Le Livret A pourrait-il devenir l’un des principaux outils de financement de l’adaptation climatique ?
C’est la proposition mise sur la table par Monique Barbut. La ministre souhaite porter son plafond de 22 950 à 30 000 euros, soit 7 050 euros de capacité de versement supplémentaire par titulaire.
À ce stade, rien n’est décidé. La mesure doit encore être arbitrée par Matignon et Bercy dans le cadre du plan de financement de l’adaptation au changement climatique.
Plafond du Livret A : 7 050 euros de capacité supplémentaire
Le plafond actuel de 22 950 euros n’a pas changé depuis 2013 pour les particuliers. Les intérêts peuvent toutefois porter le solde au-delà de ce montant.
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Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,7 % par an. Ses intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
Si le plafond passait à 30 000 euros, un épargnant dont le livret est aujourd’hui au plafond pourrait théoriquement verser 7 050 euros supplémentaires.
Au taux actuel de 1,7 %, cette somme représenterait environ 119,85 euros d’intérêts supplémentaires sur une année complète. Ce calcul reste indicatif puisque le taux du Livret A peut être révisé deux fois par an.
Consulter le rapport 2025 de la Banque de France sur l’épargne réglementée
Le chiffre de 10 milliards dépendra surtout des épargnants
La ministre estime que le relèvement du plafond pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 10 milliards d’euros supplémentaires par an.
Il faut cependant bien comprendre ce chiffre.
Passer le plafond à 30 000 euros ne crée pas automatiquement 10 milliards d’euros d’épargne nouvelle. Cela autorise simplement certains ménages à placer davantage sur leur Livret A.
Encore faut-il qu’ils disposent de cette épargne et qu’ils choisissent de la transférer depuis leur compte courant, leur assurance-vie, un compte à terme ou d’autres placements.
Les chiffres de la Banque de France montrent d’ailleurs un Livret A très répandu mais très inégalement rempli.
Fin 2025, 83 % des Français détenaient un Livret A. Son encours atteignait environ 440 milliards d’euros. Pourtant, l’encours moyen des personnes physiques n’était que de 7 554 euros.
À l’autre extrémité, 15 % des livrets affichaient un solde supérieur au plafond de 22 950 euros, grâce notamment à la capitalisation des intérêts. Ces comptes concentraient à eux seuls 50 % de l’encours total.
Le relèvement du plafond profiterait donc d’abord aux ménages qui disposent déjà d’une épargne liquide importante.
L’argent du Livret A finance déjà le logement et la transition
L’idée de mobiliser le Livret A pour le climat n’est pas totalement nouvelle.
Une part importante des sommes placées sur le Livret A, le LDDS et le LEP est centralisée par le Fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. Pour le Livret A et le LDDS, le taux de centralisation est actuellement de 59,5 %.
Ces ressources servent déjà à financer des investissements publics de très long terme.
En 2025, le Fonds d’épargne a consacré 22,9 milliards d’euros au logement social et à la politique de la ville. Il a également mobilisé 15,7 milliards d’euros pour la transformation écologique.
Voir le bilan 2025 du Fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts
L’enjeu est donc moins de créer un circuit financier entièrement nouveau que d’augmenter les ressources susceptibles d’être orientées vers l’adaptation.
Hôpitaux, écoles, réseaux d’eau : quels projets pourraient être financés ?
Monique Barbut évoque plusieurs usages possibles.
Des hôpitaux pourraient financer des réseaux de froid et de chaleur. Des collectivités pourraient mieux isoler leurs bâtiments publics. Les ressources pourraient également soutenir les réseaux d’eau, la prévention des incendies ou l’adaptation des territoires aux sécheresses.
Ces investissements vont devenir de plus en plus difficiles à éviter.
I4CE estimait déjà à 1,7 milliard d’euros les moyens explicitement consacrés à l’adaptation en 2025. L’institut souligne néanmoins que plusieurs dizaines de milliards d’investissements publics contribuent indirectement à l’adaptation, notamment à travers la rénovation des bâtiments, la modernisation des infrastructures ou la prévention des risques.
Lire l’étude I4CE sur le financement de l’adaptation de la France à +4 °C
Business Times avait déjà montré à quel point les collectivités doivent désormais intégrer simultanément chaleur, sécheresse et aménagement urbain dans leurs investissements.
Le prêt ne peut pourtant pas financer toute l’adaptation
C’est l’une des limites du projet.
L’épargne réglementée est particulièrement adaptée au financement de projets disposant d’une durée de vie longue et capables de supporter une dette.
Un hôpital qui rénove ses systèmes énergétiques ou une collectivité qui réhabilite un bâtiment peut, sous certaines conditions, rembourser un prêt sur plusieurs décennies.
Mais une renaturation de rivière, la restauration d’un écosystème ou certaines mesures de protection contre les risques ne génèrent pas forcément de recettes.
Dans ces situations, le prêt ne suffit pas. Des subventions publiques resteront nécessaires.
I4CE insiste d’ailleurs sur ce point : l’enjeu du financement de l’adaptation ne se résume pas au montant disponible. Il faut également décider qui paie, quels projets relèvent de la dette et lesquels nécessitent une solidarité publique.
Les banques contestent une mesure jugée favorable aux épargnants les plus aisés
La proposition suscite déjà une opposition du secteur bancaire.
La Fédération bancaire française estime qu’un relèvement du plafond accroîtrait l’avantage fiscal du Livret A au profit des détenteurs les plus aisés.
L’argument n’est pas sans fondement statistique.
Avec un encours moyen de 7 554 euros, la majorité des détenteurs reste très loin du plafond actuel. Pour eux, le passage à 30 000 euros ne changerait strictement rien.
La mesure viserait principalement une minorité de ménages disposant de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’épargne immédiatement disponible.
Elle pourrait également déplacer une partie de l’argent actuellement placé sur d’autres produits financiers vers un support défiscalisé.
La question n’est donc pas seulement climatique. Elle concerne aussi la politique de l’épargne et le coût de l’avantage fiscal accordé au Livret A.
Il faudra aussi protéger le financement du logement social
Autre point de vigilance : le logement social reste la mission historique du Fonds d’épargne.
En 2025, ses prêts ont permis de financer plus de 123 000 logements sociaux neufs et la rénovation de plus de 235 000 logements existants.
Diriger davantage d’épargne vers l’adaptation climatique ne devra donc pas se traduire par un recul des financements destinés à la construction et à la rénovation du parc social.
Le sujet rejoint directement les difficultés déjà rencontrées par la filière du bâtiment.
À lire sur Business Times : la CAPEB alerte sur le financement de la rénovation des logements
Sur Business BTP, la prochaine édition de Batimat doit également consacrer une place importante à l’adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs, au confort d’été et à la résilience climatique.
Le Livret A peut-il réellement devenir un outil d’adaptation climatique ?
La proposition de Monique Barbut a pour elle un avantage évident : elle ne demande pas de créer un nouvel impôt.
Elle s’appuie sur un produit connu, liquide, sécurisé et détenu par une immense majorité des Français.
Elle peut aussi fournir des ressources longues à des collectivités qui devront investir massivement dans les prochaines années.
Mais son rendement reste incertain.
Le plafond supplémentaire ne sera utile que si les ménages versent effectivement davantage d’argent. La mesure bénéficiera essentiellement aux détenteurs les plus fortunés en épargne liquide. Et tous les projets climatiques ne peuvent pas être financés par de la dette.
La France travaille déjà sur d’autres réponses, des refuges climatiques à l’adaptation des bâtiments publics.
À lire sur Business Times : la France veut développer des refuges climatiques
Le débat sur le Livret A pose donc une question plus large que celle de son plafond : comment transformer l’importante épargne des Français en investissements capables de protéger durablement l’économie et les territoires ? Porter le plafond à 30 000 euros peut apporter une partie de la réponse. Mais la capacité à identifier, financer et réaliser les bons projets sera au moins aussi importante que les milliards disponibles.
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