Kinéis entre dans une nouvelle phase.
Après plusieurs années consacrées à concevoir, financer puis déployer sa constellation, l’entreprise doit désormais prouver que le modèle économique suit.
La société toulousaine vise 18 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026 et prévoit d’atteindre l’équilibre financier cette année. La Dépêche du Midi et La Lettre M confirment ces objectifs annoncés le 7 septembre.
La Tribune précise que le chiffre d’affaires atteignait environ 9 millions d’euros en 2025, contre 7 millions en 2024. La progression serait donc rapide si la cible 2026 se confirme.
À lire aussi
Kinéis vise 50 000 objets connectés d’ici fin 2026
La montée en puissance commerciale repose d’abord sur l’Internet des objets.
Kinéis vise près de 50 000 objets connectés à sa constellation d’ici la fin de l’année, contre environ 20 000 auparavant. Passer de 20 000 à 50 000 correspond bien à une progression de 150 %.
Le site officiel de l’opérateur confirme actuellement plus de 20 000 appareils connectés à son réseau.
Découvrir les usages de la constellation Kinéis
La technologie répond à une problématique assez simple : maintenir une connexion là où les réseaux mobiles classiques disparaissent.
Une balise peut communiquer directement avec les satellites. L’information rejoint ensuite l’une des stations au sol avant d’être transmise aux systèmes du client. Cette architecture permet notamment de suivre des véhicules, des équipements industriels ou des infrastructures éloignées.
Le réseau repose sur 25 nanosatellites en orbite basse. Kinéis a achevé leur déploiement le 18 mars 2025 après cinq missions avec Rocket Lab. Les services commerciaux ont officiellement ouvert le 1er juin suivant.
Le calendrier mérite d’être rappelé. En juin 2025, Kinéis annonçait encore vouloir dépasser 20 millions d’euros de chiffre d’affaires dès 2026. La cible actuelle de 18 millions est donc légèrement inférieure à cette ambition initiale. En revanche, l’objectif de rentabilité reste maintenu.
Du fret ferroviaire à la prévention des feux de forêt
Le modèle économique repose sur la multiplication de cas d’usage très concrets.
Dans le ferroviaire, la technologie peut suivre du matériel roulant ou des marchandises lorsque les trains traversent des zones sans couverture mobile.
Kinéis travaille notamment avec Europorte et Track Value sur ces problématiques. L’accord entre Europorte-Kerlink et Kinéis avait déjà été annoncé début 2025.
Le suivi environnemental constitue un autre axe important.
Avec Dryad Networks, Kinéis participe au développement de Silvanet, une technologie destinée à détecter très tôt les départs de feux de forêt. Des capteurs analysent l’environnement puis utilisent la constellation lorsque les réseaux terrestres ne sont pas accessibles.
Selon les données publiées ce 7 septembre et reprises par La Dépêche, environ 700 capteurs sont déjà expérimentés dans le Finistère, le Gard, la Corse et les Bouches-du-Rhône.
L’entreprise annonce également 10 000 balises livrées, dont le déploiement doit commencer en septembre.
Découvrir le dispositif Silvanet de détection des incendies
Un autre projet porte sur la surveillance à distance des citernes d’eau installées dans les massifs forestiers. L’idée paraît simple, mais elle répond à un vrai besoin opérationnel : savoir avant une intervention quelles réserves disposent encore d’eau.
Ces projets s’inscrivent dans la montée en puissance des usages spatiaux soutenus par France 2030.
Le plan national considère justement les constellations comme un moyen de développer de nouveaux services dans la communication, la sécurité, la géolocalisation et la gestion des risques.
Business Times s’est régulièrement intéressé aux investissements de France 2030 dans les technologies stratégiques.
À lire sur Business Times : France 2030 poursuit ses investissements dans les technologies d’avenir
L’AIS devient un deuxième moteur de développement
Kinéis ne mise pas seulement sur les objets connectés terrestres.
L’autre axe stratégique concerne l’AIS satellitaire, utilisé pour identifier et suivre les navires.
Le début de l’année 2026 a été marqué par plusieurs accords importants. LSEG et Lloyd’s List Intelligence utilisent désormais les données satellitaires AIS de Kinéis.
LuxSpace fait également partie des partenaires développés autour de cette activité.
Ces accords donnent une autre dimension au modèle.
Les clients ne sont plus uniquement des entreprises souhaitant connecter un objet isolé. Ils comprennent aussi des sociétés spécialisées dans les données maritimes, la finance, le renseignement économique et l’analyse des chaînes logistiques.
Dans un contexte géopolitique plus tendu, la connaissance des mouvements de navires devient une donnée stratégique.
Je n’ai en revanche pas repris le chiffre du CP qui valorise le marché mondial du suivi AIS à 4,5 milliards de dollars en 2035. La source utilisée est une étude commerciale de WiseGuy Reports et je préfère ne pas la présenter comme une donnée suffisamment robuste pour Business Times.
L’international devient la priorité
La prochaine étape de Kinéis se jouera largement hors de France.
L’entreprise multiplie actuellement les partenariats de distribution.
Au Vietnam, Kinéis a signé en mai un accord avec OSB Group afin de développer des solutions dans l’agriculture, le maritime, la logistique et la surveillance environnementale.
Début septembre, la société a aussi annoncé un partenariat avec Netmore Group.
L’accord est particulièrement intéressant. Netmore opère des réseaux IoT terrestres dans 18 pays. Il intègre désormais la connectivité satellitaire de Kinéis à son offre.
Consulter le partenariat Kinéis-Netmore
L’idée consiste à combiner deux technologies.
Tant qu’un appareil reste couvert par un réseau terrestre, il l’utilise. Lorsqu’il entre dans une zone blanche, le satellite prend le relais.
Pour une entreprise de transport, d’énergie ou de logistique, ce fonctionnement peut éviter les ruptures dans le suivi des équipements.
Business Times avait déjà analysé la montée en puissance des constellations en orbite basse avec Starlink et Amazon Leo.
Le positionnement de Kinéis reste néanmoins très différent. Il ne cherche pas à fournir du haut débit aux particuliers. Sa technologie cible surtout la transmission de petites quantités de données industrielles depuis des endroits difficiles d’accès.
Thomas Hiriart prend la direction générale de Kinéis
Cette accélération commerciale s’accompagne d’un changement de gouvernance.
Kinéis nomme Thomas Hiriart directeur général. La nomination est confirmée par plusieurs publications de ce 7 septembre.
À 41 ans, le dirigeant est diplômé de l’ISAE-Supaero et du Georgia Institute of Technology. Il détient également un MBA de l’INSEAD.
Son parcours mêle industrie spatiale, agences et conseil en stratégie au BCG.
Il a ensuite dirigé le développement d’ION-X, deeptech française spécialisée dans la propulsion électrique destinée aux satellites.
Sa feuille de route correspond directement aux priorités du moment.
Il devra structurer les offres commerciales, développer les partenariats avec de grands donneurs d’ordre européens et accélérer l’expansion internationale.
Il devra également travailler sur la prochaine génération de constellation, envisagée à l’horizon 2030.
Un test grandeur nature pour le NewSpace français
Kinéis constitue finalement un cas intéressant pour tout l’écosystème spatial français.
L’entreprise a levé 100 millions d’euros en 2020 afin de financer le développement de sa constellation. Ses actionnaires comprennent notamment CLS, le CNES, Bpifrance et plusieurs acteurs privés français.
Elle s’appuie aussi sur un écosystème industriel comprenant Thales Alenia Space, Hemeria, Syrlinks, Safran ou encore Exail.
Le défi change désormais de nature.
Après avoir prouvé sa capacité à concevoir et mettre en orbite une constellation, Kinéis doit maintenant démontrer qu’elle peut la rentabiliser.
C’est précisément là que le dossier devient intéressant pour les dirigeants, au-delà du seul secteur spatial.
Construire une technologie de rupture coûte cher. Construire les usages, les réseaux de distribution et les revenus récurrents qui vont avec constitue souvent une étape encore plus difficile.
Kinéis ne doit donc plus seulement prouver que ses satellites fonctionnent. L’entreprise doit montrer que ses clients peuvent en faire un outil opérationnel et que cette utilité financera la prochaine génération de sa constellation.
À lire également sur Business Times
- ActualitésEntrepôt connecté : 5 leviers pour transformer la data en moteur de performance logistique
- ActualitésID Logistics nomme Emmanuel Arnaud Directeur Solution Transport Groupe
- ActualitésID Logistics fait évoluer sa gouvernance au Benelux et au Canada pour soutenir sa croissance internationale
- ActualitésGLS France nomme Youssef Tagemouati Directeur Général et accélère sa transformation logistique
