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Philippe Bouvard, la disparition d’un bâtisseur des médias populaires

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Philippe Bouvard est mort lundi 24 août à son domicile de Cannes, à l'âge de 96 ans. Journaliste, homme de radio, animateur de télévision et écrivain, il laisse surtout derrière lui deux créations qui lui ont largement survécu : Les Grosses Têtes et Le Théâtre de Bouvard. Deux émissions qui ont marqué durablement la radio et l'humour français.

Philippe Bouvard, la disparition d’un bâtisseur des médias populaires

Il avait fini par quitter le micro, mais seulement après avoir poussé l’exercice jusqu’à un âge où la plupart de ses confrères avaient depuis longtemps pris leur retraite.

Philippe Bouvard est mort lundi 24 août à Cannes. Son épouse a annoncé son décès à RTL, la station avec laquelle son nom était lié depuis les années 1960. Il avait 96 ans.

Les chiffres donnent une idée de la longueur de la carrière : plus de 30 000 articles, plus de 50 livres, quelque 6 000 émissions de télévision et 18 000 émissions de radio, selon Le Monde. Il avait commencé dans la presse écrite, notamment au Figaro puis à France-Soir, avant de devenir l’une des voix les plus reconnaissables de la radio française.

Les Grosses Têtes, son émission pendant 37 ans

Le 1er avril 1977, Philippe Bouvard lance sur RTL Les Grosses Têtes.

Le principe traversera les décennies : réunir autour d’un animateur des personnalités capables de jouer avec l’actualité, la culture générale, les anecdotes et surtout les mots.

Bouvard en reste aux commandes pendant 37 ans, avec une interruption d’une saison en 2000-2001. Lorsqu’il quitte finalement l’émission en 2014, RTL confie le programme à Laurent Ruquier. Le passage de relais est difficile. Philippe Bouvard ne cache pas qu’il aurait préféré continuer.

Douze ans plus tard, Les Grosses Têtes sont toujours à l’antenne.

C’est peut-être là que se mesure le mieux la réussite du format : Bouvard a disparu, son émission lui survit et s’apprête à atteindre son cinquantième anniversaire en 2027.

Le jour même de son décès, hasard du calendrier, Laurent Ruquier enregistrait la première émission de la nouvelle saison. Elle lui a été consacrée, entouré notamment de Gérard Jugnot et Michèle Bernier.

Ruquier, dont les relations avec son prédécesseur avaient parfois été compliquées, a néanmoins rappelé ce qu’il lui devait. Il voit en Bouvard l’un de ceux qui ont installé l’impertinence dans les émissions de divertissement françaises et revendique sa filiation professionnelle avec lui.

Le Théâtre de Bouvard, cinq années qui ont changé l’humour français

Les Grosses Têtes auraient suffi à installer Philippe Bouvard dans l’histoire de la radio. Mais la télévision lui doit une autre création.

Entre 1982 et 1987, Le Théâtre de Bouvard offre à de jeunes comédiens encore inconnus quelques minutes pour convaincre.

Ils sont nombreux à y avoir fait leurs premières armes.

Pascal Légitimus, Bernard Campan et Didier Bourdon s’y rencontrent avant de devenir Les Inconnus. Chevallier et Laspalès y passent également. Tout comme Mimie Mathy, Michèle Bernier, Les Vamps, Muriel Robin, Chantal Ladesou ou encore Bruno Gaccio. Laurent Baffie y travaille comme auteur.

L’émission était diffusée cinq fois par semaine avant le journal de 20 heures d’Antenne 2. La sélection était rapide : les candidats disposaient de peu de temps pour faire rire Bouvard et décrocher leur place à l’écran.

Le dispositif paraît rudimentaire vu d’aujourd’hui. Il a pourtant servi d’incubateur à une partie de l’humour français des années 1980 et 1990.

Bien avant YouTube, TikTok ou les plateformes de streaming, la télévision avait déjà ses accélérateurs de carrière. Le Théâtre de Bouvard en fut l’un des plus efficaces.

Un journaliste avant d’être un animateur

Réduire Philippe Bouvard aux Grosses Têtes serait pourtant oublier son premier métier.

Il entre au Figaro au début des années 1950, d’abord dans des fonctions modestes, avant de devenir journaliste puis responsable de la rubrique parisienne. Il rejoint France-Soir en 1973 et y occupera ensuite des responsabilités de direction.

Son parcours est d’autant plus singulier qu’il n’avait pas obtenu le baccalauréat et avait été renvoyé de sa formation de journaliste. Cela ne l’empêchera pas de passer plus de soixante-dix ans dans les médias.

Il appartenait ainsi à une génération capable de passer du quotidien national au micro, puis du micro au plateau de télévision sans abandonner complètement l’écriture.

Cette manière de construire une carrière paraît presque étrangère au paysage médiatique actuel, où les métiers et les audiences sont davantage éclatés entre chaînes, plateformes, podcasts et réseaux sociaux.

Business Times suit régulièrement cette transformation du secteur, notamment à travers le développement de nouveaux acteurs numériques comme Legend, le média de Guillaume Pley valorisé autour de 72 millions d’euros ou les changements de figures à la télévision avec l’arrivée de Léa Salamé au 20 heures de France 2.

Les outils changent. La difficulté reste la même : créer un rendez-vous suffisamment fort pour que le public revienne.

Philippe Bouvard en avait créé au moins deux.