Le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire sur les conditions dans lesquelles Bally Bagayoko, aujourd'hui maire LFI de Saint-Denis, a exercé son emploi de cadre à la RATP parallèlement à ses mandats locaux. L'élu conteste les soupçons qui le visent et la RATP dément avoir accordé des emplois de complaisance. La justice va maintenant devoir examiner la réalité du travail effectué et les conditions dans lesquelles ses différentes fonctions ont été conciliées.

Bally Bagayoko : pourquoi le PNF enquête sur son emploi à la RATP

L’enquête a été ouverte le 19 août 2026. Le Parquet national financier veut procéder à des vérifications sur les conditions d’emploi de Bally Bagayoko à la RATP. La procédure porte notamment sur des faits susceptibles de relever du détournement de fonds publics, du recel et de la concussion.

À ce stade, Bally Bagayoko n’est pas condamné et l’ouverture d’une enquête préliminaire ne préjuge pas de ses conclusions.

Le dossier trouve son origine dans des articles de presse consacrés à son parcours professionnel à la RATP, puis dans des plaintes déposées auprès du PNF par l’association AC!! Anti-Corruption.

Un salarié de la RATP depuis 2000, élu depuis 2001

Le parcours de Bally Bagayoko explique pourquoi la justice s’intéresse aujourd’hui à l’articulation entre ses deux activités.

La ville de Saint-Denis indique elle-même qu’il est cadre à la RATP depuis 2000. Sa carrière politique locale débute l’année suivante lorsqu’il rejoint en 2001 l’équipe municipale de Patrick Braouezec. Il devient ensuite adjoint au maire, conseiller général puis vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2015.

En mars 2026, il est élu maire de la nouvelle commune de Saint-Denis-Pierrefitte. Il prend également, en avril, la présidence de l’établissement public territorial Plaine Commune.

Ce n’est toutefois pas le simple fait d’avoir exercé un mandat politique tout en étant salarié qui pose juridiquement problème.

Être salarié et élu local est parfaitement possible

Le droit français prévoit précisément le cas des salariés titulaires d’un mandat local.

Ils peuvent bénéficier d’autorisations d’absence et d’un crédit d’heures leur permettant de participer aux réunions et d’exercer leur mandat. Pour un adjoint au maire d’une ville de plus de 30 000 habitants, ce crédit peut atteindre 140 heures par trimestre.

La question posée dans l’affaire Bagayoko est donc plus précise : quel travail était réellement effectué pour la RATP, selon quelles modalités et avec quelle rémunération pendant les périodes où l’intéressé exerçait parallèlement plusieurs responsabilités électives ?

C’est ce que le PNF devra établir.

Bally Bagayoko rejette les accusations

Avant même l’ouverture de l’enquête, le maire de Saint-Denis avait contesté les soupçons d’emploi fictif et dénoncé une opération destinée à le discréditer politiquement.

Depuis l’annonce du PNF, son entourage assure qu’il reste « serein » sur l’issue de la procédure.

La RATP conteste elle aussi l’existence d’emplois de complaisance. L’entreprise affirme appliquer les règles légales qui permettent à ses salariés titulaires d’un mandat électif de concilier leur emploi et leurs responsabilités politiques.

Une enquête publiée par Le Média a par ailleurs recueilli plusieurs témoignages contestant l’idée que Bally Bagayoko aurait bénéficié d’un emploi fictif.

Les investigations du PNF devront désormais confronter ces éléments aux documents de la RATP : fiches de poste, temps de présence, rémunérations, absences et éventuels aménagements accordés au salarié.

Le dossier pourrait dépasser le seul cas Bagayoko

L’affaire a pris une autre dimension lorsqu’AC!! Anti-Corruption a déposé une seconde plainte, cette fois contre X.

L’association demande que la justice examine l’existence éventuelle d’un système concernant d’autres élus franciliens employés par la RATP. La plainte évoque des élus de différents courants politiques.

Le chiffre d’environ 200 agents de la RATP exerçant également un mandat électif a circulé ces dernières semaines. Il ne signifie pas que 200 personnes sont soupçonnées d’emploi fictif. Le fait d’être à la fois salarié de la Régie et élu est légal et encadré.

Ce nombre provient notamment du témoignage d’un ancien cadre de la RATP ayant indiqué avoir animé un réseau d’agents titulaires de mandats politiques, issus de la droite, de la gauche et du centre.

La distinction est importante : 200 élus salariés ne signifie pas 200 emplois fictifs.

La justice devra déterminer s’il existe des situations irrégulières et, le cas échéant, si elles relèvent de cas individuels ou d’un fonctionnement plus large.

Pour Bally Bagayoko, l’enjeu est désormais judiciaire. Élu maire de Saint-Denis il y a seulement quelques mois, il devra fournir au PNF les éléments permettant d’établir les conditions dans lesquelles il a travaillé pour la RATP pendant ses années de mandats locaux.

Aucune mise en cause pénale définitive ne peut être tirée, à ce stade, de l’ouverture de cette enquête.

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