L’intelligence artificielle ne bouleverse plus uniquement les usages numériques : elle devient désormais un sujet de stabilité financière. La Banque centrale européenne a récemment convoqué en urgence plusieurs grandes banques de la zone euro afin d’évaluer les risques cyber liés à l’essor rapide de l’IA dans le secteur financier.
Cette initiative marque une montée en puissance des préoccupations réglementaires autour de la sécurité informatique des établissements bancaires, alors que les outils d’automatisation et les systèmes d’intelligence artificielle se multiplient dans les infrastructures critiques.
L’IA, nouveau facteur de risque systémique
Pour Darren Guccione, cette réunion illustre un changement de dimension dans la perception des risques liés à l’IA.
Selon lui, les vulnérabilités ne proviennent pas uniquement des technologies elles-mêmes, mais surtout de leur vitesse de déploiement et du manque de gouvernance qui les accompagne. Les banques intègrent aujourd’hui des agents conversationnels, des workflows automatisés et des outils d’analyse alimentés par l’IA à un rythme accéléré, sans toujours adapter leurs dispositifs de cybersécurité.
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Le principal danger réside dans l’apparition massive d’« identités non humaines » (NHI), c’est-à-dire des comptes machines, agents automatisés ou systèmes d’IA nécessitant des accès privilégiés pour fonctionner.
Des accès mal contrôlés
Dans de nombreuses organisations, ces identités techniques sont créées rapidement, peu surveillées et rarement supprimées avec le même niveau d’exigence que les comptes humains.
Or, dans un secteur aussi sensible que la finance, ces accès représentent une surface d’attaque considérable. Une mauvaise gestion des privilèges peut permettre des intrusions, des fuites de données ou des perturbations opérationnelles à grande échelle.
Les chiffres avancés par Keeper Security illustrent cette difficulté. Selon une étude menée par l’entreprise, 43 % des répondants considèrent la gestion des identités liées à l’IA comme l’une des principales failles actuelles de la gouvernance numérique.
Dans le secteur financier, 75 % des professionnels de la cybersécurité reconnaissent rencontrer des difficultés pour administrer la multiplication des identités humaines et non humaines.
Vers une nouvelle gouvernance des accès
Face à ces risques, plusieurs principes deviennent centraux : limitation stricte des privilèges accordés aux systèmes automatisés, supervision continue des accès machines et renforcement des dispositifs de gestion des identifiants sensibles.
Pour Darren Guccione, les institutions qui réussiront seront celles capables d’intégrer durablement cette gouvernance dans leur fonctionnement quotidien, plutôt que de répondre uniquement aux exigences réglementaires.
À mesure que l’intelligence artificielle s’impose dans les opérations bancaires, la question n’est plus de savoir si les risques existent, mais si les établissements financiers sont réellement prêts à les maîtriser.
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