Ryanair revoit ses ambitions à la baisse pour son exercice 2027. La compagnie irlandaise prévoit désormais de transporter 214 millions de passagers, contre 216 millions auparavant. En cause : un kérosène dont le prix atteint environ 140 dollars le baril sur le marché non couvert. Une situation qui pourrait aussi finir par peser sur les prix des billets en Europe.

Ryanair réduit son programme d’hiver face au kérosène à 140 dollars

À première vue, les derniers chiffres de Ryanair ne ressemblent pourtant pas à ceux d’une compagnie en difficulté.

En août, le groupe a transporté 22,2 millions de passagers, soit 6 % de plus qu’un an auparavant. Son taux de remplissage est resté très élevé, à 96 %. Sur douze mois glissants, le trafic atteint même 214,4 millions de voyageurs, en hausse de 5 %.

Mais derrière cette croissance, une autre équation devient de plus en plus difficile à ignorer : celle du carburant.

Ryanair ramène son objectif à 214 millions de passagers

Le 2 septembre, Ryanair a officiellement abaissé sa prévision de trafic pour son exercice fiscal 2027. L’objectif passe de 216 à 214 millions de passagers.

La compagnie prévoit désormais une activité globalement stable entre novembre et mars par rapport à l’hiver précédent. Elle préfère réduire certaines capacités plutôt que d’exposer davantage ses vols les moins rentables à un carburant devenu beaucoup plus cher.

Le calcul est assez simple. Ryanair estime que cet ajustement ponctuel du programme hivernal pourrait réduire ses pertes de 70 à 100 millions d’euros.

L’entreprise continue en revanche de miser sur la croissance pendant les mois les plus rentables. Entre avril et octobre 2026, elle prévoit environ 145 millions de passagers, contre 138 millions un an auparavant, soit une progression supérieure à 5 %.

Le chiffre des « 2 millions » demande quelques précisions

Plusieurs titres ont résumé la décision en évoquant la suppression de deux millions de passagers ou de deux millions de sièges cet hiver.

Dans son document officiel, Ryanair parle précisément d’une réduction de deux millions de passagers de son objectif annuel, de 216 à 214 millions.

Reuters rapporte parallèlement que la compagnie a déjà réduit fortement ses opérations en Belgique. Cinq avions ont notamment été retirés de sa base de Charleroi et environ deux millions de sièges ont été supprimés du programme bruxellois couvrant l’hiver 2026 et l’été 2027.

Les deux chiffres sont donc proches, mais ils ne correspondent pas exactement au même indicateur.

Un kérosène deux fois plus cher que le prix couvert par Ryanair

Le principal avantage de Ryanair dans cette crise reste sa politique de couverture du carburant.

Environ 80 % des besoins en kérosène du groupe pour l’exercice 2027 sont couverts autour de 67 dollars le baril. Le carburant aérien non couvert se négocie désormais autour de 140 dollars le baril, selon la compagnie.

Autrement dit, Ryanair ne subit pas immédiatement l’intégralité de la flambée actuelle. Mais les 20 % restants deviennent beaucoup plus coûteux.

C’est précisément cette exposition que le transporteur cherche à limiter pendant l’hiver.

Cette stratégie de couverture pourrait également créer un écart entre les compagnies européennes. Celles ayant sécurisé une part importante de leur carburant disposent encore d’un amortisseur. Les autres doivent absorber plus rapidement la hausse ou la répercuter sur leurs capacités et leurs tarifs.

Les billets d’avion pourraient augmenter en 2027

C’est probablement le point qui intéressera le plus les entreprises et les voyageurs.

Ryanair prévient que si les prix du pétrole restent élevés jusqu’à l’été 2027, les tarifs des vols court-courriers en Europe pourraient augmenter sensiblement.

La compagnie ne donne cependant aucun pourcentage précis de hausse. Il serait donc prématuré d’annoncer une augmentation de 10 %, 15 % ou 20 % des billets Ryanair.

Le risque est plus large. Si plusieurs compagnies réduisent simultanément leurs capacités pour protéger leurs marges, l’offre disponible pourrait se tendre sur certaines destinations. Les voyageurs réservant tardivement pourraient alors être les premiers à ressentir l’effet sur les prix.

Le carburant constitue déjà l’une des principales sources de pression sur le transport aérien européen. La Commission européenne soulignait elle aussi au printemps les conséquences de la hausse des coûts énergétiques sur les compagnies et la connectivité du continent.

Une nouvelle pression sur les budgets voyages des entreprises

Pour les directions achats et les responsables des déplacements professionnels, le signal mérite donc d’être suivi.

Business Times rappelait récemment que près d’une entreprise sur deux prévoyait d’augmenter son budget voyages d’affaires en 2026.

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Une remontée durable des tarifs aériens pourrait absorber une partie de ces budgets supplémentaires.

Les entreprises les plus exposées aux déplacements européens auront intérêt à surveiller trois paramètres : l’évolution du pétrole, les réductions de capacités annoncées par les compagnies et la disponibilité des vols sur leurs destinations stratégiques.

Les politiques de réservation pourraient également évoluer. Anticiper davantage les déplacements, limiter certaines réservations de dernière minute ou négocier plus largement avec plusieurs compagnies pourrait redevenir un sujet pour les travel managers.

Ryanair réduit la voilure sans être financièrement fragilisée

Il faut également replacer la décision dans la situation financière du groupe.

Ryanair a réalisé un exercice 2025-2026 record. Son bénéfice après impôt avant éléments exceptionnels a atteint 2,26 milliards d’euros, en hausse de 40 %. Le chiffre d’affaires a progressé de 11 %, à 15,54 milliards d’euros, pour 208,4 millions de passagers transportés.

La compagnie a également remboursé en mai son dernier emprunt obligataire de 1,2 milliard d’euros, ce qui l’a rendue, selon ses propres termes, « effectivement sans dette ».

La réduction du programme hivernal ressemble donc davantage à une décision de protection des marges qu’à une mesure d’urgence financière.

Ryanair choisit de sacrifier une partie de sa croissance à court terme pour éviter de faire voler des capacités peu rentables avec un carburant acheté au prix fort.

Un avertissement qui dépasse largement Ryanair

La véritable information se trouve peut-être là.

En réduisant volontairement ses capacités malgré une demande encore solide, Ryanair montre que la hausse du kérosène commence à modifier les décisions opérationnelles des compagnies européennes.

Le groupe possède pourtant l’une des politiques de couverture de carburant les plus importantes du secteur.

Si les prix restent durablement élevés, d’autres opérateurs pourraient donc être contraints de faire les mêmes arbitrages.

Pour les entreprises, les voyageurs et l’ensemble du secteur touristique, les prochains mois permettront de savoir si cette réduction hivernale reste un ajustement ponctuel ou si elle marque le début d’une nouvelle période de hausse durable du prix des déplacements aériens.

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