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Factures impayées : jusqu’où laisser l’IA relancer les clients ?

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Cleavr annonce une levée de 8 millions d’euros pour développer sa solution de gestion du poste clients. Face aux factures impayées, l’entreprise défend une automatisation des relances courantes, avec une reprise en main humaine des dossiers sensibles. Elle détaille sa méthode de mesure et les limites de cette autonomie.

Factures impayées : jusqu’où laisser l’IA relancer les clients ?

Les factures impayées sont au cœur de la promesse de Cleavr : accélérer les encaissements en confiant une partie des relances à l’intelligence artificielle. Dans son annonce du 6 octobre 2026, la société présente une levée de 8 millions d’euros, menée par Varsity. Elle veut financer le développement de son produit et son expansion européenne.

Pour les directions financières, l’enjeu commence avec une facture qui tarde à être réglée. Faut-il envoyer un rappel, retrouver un justificatif ou appeler le commercial qui connaît le client ? Lorsque ces tâches s’accumulent, les équipes doivent arbitrer entre les montants à récupérer et le temps disponible. Business Times avait déjà abordé les délais d’encaissement et leurs conséquences pour les PME et ETI.

Le problème dépasse la seule organisation des services comptables. Selon le rapport 2024 de l’Observatoire des délais de paiement, publié par la Banque de France, le retard moyen atteignait 13,6 jours à la fin de 2024. Ce retard après l’échéance se distingue du DSO, qui mesure le délai moyen d’encaissement des créances clients.

Factures impayées : mesurer les gains et fixer les limites

Cleavr avance une baisse moyenne de 37 % du DSO, une hausse de 40 % des encaissements et une réduction de 80 % du temps consacré aux relances. Ces résultats proviennent de ses propres observations clients. Les réponses ci-dessous précisent une comparaison avant et après déploiement ; elles ne constituent pas une évaluation indépendante. La durée exacte des périodes comparées et la dispersion des résultats ne sont pas détaillées.

Une autre distinction concerne le contrôle. Une facture non contestée peut appeler un rappel courant. En revanche, un désaccord sur la prestation, une difficulté financière ou un compte stratégique demande une appréciation commerciale. Cette frontière rejoint les questions de contrôle de l’IA dans les directions financières déjà examinées par Business Times.

Enfin, la satisfaction doit se lire à la bonne échelle. Le NPS cité par Cleavr porte sur les entreprises qui utilisent sa solution. Il ne mesure pas directement l’opinion des clients destinataires des relances. Pour éclairer ces points, Business Times a interrogé Cleavr sur ses résultats, son autonomie et la préservation de la relation commerciale. Voici ses réponses.

Comment Cleavr mesure les résultats de ses relances

Vous annoncez une baisse moyenne de 37 % du DSO, une hausse de 40 % des encaissements et 80 % de temps en moins consacré aux relances. Comment calculez-vous ces résultats et que peut raisonnablement attendre une entreprise selon son organisation de départ ?

Ces trois moyennes sont calculées sur l’ensemble de nos clients. Pour chacun, nous comparons la situation avant le déploiement de Cleavr et quelques semaines après : DSO, montant encaissé sur la période et temps consacré aux relances par l’équipe finance. Nous faisons ensuite la moyenne de ces écarts sur tout notre portefeuille.

Le point de départ de l’entreprise est déterminant. Une société qui relançait de façon irrégulière, faute de temps, voit des gains rapides et importants. Beaucoup de factures en retard ne sont pas contestées : elles n’ont simplement jamais été relancées au bon moment. À l’inverse, une entreprise déjà bien organisée verra des gains plus modestes sur le DSO, mais un temps libéré considérable pour ses équipes.

Un dirigeant peut raisonnablement attendre deux choses. D’abord, un DSO qui baisse dès les premières semaines, parce que chaque facture est relancée au bon moment, sans exception. Ensuite, une équipe qui passe moins de temps à envoyer des emails et davantage sur les dossiers qui comptent vraiment. Le déploiement se fait en 24 heures, avec une connexion directe aux ERP comme SAP, Sage ou Pennylane. Les gains se mesurent donc très vite.

Quand l’IA agit seule et quand l’humain reprend la main

Quelles actions votre IA peut-elle effectuer seule ? À quel moment un dossier doit-il revenir à une équipe humaine, notamment en cas de litige ou de passage au contentieux ?

Dans 80 % des cas, l’IA agit seule. Il s’agit des actions à faible valeur ajoutée qui saturent aujourd’hui les équipes finance : rappels d’échéance, relances après retard, renvoi d’une facture ou d’un justificatif demandé par le client. Ces tâches sont répétitives, prévisibles et ne demandent pas de jugement. Les automatiser permet de traiter toutes les factures avec la même rigueur, ce qu’aucune équipe ne peut faire manuellement à grande échelle.

Dès qu’une situation présente un risque réputationnel ou opérationnel pour l’entreprise, la logique change. C’est le cas d’un litige commercial, d’une contestation, d’un client qui signale des difficultés financières ou d’un compte stratégique. Dans ces situations, nous ne prenons pas de décision à la place de l’entreprise. L’IA remonte le dossier à l’équipe avec tout son contexte : historique des échanges, factures concernées, analyse de la demande. Elle propose aussi une réponse. L’humain décide et répond, mais beaucoup plus vite qu’avant.

Le contentieux illustre bien ce principe. Il n’est jamais déclenché automatiquement. Lorsqu’une entreprise estime qu’un dossier doit passer en phase contentieuse, elle le valide elle-même par signature électronique. Le dossier est alors confié à un avocat partenaire.

Notre conviction est simple : l’IA doit absorber le volume pour que les équipes se concentrent sur les cas qui demandent du discernement. Elle n’a pas vocation à remplacer ce discernement.

Comment préserver la relation avec les clients relancés

Comment évitez-vous que les relances automatisées dégradent la relation commerciale ? Quels indicateurs suivez-vous et comment traitez-vous les situations sensibles ?

Il faut d’abord rappeler le point de départ. Nos clients relançaient déjà avant Cleavr, mais manuellement, souvent dans l’urgence, avec des messages génériques et des relances envoyées trop tard ou de façon irrégulière. C’est ce fonctionnement qui abîme la relation : un client relancé brutalement après trois mois de silence vit beaucoup plus mal la démarche qu’un client relancé courtoisement, au bon moment, avec le bon document.

Cleavr permet des relances personnalisées et automatisées. Le message, le ton et le moment sont adaptés à chaque client, plutôt qu’un modèle unique envoyé à tous. Surtout, nous permettons un traitement beaucoup plus efficace des dossiers. Quand un client signale une erreur de facturation ou un désaccord, sa demande est identifiée et traitée rapidement au lieu de rester sans réponse. Une grande partie des tensions dans le recouvrement vient précisément de demandes restées en suspens.

Pour mesurer la satisfaction, nous suivons le NPS de nos sociétés clientes, qui dépasse aujourd’hui 90. C’est un indicateur exigeant. Il faut aussi rappeler un autre point : nous facturons au mois, sans engagement annuel. Si Cleavr dégradait les relations commerciales de nos clients, ils nous quitteraient du jour au lendemain.

Les situations sensibles, enfin, restent entre les mains des équipes : litiges, clients stratégiques, difficultés financières. L’objectif n’est pas de relancer plus fort, mais de relancer mieux. Être payé plus vite et être mieux servi ne sont pas contradictoires.

Une levée de 8 millions d’euros pour se développer en Europe

Pourquoi lever 8 millions d’euros maintenant ? À quoi serviront ces fonds et quelles sont vos priorités pour les prochaines années ?

Nous levons maintenant car en quelques mois, nous avons dépassé la centaine de clients et nous sommes déjà présents commercialement dans plusieurs pays européens. Le besoin est massif. Les retards de paiement pèsent sur la trésorerie de milliers d’entreprises, et la plupart gèrent encore leur poste clients avec des tableurs et des relances manuelles.

Les 8 millions d’euros vont servir deux priorités. La première est le produit, sortir de nouvelles fonctionnalités, multiplier les intégrations avec les ERP et les outils de nos clients, et renforcer la qualité de notre IA sur les cas complexes. La seconde est le recrutement, en ingénierie, en produit, en vente et en accompagnement client, pour passer à 25 collaborateurs et soutenir notre ouverture internationale.

Notre ambition à deux ou trois ans est claire : faire de Cleavr la solution de gestion du poste clients de référence pour les entreprises européennes. Cela suppose d’ouvrir rapidement les principales géographies du continent, avec des équipes capables d’accompagner les directions financières dans leur langue et selon leurs pratiques.