. Avec un casque de réalité virtuelle, on travaille davantage sur le ressenti et on facilite l’adoption des bonnes pratiques. »
Sexisme, harcèlement, risques psychosociaux : comment l’immersion et le débriefing peuvent-ils briser le silence ?
M.B. : « Tout dépend de la culture d’entreprise. Si l’organisation veut créer un changement profond et durable, c’est un gage de réussite. Lors du débriefing, l’intérêt est de partir de ce que vient de vivre un personnage plutôt que d’interroger directement les participants sur leur propre expérience. On peut discuter de ce qui pose problème dans la situation, des réactions possibles ou de ce qui aurait pu être fait différemment. Cette prise de distance facilite la parole et certains participants font ensuite spontanément le lien avec des situations qu’ils ont vécues ou observées. »
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Quel retour de terrain vous a marquée ?
M.B. : « J’ai en tête une sensibilisation au handicap qui a permis de libérer la parole d’une collaboratrice confrontée à une sévère dépression… Occasionnant plusieurs arrêts de travail. Son équipe a enfin compris la raison de ses arrêts et décidé de l’aider. Une solidarité s’est mise en place naturellement. »
Comment inscrire ces outils dans la durée ?
M.B. : « Une sensibilisation ponctuelle, même immersive, ne suffit pas à changer durablement une culture d’entreprise. La réalité virtuelle peut provoquer un déclic, mais il faut ensuite le prolonger : former les managers, donner aux salariés des moyens d’agir, rappeler les dispositifs internes et remettre régulièrement ces sujets sur la table. Déployer une culture de prévention nécessite des messages cohérents, de la répétition et une continuité dans les actions. »
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