Acheter un accès à un outil d’intelligence artificielle prend quelques minutes. L’intégrer dans un service, former les salariés et vérifier les résultats demande davantage de travail. Les dernières données européennes montrent combien ces deux étapes restent éloignées pour une partie des petites entreprises.
Dans une analyse publiée le 14 septembre par Sortlist, la plateforme de mise en relation avec des prestataires examine les statistiques Eurostat de 2025. Son constat est net : l’usage progresse, mais les grandes structures gardent une avance considérable. Pour les dirigeants de PME, la question dépasse donc le choix du logiciel. Elle concerne aussi les compétences et le temps disponibles pour l’exploiter.
L’adoption de l’IA dépend fortement de la taille
Dans l’Union européenne, 20 % des entreprises du champ étudié utilisaient au moins une technologie d’IA en 2025, contre 13,5 % en 2024. La hausse atteint ainsi 6,5 points en un an. Cependant, la moyenne masque des écarts importants : 17 % chez les petites entreprises, 30,4 % chez les moyennes et 55 % chez les grandes.
En France, le contraste est encore plus marqué. Le rapport statistique d’Eurostat sur l’usage de l’IA permet de détailler les résultats par catégorie.
À lire aussi
- Intelligence ArtificielleIA européenne : Christine Lagarde veut réduire la dépendance technologique
- Intelligence ArtificielleSpotwork.AI : replacer l’IA au cœur de la décision stratégique
- Intelligence ArtificielleIA en entreprise : l’emploi résiste dans les intentions, la facture logicielle grimpe déjà
| Taille de l’entreprise | France, 2025 | Union européenne, 2025 |
|---|---|---|
| 10 à 49 personnes | 15 % | 17 % |
| 50 à 249 personnes | 30,8 % | 30,4 % |
| 250 personnes ou plus | 58 % | 55 % |
Source : Eurostat, tableau 1 du rapport. Part des entreprises utilisant au moins une technologie d’IA.
La France se situe sous la moyenne européenne pour les petites entreprises, mais au-dessus pour les grandes. Présenter le pays comme uniformément en retard serait donc trompeur. L’écart français entre ces deux catégories atteint 43 points, contre 38 points à l’échelle européenne.
Cette comparaison de l’adoption de l’IA ne démontre pas qu’une grande entreprise obtient de meilleurs résultats avec l’IA. Elle indique seulement que l’usage y est beaucoup plus fréquent.
Une enquête qui laisse les très petites entreprises hors champ
Eurostat a interrogé environ 157 000 entreprises européennes pour l’enquête 2025 sur les technologies de l’information et de la communication. Le champ couvre des entreprises comptant au moins dix personnes occupées, salariés et non-salariés, dans plusieurs secteurs marchands.
Il comprend notamment l’industrie, la construction, le commerce et les services aux entreprises. En revanche, il ne représente pas toute l’économie : les activités financières et l’agriculture sont hors de ce périmètre. Surtout, les structures de moins de dix personnes n’y figurent pas.
Autre limite : utiliser une technologie d’IA ne signifie pas l’avoir déployée dans tous les services. L’indicateur ne mesure ni la fréquence d’utilisation, ni les gains de productivité, ni la rentabilité des projets. Les cas concrets d’IA dans les PME françaises apportent un autre éclairage, centré sur des projets particuliers.
Le texte constitue la principale porte d’entrée
Les usages les plus répandus concernent des contenus déjà présents dans les entreprises. En 2025, 11,8 % des structures européennes utilisent l’IA pour analyser du texte. La génération de langage ou de code concerne 8,8 % d’entre elles. Ces proportions portent sur toutes les entreprises du champ, pas seulement sur les utilisatrices d’IA.
À l’inverse, la robotique autonome ne concerne que 1,4 % des entreprises. Ces résultats suggèrent une adoption plus accessible dans les activités de bureau que dans certains équipements physiques. Ils ne prouvent toutefois pas que les usages textuels sont toujours moins coûteux ou plus rentables.
Pour une PME, le premier projet peut ainsi porter sur le traitement de documents plutôt que sur une transformation complète de l’activité. Mais le temps consacré à relire et corriger les réponses compte aussi dans le bilan. Le taux d’adoption, à lui seul, ne permet pas de trancher cet arbitrage.
Les compétences freinent le passage à l’usage
La publication détaillée d’Eurostat sur les freins à l’IA apporte une information supplémentaire. Parmi les entreprises qui n’utilisent pas l’IA mais ont envisagé de le faire, 70,9 % citent le manque d’expertise pertinente. Les conséquences juridiques mal comprises et les inquiétudes concernant les données figurent aussi parmi les obstacles fréquemment déclarés.
Ce résultat ne concerne donc pas toutes les entreprises européennes. Il décrit celles qui ont examiné cette possibilité sans l’adopter. Il donne néanmoins une portée concrète au sujet de la formation : l’intérêt pour un outil peut exister sans que l’organisation sache comment l’intégrer.
Sortlist voit dans ces besoins un marché pour le conseil et l’intégration. Cette lecture rejoint son activité commerciale ; les statistiques ne démontrent pas que toutes les PME doivent recourir à un prestataire extérieur. Le choix dépend notamment des compétences déjà présentes et du projet envisagé.
Une projection pour 2026, pas un résultat acquis
Sortlist estime que l’adoption de l’IA pourrait atteindre environ 28,1 % dans l’Union européenne en 2026. La plateforme utilise un modèle de diffusion en courbe en S, qui suppose un ralentissement à l’approche d’un plafond. Ses scénarios produisent des résultats compris entre 27,3 % et 28,5 %.
Cette fourchette reflète les hypothèses testées. Elle ne constitue ni une marge d’erreur statistique ni une mesure officielle d’Eurostat. Les observations de 2025 restent donc la référence pour comparer les entreprises.
À l’échelle d’une direction, l’arbitrage reste plus immédiat. Les dépenses logicielles liées à l’IA peuvent augmenter avant que les bénéfices soient établis. Un projet prend alors sa valeur dans le travail effectivement réalisé : documents mieux traités, délais réduits ou erreurs évitées, après prise en compte du contrôle humain. Le nombre de licences achetées ne dira jamais, à lui seul, si l’entreprise a progressé.
À lire également sur Business Times
- Aspects juridiques et ComptabilitéThélyson Orélien exclu du Goncourt : que dit le droit sur un roman soupçonné d’avoir été écrit par IA ?
- ActualitésRetrait du Goncourt : le roman de Thélyson Orélien écarté de la sélection
- CommerceLunettes connectées Meta : une gamme complète qui change le métier des opticiens
- Intelligence ArtificielleFaille de Muse : ce que l’incident de l’assistant IA de Meta change pour les entreprises
