Les chaleurs extrêmes deviennent la norme
La canicule de fin juin a été l’une des vagues de chaleur les plus intenses ressenties en Europe. En France, 72 départements ont été placés en vigilance rouge. Comme le souligne un article de National Geographic, l’Europe est un territoire très continental avec une mer Méditerranée presque fermée. Le Vieux Continent se réchauffe donc deux fois plus rapidement que le reste de la planète.
“Comprendre que ces étés caniculaires sont voués à se répéter permettrait de mieux les appréhender, et de mieux se préparer.”
Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, interrogé par le National Geographic
ClimaMeter souligne que le changement climatique d’origine humaine ajoute près de 2,4 °C au climat de Paris. Le spécialiste du CNRS souligne le rôle de la sécheresse des sols dans la hausse des températures. En effet, en l’absence d’humidité, les rayons du soleil n’évaporent pas l’eau des sols et réchauffent directement l’air. La végétalisation des espaces urbains et la préservation des écosystèmes participent à préserver cette humidité. Selon lui, il est nécessaire de réduire le “décalage tenace entre l’état des connaissances scientifiques et le rythme des politiques d’adaptation” [National Geographic]
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Les limites de la stratégie française
En 2004, le gouvernement a adopté un Plan national canicule suite à la vague de chaleur de 2003 qui avait causé 15 000 décès. Cette initiative a permis d’établir un registre de personnes vulnérables et des protocoles spécifiques pour les hôpitaux et Ehpad. En pratique, ce plan n’est pas suffisant pour répondre à l’ensemble des défis de la canicule. Santé publique France décompte 5 764 décès toutes causes en excès entre le 17 juin et le 2 juillet 2026 avec un pic du 25 au 27 juin.
Davide Faranda souligne un besoin de planification urbanistique à long terme pour adapter les villes et les systèmes de santé. Comme l’énonce un article des Échos, l’atténuation des causes du dérèglement climatique ne doit pas empêcher de s’adapter à ses effets. Or, le Fonds vert, créé en 2023 pour aider les collectivités et les associations à financer des aménagements écologiques (logements, parcs ou pistes cyclables), a été divisé par trois entre 2024 et aujourd’hui.
Le 16 juillet, le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, a annoncé sur France Inter un plan de lutte contre la canicule intitulé « Pour une France du frais ». Il annonce vouloir s’inspirer du modèle espagnol pour repenser l’organisation du travail en cas de forte chaleur d’ici octobre.
L’Espagne, un bon élève à suivre
Depuis l’été 2025, le plus chaud jamais enregistré dans le pays, l’Espagne a accéléré l’aménagement de dispositifs anti-canicule. Un article de The Conversation définit les refuges climatiques comme “des lieux où se mettre à l’abri des chaleurs extrêmes sans être dans l’obligation de consommer, de payer un droit d’entrée ou de justifier d’un quelconque besoin.” Par exemple, il peut s’agir de bibliothèques, d’écoles ou de jardins urbains. Ces lieux doivent assurer un minimum de confort et de dignité, une bonne accessibilité et un approvisionnement en eau potable.
Ces dispositifs sont rendus possibles par un agenda politique volontariste et participatif sur le long terme. La ville de Barcelone est pionnière dans ce domaine en s’appuyant sur le maillage de lieux préexistants. La stratégie est payante : les 70 refuges en 2020 ont été remplacés par 397 lieux en 2025. Ainsi, 99 % de la population dispose d’un refuge à moins de 10 minutes à pied.
Le Réseau espagnol des villes pour le climat a publié un guide de recommandations pour bien concevoir ces lieux de confort climatique : plages horaires adaptées, signalétique, définition claire des lieux concernés. En France, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) propose une carte participative d’abris climatiques. Elle regroupe 31 abris en région parisienne, notamment des églises et des musées parisiens.
Les refuges climatiques constituent une réponse rapide et accessible, à condition d’être bien conçus. De plus, ils ne se substituent pas aux politiques de rénovation, de lutte contre la précarité énergétique et de végétalisation. Le sénateur PCF de Paris, Ian Brossat, réclame l’examen parlementaire de sa proposition de loi. Déposée le 8 juillet, il défend la création d’un droit de réquisition accordé aux préfets et aux maires en période de forte chaleur.
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