Le deuxième trimestre 2026 confirme une conjoncture fragile pour les petites entreprises du Grand Est.
Selon l’observatoire Image PME du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables, établi à partir des déclarations de TVA de 49 000 TPE-PME régionales, le chiffre d’affaires reste stable par rapport au deuxième trimestre 2025. Depuis le début de l’année, il recule toutefois de 0,2 %.
La région se situe ainsi 0,8 point sous la moyenne française.
Mais il faut regarder ce chiffre avec prudence. Les données de l’observatoire sont exprimées en valeur et ne corrigent pas l’effet de l’inflation.
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Or l’Insee a mesuré une hausse des prix de 1,8 % sur un an en juin, puis de 2,1 % en juillet. Une activité stable en euros peut donc cacher une diminution des volumes réellement vendus.
Entreprises en difficulté : plusieurs secteurs du Grand Est décrochent
La moyenne régionale masque de fortes différences.
Le commerce de détail d’habillement affiche la dégradation la plus nette dans l’étude Image PME : -10,6 % au deuxième trimestre, et -9 % depuis janvier.
La restauration traditionnelle recule de 5,8 %. Les boulangeries-pâtisseries perdent 4,4 %, les hôtels 4,1 % et les débits de boissons 3,5 %. Pour ces derniers, il s’agit du neuvième trimestre consécutif de baisse.
Les agences immobilières changent elles aussi de trajectoire. Après une année 2025 dynamique, leur chiffre d’affaires baisse de 3,7 % au deuxième trimestre.
Quelques activités résistent mieux. Le transport routier de fret progresse de 6,6 %, l’aménagement paysager de 4,1 % et les pharmacies de 2,8 %.
Ces écarts sont importants pour les dirigeants. Une moyenne régionale presque stable peut donner l’impression d’un tissu économique solide alors que certaines entreprises commencent déjà à consommer leurs réserves de trésorerie.
Business Times constatait justement au printemps que les TPE françaises continuaient de voir leurs marges de sécurité financières s’éroder.
À lire sur Business Times : Trésorerie, les TPE françaises continuent de s’affaiblir en 2026
Les défaillances restent à un niveau élevé
Le CROEC Grand Est indique, à partir des données Altares, 1 103 défaillances au deuxième trimestre 2026, soit une progression de 3,1 % sur un an.
La tendance nationale confirme que la pression reste forte.
Altares recense 17 486 procédures collectives au deuxième trimestre, en hausse de 5,4 %. Depuis janvier, environ 37 700 entreprises ont fait défaut. Les structures de moins de trois salariés concentrent toujours une grande partie des procédures.
Consulter l’étude Altares sur les défaillances du deuxième trimestre 2026
Le problème n’est donc plus seulement d’accompagner l’entreprise lorsque la situation devient critique.
Il faut repérer les signaux plus tôt.
C’est déjà un sujet suivi par Business Times.
À lire : Défaillances d’entreprises, l’accompagnement devient un enjeu clé
Le chiffre d’affaires n’est plus le seul indicateur à surveiller
Une étude publiée cet été par la Banque de France apporte un éclairage particulièrement intéressant.
L’institution a analysé 1,5 million de liasses fiscales 2025. Son diagnostic est plutôt nuancé.
Les PME et ETI françaises conservent globalement des fondamentaux solides : taux de marge résistants, endettement maîtrisé et trésorerie encore robuste.
Pourtant, leur capacité de remboursement se dégrade.
La part des PME hors microentreprises bénéficiant des meilleures cotations Banque de France est passée de 66 % en 2022 à 58 % en 2025.
Pour les ETI, le recul est encore un peu plus marqué : de 68 % à 58 %. La tendance se dégrade pour la troisième année consécutive.
Les transports, la construction et les activités immobilières figurent parmi les secteurs où la baisse des meilleures cotations apparaît la plus forte sur plusieurs années.
Consulter l’étude de la Banque de France sur les PME et ETI
Pour un chef d’entreprise, la nuance est essentielle.
Une société peut encore présenter un bilan acceptable alors que sa trajectoire commence déjà à se détériorer : marge qui s’érode, trésorerie qui baisse, dette plus difficile à servir ou délais de paiement qui s’allongent.
Le signal d’alerte n’arrive donc pas toujours avec une chute spectaculaire du chiffre d’affaires.
La Charte de confiance veut intervenir avant la cessation de paiement
C’est précisément l’objectif de la Charte de confiance.
Elle a été lancée au niveau national le 10 février 2026 sous l’égide du ministère de l’Économie, de la Médiation du crédit et du Médiateur des entreprises.
Le constat de départ est simple : les outils pour aider les entreprises existent déjà. Mais les dirigeants les utilisent souvent trop tard.
La Charte cherche donc à inverser la démarche.
Banque de France, banques, experts-comptables, commissaires aux comptes, administration fiscale, Urssaf et autres partenaires doivent pouvoir aller vers le dirigeant lorsqu’ils détectent les premiers signes de fragilité.
Découvrir la Charte de confiance sur le site du ministère de l’Économie
Les signaux peuvent être très différents.
Un impayé bancaire. Une dette fiscale ou sociale. Une ligne de financement revue à la baisse. Une marge qui s’érode ou une échéance que l’entreprise commence à décaler.
Pris séparément, ces événements peuvent sembler gérables.
Mis bout à bout, ils peuvent raconter une histoire beaucoup moins rassurante.
Les experts-comptables veulent devenir des vigies plus actives
Dans ce dispositif, les experts-comptables occupent naturellement une place particulière.
Ils voient régulièrement les comptes, les marges, les retards d’encaissement et les tensions de trésorerie. Leur position leur permet souvent de repérer un changement de trajectoire avant qu’il ne devienne visible à l’extérieur.
Le Conseil national de l’Ordre prévoit plusieurs outils pour faciliter cette prévention : pré-diagnostic financier, courrier d’information, kit consacré aux entreprises en difficulté, webinaires et formations spécifiques.
Dans le Grand Est, une commission dédiée à la prévention des entreprises en difficulté mène également des actions de formation et travaille avec les autres acteurs de l’écosystème régional.
Cette évolution traduit un changement plus large du métier.
Sur Business Times, le groupe Excel expliquait déjà que l’expert-comptable tend à devenir davantage un copilote du dirigeant qu’un simple producteur de comptes.
À lire sur Business Times : L’expert-comptable, architecte du monde économique de demain
Le vrai défi reste d’intervenir au bon moment
La difficulté est autant humaine que financière.
Un dirigeant qui voit sa trésorerie se tendre peut attendre. Par crainte, par manque de temps ou simplement parce qu’il espère encore que l’activité repartira le mois suivant.
Pendant ce temps, les solutions se réduisent.
Au début, il reste possible de négocier avec la banque, d’étaler certaines dettes, de retravailler le financement ou d’utiliser des procédures préventives.
Quelques mois plus tard, la marge de manœuvre peut avoir disparu.
Catherine Hanssen, présidente du CROEC Grand Est, résume bien l’enjeu dans le communiqué : le problème n’est pas uniquement de détecter la difficulté. Il faut aussi savoir à quel moment en parler au dirigeant.
Dans une économie où la stabilité apparente des chiffres peut masquer des entreprises qui s’affaiblissent progressivement, cette évolution de méthode peut compter.
Pour les TPE-PME, l’enjeu n’est plus seulement de savoir qui appeler en cas de crise. Il est de faire en sorte que quelqu’un appelle avant.
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