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Polymarket valorisé 21 milliards de dollars : soutenu par Trump Jr., mais toujours bloqué en France

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La plateforme de marchés prédictifs Polymarket prépare une levée d’environ 1 milliard de dollars qui la valorise 21 milliards. Le fonds 1789 Capital, dont Donald Trump Jr. est partenaire, doit apporter près de 300 millions. Une croissance spectaculaire qui contraste avec sa situation en France : l’Autorité nationale des jeux bloque son accès depuis juillet et Polymarket vient de saisir la justice pour contester cette décision.

Polymarket valorisé 21 milliards de dollars : soutenu par Trump Jr., mais toujours bloqué en France

Une entreprise valorisée 21 milliards de dollars.

Un milliard de nouveaux financements.

Le propriétaire de la Bourse de New York parmi ses investisseurs.

Et, dans le même temps, un site bloqué depuis une connexion française.

Le parcours de Polymarket résume à lui seul le casse-tête que représentent les marchés prédictifs pour les régulateurs.

Selon le Wall Street Journal, la plateforme prépare un nouveau tour de financement d’environ 1 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de 21 milliards de dollars. 1789 Capital doit apporter près de 300 millions à l’opération.

Donald Trump Jr. est partenaire de ce fonds d’investissement.

La nuance est importante : le fils du président américain n’investit pas personnellement 300 millions de dollars dans Polymarket. C’est 1789 Capital qui réalise l’investissement.

Lire les informations du Wall Street Journal sur le nouveau financement de Polymarket

Près de 500 millions engagés par 1789 Capital

Ce nouvel investissement ne constitue pas le premier engagement du fonds.

1789 Capital avait déjà placé environ 200 millions de dollars dans Polymarket. Avec les 300 millions prévus lors du nouveau tour, son investissement cumulé pourrait donc approcher un demi-milliard de dollars.

Donald Trump Jr. conseille également Polymarket et s’est imposé comme l’une des figures les plus visibles de l’écosystème américain des marchés prédictifs.

Ces relations alimentent forcément les interrogations politiques aux États-Unis, mais il faut distinguer les faits établis des soupçons.

À ce jour, aucune irrégularité liée à cet investissement n’a été démontrée.

Une valorisation qui grimpe encore

La progression de Polymarket impressionne surtout par sa rapidité.

Le nouveau financement valorise la société 21 milliards de dollars.

Quelques mois auparavant, sa valorisation tournait autour de 15 milliards.

Cela représente une progression d’environ 40 % en quelques mois.

Pour une entreprise qui reste confrontée à des restrictions dans plusieurs pays, le signal envoyé par les investisseurs est considérable.

Ils ne parient manifestement pas seulement sur l’activité actuelle de Polymarket.

Ils misent sur ce que la plateforme pourrait devenir.

Polymarket n’est pas simplement un site de paris

Le fonctionnement paraît pourtant très proche d’un pari.

Un utilisateur peut prendre position sur la réalisation d’un événement futur.

Une élection.

Une décision de banque centrale.

Un résultat sportif.

L’évolution du Bitcoin.

Une décision judiciaire.

Un événement géopolitique.

Chaque contrat possède un prix qui varie en fonction des achats et des ventes.

Ce prix fournit alors une estimation de la probabilité que le marché attribue à l’événement.

C’est là que Polymarket cherche à se différencier d’un bookmaker classique.

La société présente ses marchés comme des outils permettant d’agréger les anticipations de milliers de participants.

L’argent incite chacun à prendre position en fonction des informations dont il dispose.

Le résultat devient alors une donnée.

Et cette donnée commence à intéresser beaucoup de monde.

CNN utilise déjà les marchés prédictifs avec Kalshi

Polymarket n’est d’ailleurs pas seul à vouloir transformer les paris sur l’avenir en source d’information.

Son grand concurrent américain, Kalshi, s’est rapproché de CNN.

Business Times avait analysé ce partenariat : le média américain utilise désormais certaines probabilités issues des marchés prédictifs pour compléter son traitement de l’actualité.

À lire sur Business Times : Kalshi s’associe avec CNN, un nouveau journalisme s’ouvre

Ce rapprochement montre pourquoi les valorisations du secteur augmentent.

Les plateformes ne souhaitent plus uniquement gagner de l’argent grâce aux transactions.

Elles veulent aussi vendre leurs données, leurs indicateurs et la mesure en temps réel des anticipations collectives.

C’est un marché potentiellement beaucoup plus vaste.

Le propriétaire de la Bourse de New York a déjà investi jusqu’à 2 milliards

L’un des signaux les plus significatifs est venu d’Intercontinental Exchange, plus connu sous les initiales ICE.

Le groupe possède notamment le New York Stock Exchange.

En octobre 2025, ICE a annoncé un investissement pouvant atteindre 2 milliards de dollars dans Polymarket, sur la base d’une valorisation d’environ 8 milliards avant investissement.

L’opération allait bien plus loin qu’une simple prise de participation.

ICE a également prévu de distribuer les données produites par Polymarket auprès de ses clients institutionnels dans le monde.

Consulter l’annonce officielle d’Intercontinental Exchange

Autrement dit, le propriétaire de la Bourse de New York considère les probabilités produites sur Polymarket comme des informations susceptibles d’intéresser les professionnels de la finance.

Voilà qui éloigne encore un peu plus la plateforme de l’image d’un simple site de paris.

La France adopte exactement la lecture inverse

À Paris, l’Autorité nationale des jeux ne partage pas cette analyse.

Pour l’ANJ, les marchés proposés par Polymarket relèvent en France des jeux d’argent et de hasard non autorisés.

Le régulateur avait commencé à intervenir dès novembre 2024.

À la suite de cette première intervention, Polymarket avait empêché les internautes situés en France d’effectuer des transactions financières sur sa plateforme.

Mais cela n’a pas réglé le problème.

Selon l’ANJ, certains utilisateurs contournaient le géoblocage tandis que le site restait accessible pour consulter les différents marchés et leurs cotes.

Le régulateur a donc changé de méthode.

Depuis juillet, les fournisseurs d’accès doivent bloquer Polymarket

Le 16 juillet 2026, le président de l’Autorité nationale des jeux a ordonné aux fournisseurs français d’accès à Internet de bloquer Polymarket.

Cette fois, la restriction ne dépend plus de la plateforme elle-même.

Orange, Free, SFR, Bouygues Telecom et les autres fournisseurs concernés doivent empêcher l’accès au site depuis leurs réseaux.

L’ANJ justifie cette décision par la promotion d’une offre de jeux d’argent qu’elle considère comme illégale sur le territoire français.

Consulter les explications officielles de l’Autorité nationale des jeux

Le blocage ne sanctionne pas l’utilisation d’une blockchain ou de cryptoactifs en tant que telle.

C’est la nature même des contrats proposés et des gains financiers associés aux résultats futurs qui conduit l’ANJ à les qualifier de jeux d’argent.

Plus de 200 000 visiteurs français en un mois

La fréquentation française avait aussi fortement augmenté.

L’ANJ cite des données Similarweb faisant état de 578 751 visites et de 205 057 visiteurs uniques en France au mois de juin 2026.

Nous ne parlons donc plus d’un service utilisé par quelques milliers d’initiés aux cryptomonnaies.

Le phénomène commence à toucher un public beaucoup plus large.

Et les risques évoluent avec l’audience.

Addiction.

Pertes importantes.

Absence de mécanismes français de protection des joueurs.

Intégrité des marchés.

Accès de certains participants à des informations privilégiées.

Autant de sujets que l’ANJ place au cœur de son argumentation.

Peut-on manipuler une prédiction ?

C’est probablement l’une des questions les plus délicates.

Supposons qu’un marché propose de gagner de l’argent si un événement particulier survient.

Que se passe-t-il si un participant possède une information confidentielle ?

Ou, pire, s’il peut agir directement sur l’événement ?

Le problème dépasse très largement Polymarket.

Tout marché où l’on échange une probabilité doit garantir l’intégrité de l’information.

Sur une Bourse traditionnelle, les délits d’initiés font l’objet d’une réglementation particulièrement stricte.

Les marchés prédictifs devront vraisemblablement construire des mécanismes comparables s’ils veulent réellement se rapprocher du monde financier.

Polymarket conteste désormais le blocage devant la justice

La plateforme a décidé de riposter.

Le 21 août 2026, Polymarket a annoncé avoir déposé un recours en France contre la décision de l’ANJ.

L’entreprise rappelle qu’elle avait déjà bloqué les transactions depuis la France à partir de novembre 2024.

Elle considère donc que l’interdiction complète d’accès au site va trop loin, puisqu’elle empêche également les internautes de consulter gratuitement les probabilités produites par les marchés.

Lire l’annonce de Polymarket concernant son recours en France

Il s’agit bien ici de la position défendue par Polymarket.

À ce jour, aucune décision judiciaire publique n’a annulé le blocage imposé par l’ANJ.

Le site reste donc normalement inaccessible depuis une connexion française.

Aux États-Unis, Polymarket revient au contraire dans le système réglementé

Le contraste devient encore plus intéressant lorsqu’on regarde les États-Unis.

Polymarket y a pourtant connu un sérieux problème réglementaire.

En janvier 2022, la Commodity Futures Trading Commission, la CFTC, avait infligé 1,4 million de dollars d’amende à la société. Le régulateur lui reprochait d’avoir proposé des contrats événementiels sans disposer de l’enregistrement nécessaire.

Consulter la décision officielle de la CFTC de 2022

Mais au lieu d’abandonner le marché américain, Polymarket a changé de stratégie.

La société a acquis QCX, une infrastructure réglementée.

Aujourd’hui, QCX LLC, exploitée sous le nom Polymarket US, possède officiellement le statut de Designated Contract Market auprès de la CFTC.

Vérifier le statut réglementaire de Polymarket US auprès de la CFTC

Nous arrivons donc à une situation assez étonnante.

En France, Polymarket est bloqué comme offre illégale de jeux d’argent.

Aux États-Unis, une structure portant son nom opère dans le cadre d’un marché réglementé par l’autorité fédérale des produits dérivés.

Pari ou produit financier : la frontière devient floue

C’est probablement le véritable sujet économique.

Lorsqu’un particulier achète une action parce qu’il pense que le chiffre d’affaires d’une entreprise va augmenter, il prend une position sur l’avenir.

Lorsqu’un investisseur achète un contrat à terme sur le pétrole, il fait lui aussi une hypothèse sur un événement futur.

Personne ne qualifie pour autant ces opérations de paris sportifs.

Avec Polymarket, la mécanique ressemble pourtant beaucoup.

La différence tient notamment à la nature de l’événement sous-jacent et au cadre juridique appliqué.

Politique.

Météo.

Sport.

Géopolitique.

Économie.

Cours des cryptomonnaies.

Les marchés prédictifs se situent précisément à cette frontière entre pari, finance et production d’information.

Et chaque pays commence à tracer cette frontière différemment.

La réglementation devient donc un actif stratégique

Le cas Polymarket illustre une réalité que connaissent parfaitement les fintech.

Une technologie performante ne suffit pas.

L’entreprise doit aussi obtenir le droit de l’exploiter.

Business Times l’avait récemment montré avec la fintech française Green-Got.

L’obtention de son agrément définitif d’établissement de paiement auprès de l’ACPR lui a permis de passer d’un modèle largement dépendant de partenaires à une structure capable de gérer directement davantage d’opérations financières.

À lire sur Business Times : Green-Got obtient son agrément définitif d’Établissement de Paiement

Le parallèle est intéressant.

Une autorisation réglementaire peut parfois valoir presque autant qu’une technologie.

Polymarket semble l’avoir compris aux États-Unis.

Reste à savoir si l’entreprise pourra un jour reproduire cette stratégie en Europe.

La France et les États-Unis ne regardent pas toujours les innovations financières de la même manière

Le phénomène dépasse d’ailleurs les marchés prédictifs.

Cryptoactifs, Bitcoin, infrastructures blockchain ou fintech : les réglementations américaine et européenne peuvent aboutir à des stratégies d’investissement radicalement différentes.

Business Times avait déjà analysé ce contraste avec l’entrée de l’américain Mara Holdings dans Exaion, filiale spécialisée d’EDF.

À lire sur Business Times : Minage Bitcoin en France, quand la souveraineté énergétique s’exporte aux États-Unis

Dans les deux cas, la question dépasse la technologie.

Elle devient :

comment réglementer suffisamment une innovation pour protéger les utilisateurs sans empêcher l’émergence d’un marché ?

Aucune réponse simple n’existe.

Mais Polymarket fournit aujourd’hui un cas d’école assez spectaculaire.

Les liens avec Trump ajoutent une dimension politique

L’arrivée de 1789 Capital ne simplifie évidemment pas le dossier.

Donald Trump Jr. est partenaire du fonds.

Il conseille également Polymarket.

Et l’administration américaine actuelle adopte une approche globalement plus favorable aux marchés prédictifs et aux cryptoactifs que plusieurs administrations précédentes.

Cette proximité attire logiquement l’attention des opposants politiques.

Des élus démocrates demandent davantage de transparence sur les relations entre les entreprises du secteur, les investisseurs et l’administration.

1789 Capital conteste pour sa part toute idée de conflit d’intérêts.

En l’absence de preuve d’une intervention irrégulière, mieux vaut donc rester précis.

Les liens existent.

Ils justifient des questions.

Ils ne permettent pas à eux seuls de conclure à une faveur réglementaire illégitime.

Un milliard supplémentaire malgré le risque réglementaire

Pour les investisseurs, une chose semble en revanche claire.

Les difficultés réglementaires n’empêchent plus de valoriser très cher les entreprises de marchés prédictifs.

Pourquoi accepter une valorisation de 21 milliards de dollars pour une société interdite dans plusieurs juridictions ?

Parce que les investisseurs ne valorisent pas uniquement les revenus actuels.

Ils anticipent un marché beaucoup plus large.

Information financière.

Sport.

Médias.

Géopolitique.

Prévisions économiques.

Données de sentiment.

Contrats événementiels.

Intelligence artificielle utilisant les probabilités comme données.

Les applications potentielles sont nombreuses.

Le précédent Kalshi montre que le modèle gagne du terrain

Le développement de Kalshi constitue d’ailleurs un signal important.

Le rapprochement avec CNN montre que les probabilités issues de marchés commencent à quitter l’univers des traders pour apparaître dans l’information grand public.

Relire sur Business Times : Kalshi s’associe avec CNN

Si cette tendance se confirme, les entreprises pourraient elles aussi s’intéresser davantage à ces indicateurs.

Quelle probabilité le marché attribue-t-il à une baisse des taux ?

À l’adoption d’une réglementation ?

À une victoire électorale ?

À une décision commerciale ?

À l’évolution d’un prix énergétique ?

Pour un dirigeant, ces données pourraient un jour compléter sondages, études de marché et scénarios macroéconomiques.

Encore faut-il pouvoir leur faire confiance.

21 milliards aux États-Unis, site bloqué en France

C’est finalement le paradoxe qui résume le mieux Polymarket.

Un fonds lié à Donald Trump Jr. prévoit d’investir environ 300 millions de dollars.

ICE, propriétaire du New York Stock Exchange, a déjà annoncé jusqu’à 2 milliards d’investissement.

La société prépare désormais un tour de table d’environ un milliard sur une valorisation de 21 milliards de dollars.

Pendant ce temps, un internaute français ne peut normalement même plus ouvrir le site depuis sa connexion habituelle.

Les deux situations ne sont pas forcément incompatibles.

Elles montrent surtout que la valeur d’une innovation dépend désormais presque autant du cadre réglementaire dans lequel elle évolue que de sa technologie.

Les investisseurs américains parient 21 milliards de dollars sur l’avenir des marchés prédictifs.

La France considère toujours Polymarket comme un site de jeux d’argent illégal.

La justice française devra désormais se prononcer sur une partie de ce conflit.

Et cette décision pourrait avoir des conséquences bien au-delà d’un simple site de paris.