Médias Presse

Le Journal des Entreprises repris par Overlord sans ses journalistes permanents

Par |

Le tribunal des affaires économiques de Nantes a retenu l’offre d’Overlord pour reprendre Le Journal des Entreprises. La société Manche Atlantique Presse, qui éditait le média économique régional, est placée en liquidation judiciaire. Aucun journaliste permanent n’est intégré à l’opération.

Le Journal des Entreprises repris par Overlord sans ses journalistes permanents

Le Journal des Entreprises change de propriétaire. Le titre de presse économique régionale vient d’être repris par la société Overlord à la barre du tribunal des affaires économiques de Nantes.

La décision s’accompagne de la liquidation judiciaire de Manche Atlantique Presse, la société qui exploitait jusqu’ici le média. Créé il y a 23 ans, Le Journal des Entreprises poursuivra donc son activité sous le contrôle d’un nouvel opérateur. En revanche, ce sera sans les journalistes permanents qui composaient sa rédaction.

Overlord reprend Le Journal des Entreprises

Selon Ouest-France, qui rapporte la décision du tribunal de Nantes, Overlord Group a été désigné pour reprendre Le Journal des Entreprises.

La société avait déjà repris en 2025 le magazine économique Le Revenu. La nouvelle opération lui permet d’ajouter à son portefeuille un média spécialisé dans l’information économique des territoires. La décision inquiète toutefois la rédaction en raison des conditions sociales de la reprise.

Les sources communiquées ne précisent ni le montant de l’offre d’Overlord, ni les investissements prévus. Nous ne connaissons pas non plus les moyens financiers qui seront affectés au développement du titre.

Aucun journaliste permanent conservé dans la reprise

Le principal point de tension concerne les effectifs éditoriaux.

Dans un message adressé à ses lecteurs, Le Journal des Entreprises indique que le titre est cédé à « un opérateur ne reprenant aucun journaliste permanent ».

Tribune de Lyon rapporte également que Le Journal des Entreprises est repris sans ses journalistes. Le média économique disposait notamment d’une implantation à Lyon dans le cadre de son organisation régionale.

Les sources ne détaillent pas la future composition de l’équipe éditoriale. Elles ne précisent pas davantage si les contenus seront produits par de nouveaux salariés, des journalistes indépendants, des prestataires extérieurs… Ou une structure centralisée.

La reprise porte donc sur le titre, ses activités et ses actifs, mais ne prévoit pas la continuité de la rédaction permanente. Celle-ci assurait pourtant jusqu’ici la production de l’information.

Manche Atlantique Presse placée en liquidation judiciaire

La décision du tribunal entraîne la liquidation judiciaire de Manche Atlantique Presse.

Dans son message, Le Journal des Entreprises reconnaît ne pas être parvenu à trouver son équilibre financier. Le média évoque un marché concurrentiel, les transformations technologiques du secteur et la réticence croissante des utilisateurs à payer pour accéder à l’information économique.

Aucun chiffre n’est communiqué dans les trois sources sur le chiffre d’affaires de Manche Atlantique Presse, le montant de ses pertes, son niveau d’endettement ou les causes immédiates de la procédure judiciaire.

Cette absence de données ne permet pas d’établir le poids respectif de la baisse des recettes publicitaires, des abonnements, des coûts de production ou des investissements numériques dans les difficultés de la société.

Business Times avait déjà consacré une enquête aux conséquences sociales et éditoriales de plusieurs liquidations et reprises dans la presse spécialisée. Notamment à travers le dossier consacré à Nivis Media et Outdoor Editions. Les situations et les opérateurs concernés sont distincts, mais ces dossiers posent une même question ! Celle des moyens humains consacrés aux titres après leur changement de propriétaire.

Un média centré sur l’économie des territoires

Depuis sa création, Le Journal des Entreprises avait construit sa ligne éditoriale autour de l’activité économique régionale.

Le média couvrait notamment les projets des PME et des entreprises de taille intermédiaire, les implantations de groupes, les investissements industriels, les réseaux d’accompagnement, les chambres de commerce et les politiques économiques des collectivités.

Son positionnement reposait sur un réseau de journalistes implantés dans plusieurs régions françaises. Cette présence territoriale devait permettre de traiter des entreprises et des dirigeants moins régulièrement couverts par les médias économiques nationaux.

Le départ des journalistes permanents soulève donc une question sur la manière dont cette couverture locale sera maintenue. Les documents publiés ne fournissent aucune indication précise sur la future organisation régionale du titre.

Le Journal des Entreprises invoque les mutations technologiques

Dans son adresse aux lecteurs, la rédaction établit un lien entre les difficultés économiques de la presse et l’évolution des usages numériques.

Elle souligne que la cession du titre et la liquidation de Manche Atlantique Presse interviennent le jour de l’annonce du déploiement en France de Google AI Overview. Le Journal des Entreprises présente cette fonctionnalité comme une menace supplémentaire pour les producteurs d’information.

La question posée dépasse néanmoins la seule intelligence artificielle. Les éditeurs doivent en effet financer la production journalistique. Pourtant, une partie croissante de l’information est consultée depuis les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les plateformes numériques.

La presse française poursuit sa recomposition

La reprise du Journal des Entreprises intervient dans un secteur marqué par des acquisitions, des cessions et des restructurations.

En janvier 2026, Business Times avait notamment analysé le rachat de Télé 7 Jours par Bauer Media Group. Cette opération concernait une publication nationale disposant encore d’une diffusion importante et s’inscrivait dans la consolidation du portefeuille français du groupe allemand.

Le dossier du Journal des Entreprises présente une configuration différente. Il associe la reprise du titre, la liquidation de son ancienne société éditrice et l’absence de transfert de ses journalistes permanents.

Ces deux opérations illustrent néanmoins la circulation croissante des marques de presse entre éditeurs, groupes de médias et investisseurs. Elles montrent également que la valeur d’un titre peut être dissociée de la société et des équipes qui l’ont développé.

Quelle organisation éditoriale après la reprise ?

À ce stade, plusieurs éléments restent inconnus.

Overlord n’a pas détaillé publiquement la future ligne éditoriale du Journal des Entreprises, la composition de sa rédaction, son organisation régionale ou les moyens consacrés aux enquêtes et aux reportages.

Les sources ne précisent pas non plus si le rythme de publication, les éditions régionales, les abonnements et les offres numériques seront maintenus dans leur forme actuelle.

La décision du tribunal permet la poursuite de la marque Le Journal des Entreprises. Elle ne garantit pas la continuité de son ancienne organisation éditoriale.

La distinction est centrale : le titre est repris, mais les journalistes permanents qui produisaient son information ne le sont pas.