Les billets en euros vont changer de visage. La Banque centrale européenne a présenté, le 23 juillet 2026, les dix projets encore en lice pour illustrer la prochaine série de coupures européennes.
Les citoyens peuvent consulter les propositions et exprimer leurs préférences dans une enquête en ligne organisée par la BCE. La consultation restera ouverte jusqu’au 21 septembre 2026 à 23 h 59.
Le terme de « vote » doit toutefois être utilisé avec prudence. Les participants ne choisiront pas directement le futur billet. Leurs réponses constitueront l’un des éléments examinés par le Conseil des gouverneurs de la BCE, avec l’avis du jury et l’évaluation technique des projets. La décision finale est attendue vers la fin de l’année 2026.
Une première refonte complète depuis 2002
Les premiers billets en euros ont été mis en circulation en 2002. Ils présentent des fenêtres, des portes et des ponts inspirés de plusieurs périodes de l’histoire architecturale européenne.
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Ces monuments sont fictifs. Ils avaient été conçus ainsi afin de ne privilégier aucun pays ou bâtiment réel.
La série « Europe », introduite progressivement à partir de 2013, a modernisé les billets et ajouté de nouveaux éléments de sécurité. Elle a cependant conservé le principe graphique des ponts, fenêtres et portails.
La prochaine série constituera donc la première refonte complète de l’apparence des billets depuis la naissance de la monnaie commune.
Les propositions officielles peuvent être examinées sur la page consacrée aux futurs billets de la BCE.
Deux thèmes : la culture européenne ou les fleuves et les oiseaux
Les dix séries présélectionnées se répartissent entre deux thèmes :
- « La culture européenne » ;
- « Fleuves et oiseaux ».
Cinq projets graphiques ont été sélectionnés pour chaque thème. Chaque projet comprend une série complète de six billets : 5, 10, 20, 50, 100 et 200 euros.
Le billet de 500 euros n’apparaît pas dans les propositions. La BCE indique vouloir conserver les mêmes coupures que dans la série actuelle, qui s’arrête à 200 euros.
Le thème culturel repose sur des personnalités européennes ayant marqué les arts, la littérature, la musique, les sciences ou les mouvements pacifistes.
Le thème consacré à la nature associe différentes étapes d’un cours d’eau à des espèces d’oiseaux et à des institutions européennes.
Marie Curie sur le billet de 20 euros
Dans les projets consacrés à la culture européenne, chaque valeur est associée à une personnalité :
- 5 euros : Maria Callas, liée aux arts de la scène ;
- 10 euros : Ludwig van Beethoven, associé à la musique ;
- 20 euros : Marie Curie, associée aux universités et aux écoles ;
- 50 euros : Miguel de Cervantes, associé aux bibliothèques ;
- 100 euros : Léonard de Vinci, associé aux musées et aux expositions ;
- 200 euros : Bertha von Suttner, écrivaine et militante pacifiste, associée aux places publiques.
Le verso des billets ne reprendrait pas nécessairement une œuvre précise de ces personnalités. Il montrerait des espaces culturels contemporains : artistes de rue, chorale, salle de classe, bibliothèque, musée ou place publique.
Les cinq graphismes culturels utilisent les mêmes personnalités, mais les représentent de manière différente. Certaines propositions privilégient les portraits, d’autres les collages, les symboles, les regards ou des compositions plus abstraites.
Le débat ne porte donc pas uniquement sur le choix entre Marie Curie et un oiseau. Il concerne aussi la manière dont les thèmes sont représentés, la lisibilité des coupures et la cohérence graphique de l’ensemble.
Des oiseaux et des institutions européennes
Le second thème suit le parcours d’un fleuve, de sa source jusqu’à la mer.
Chaque billet associe un environnement naturel, une espèce d’oiseau et une institution de l’Union européenne :
- 5 euros : une source de montagne, le tichodrome échelette et le Parlement européen ;
- 10 euros : une cascade, le martin-pêcheur et la Commission européenne ;
- 20 euros : une vallée fluviale, le guêpier d’Europe et la Banque centrale européenne ;
- 50 euros : un fleuve sinueux, la cigogne blanche et la Cour de justice de l’Union européenne ;
- 100 euros : un estuaire, l’avocette élégante ainsi que le Conseil européen et le Conseil de l’Union européenne ;
- 200 euros : un paysage maritime, le fou de Bassan et la Cour des comptes européenne.
Les projets graphiques diffèrent dans leur traitement des paysages, des mouvements de l’eau, du vol des oiseaux et des bâtiments institutionnels.
Ce thème donne une place directe à la biodiversité et aux institutions européennes. Il rompt avec le choix historique de bâtiments imaginaires, tout en conservant une représentation commune aux différents pays.
Plus de 1 200 candidatures pour dix projets retenus
La BCE a lancé son concours graphique en juillet 2025 auprès de designers résidant dans l’Union européenne.
Elle a reçu précisément 1 241 candidatures. Vingt-cinq designers ont ensuite été invités à produire une ou plusieurs séries complètes.
Au total, 39 propositions ont été déposées avant le 24 avril 2026 : 23 sur le thème « Fleuves et oiseaux » et 16 sur la culture européenne.
Un jury indépendant de 21 membres a retenu dix projets, cinq par thème. Les propositions ont été examinées sous une forme pseudonymisée afin de limiter l’influence de la nationalité ou de la réputation des graphistes.
Les critères comprenaient notamment la créativité, la cohérence avec le thème, l’accessibilité et l’attrait pour le public.
Les graphismes présentés au public sont identifiés par des lettres allant de A à J. La BCE a également masqué l’identité des auteurs dans le questionnaire pour que les participants se concentrent sur les images.
Qui peut participer à la consultation ?
La consultation est ouverte à toute personne disposant d’une connexion à Internet.
La BCE ne conditionne pas la participation à l’âge, à la nationalité ou au lieu de résidence. Le questionnaire est proposé dans les 24 langues officielles de l’Union européenne.
Le système a été conçu pour limiter les réponses multiples et ne comptabiliser qu’une seule participation par personne. L’enquête est anonyme : la BCE indique ne pas collecter directement le nom ou les coordonnées des répondants.
En parallèle, un institut indépendant mènera une enquête comportant les mêmes questions auprès d’un échantillon représentatif de la population de la zone euro.
Cette seconde étude vise à corriger une limite classique des consultations ouvertes : les personnes qui choisissent spontanément de participer ne représentent pas nécessairement l’ensemble de la population.
Le public donne son avis, la BCE décidera
La consultation n’oblige pas la BCE à retenir le projet arrivé en tête.
Le Conseil des gouverneurs examinera plusieurs éléments :
- les résultats de la consultation publique ;
- les résultats de l’enquête représentative ;
- les recommandations du jury ;
- la faisabilité technique des projets ;
- leur compatibilité avec les futurs dispositifs de sécurité.
Le rapport détaillant les préférences exprimées doit être publié après la décision finale, attendue autour de la fin de l’année 2026.
Cette procédure laisse donc une marge importante à l’institution. Un graphisme apprécié du public pourrait être écarté ou modifié s’il présente des difficultés de production, d’authentification ou d’accessibilité.
Les images actuellement présentées sont des propositions. Elles ne constituent pas les versions définitives des futurs billets.
Des billets plus difficiles à contrefaire
La transformation ne sera pas seulement esthétique.
La BCE prévoit d’intégrer des dispositifs de sécurité nouveaux ou améliorés afin de faciliter l’authentification des billets et de compliquer leur reproduction.
La création d’une nouvelle série doit aussi permettre d’améliorer la reconnaissance des coupures par les personnes malvoyantes. Les associations et organismes représentant ces publics sont consultés pendant le processus.
La banque centrale souhaite également réduire l’impact environnemental de la production des espèces, notamment en améliorant la durée de vie des billets et en étudiant des matériaux ou des procédés plus durables.
Les billets actuels sont imprimés sur un papier composé de fibres de coton. La BCE n’a pas encore annoncé la composition définitive de la prochaine série.
Les couleurs et les formats devraient peu changer
La BCE prévoit de conserver les six valeurs actuelles : 5, 10, 20, 50, 100 et 200 euros.
Les dimensions et les couleurs dominantes devraient également rester proches de celles utilisées aujourd’hui.
Ce choix doit faciliter l’identification des coupures et réduire les coûts d’adaptation des distributeurs automatiques, caisses, bornes de paiement et machines de traitement des espèces.
Le changement sera donc visuellement important, mais la BCE ne prévoit pas de bouleverser entièrement les repères pratiques associés à chaque billet.
Quand les nouveaux billets entreront-ils en circulation ?
Aucune date précise de mise en circulation n’a été annoncée.
Après le choix du graphisme, la BCE devra finaliser les dessins, intégrer les éléments de sécurité, conduire des tests, préparer la production et organiser le déploiement dans les pays de la zone euro.
Ce processus prendra plusieurs années. Les différentes coupures pourraient être introduites progressivement, comme cela avait été le cas pour la série « Europe ».
Les billets actuels ne deviendront pas sans valeur au moment de l’arrivée de la nouvelle série.
Le ministère français de l’Économie et la BCE précisent qu’ils conserveront leur valeur et continueront à circuler parallèlement aux nouvelles coupures.
Une consultation sur l’image de l’Europe
Le remplacement des ponts et fenêtres fictifs pose une question qui dépasse le graphisme.
La BCE doit choisir les figures, les paysages et les institutions capables de représenter une monnaie utilisée par des pays aux histoires et aux cultures différentes.
Le thème culturel donne un visage humain aux billets, mais impose une sélection limitée de personnalités. Le thème naturel évite cette personnalisation, tout en donnant une place visible aux institutions européennes.
Les Européens peuvent exprimer leur préférence jusqu’au 21 septembre. Leur réponse pèsera dans la décision, sans la déterminer seule.
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