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Thomas Legrand écarté de France Inter : après un an de suspension, la rupture éclate avec Radio France

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Thomas Legrand écarté de France Inter : après un an de suspension, la rupture éclate avec Radio France

Thomas Legrand espérait encore retrouver France Inter cet été.

La grille de rentrée lancée lundi 24 août a finalement tranché : aucun rendez-vous régulier ne lui a été confié. Mercredi, le journaliste a publié une tribune dans Le Monde et adressé une lettre à Sibyle Veil, présidente de Radio France. Il y affirme avoir accepté pendant près d’un an de rester en retrait dans l’espoir d’un retour, avant de constater ce qu’il qualifie désormais d’« invisibilisation totale et durable ».

Lire l’enquête du Monde sur la mise à l’écart de Thomas Legrand

Le journaliste estime avoir servi de « fusible » lorsque la polémique a éclaté à l’automne 2025. Radio France ne présente toutefois pas son absence de la grille comme une sanction définitive. Céline Pigalle, directrice de France Inter depuis mars, revendique de son côté sa liberté dans la composition des programmes et conteste avoir promis une réintégration.

Un retour encore envisagé quelques jours avant la rentrée

C’est l’un des principaux éléments nouveaux du dossier.

Une dizaine de jours avant le lancement de la nouvelle grille, un responsable de France Inter avait encore contacté Thomas Legrand pour lui proposer d’envisager l’éditorial politique de la matinale du samedi. Le journaliste s’était montré favorable à cette possibilité.

Il a alors contacté Sibyle Veil. Selon le récit rapporté par Le Monde, la présidente de Radio France lui a répondu qu’aucune présence régulière n’était prévue pour lui et l’a invité à prendre contact avec son assistante.

France Inter a finalement choisi Camille Vigogne Le Coat, journaliste au Nouvel Obs, pour assurer l’éditorial politique du samedi.

La chronologie est importante : le retour de Thomas Legrand n’avait donc pas été définitivement écarté plusieurs mois auparavant. Il faisait encore l’objet de discussions internes à quelques jours de la rentrée.

Un projet de podcasts qui n’a pas abouti

L’antenne n’était pas la seule possibilité envisagée.

Thomas Legrand affirme avoir travaillé au cours des derniers mois sur une nouvelle série de podcasts pour France Inter, après l’arrivée de Céline Pigalle à la direction de la station.

Selon sa version, le projet avait avancé avec France Inter avant d’être stoppé en raison de l’opposition de la présidence de Radio France.

Céline Pigalle conteste ce récit. Elle reconnaît avoir publiquement manifesté de l’attention à la situation du journaliste lorsqu’elle a pris ses fonctions, mais précise que cela ne constituait pas une promesse de retour. Le Monde a d’ailleurs actualisé son article mercredi pour intégrer son démenti concernant le projet de podcasts.

Le désaccord porte donc désormais autant sur les faits que sur leur interprétation : Thomas Legrand estime que plusieurs portes lui ont successivement été ouvertes puis refermées ; la direction affirme n’avoir jamais pris d’engagement ferme.

Thomas Legrand affirme que son projet de livre a également été stoppé

Le conflit dépasse même les programmes de France Inter.

Thomas Legrand travaillait sur Le Dictionnaire des ismes, un ouvrage dérivé de son émission En quête de politique, diffusée pendant trois saisons sur France Inter. Le projet devait être développé avec les Éditions Radio France et Tallandier.

Le journaliste affirme que la présidence de Radio France a demandé l’arrêt du projet. Cette affirmation est également rapportée par Le HuffPost et Le Monde. À ce stade, Radio France n’a pas apporté publiquement de réponse détaillée sur ce point.

Lire l’article du HuffPost

Les conséquences auraient même dépassé le groupe public. Deux professionnels de l’audiovisuel interrogés par Le Monde expliquent que son statut de journaliste suspendu a compliqué certains projets extérieurs. Le producteur Alexandre Hallier indique notamment que Thomas Legrand est désormais perçu dans une partie du secteur comme une personnalité susceptible de raviver la polémique.

Une suspension qui devait être provisoire

L’affaire remonte au 5 septembre 2025.

À deux jours du lancement prévu de Face à Thomas Legrand, L’Incorrect avait diffusé des extraits d’une conversation enregistrée à l’insu de Thomas Legrand et Patrick Cohen alors qu’ils échangeaient dans un restaurant avec deux responsables du Parti socialiste.

Une phrase prononcée par Thomas Legrand au sujet de Rachida Dati avait notamment nourri les accusations de proximité entre certains journalistes de l’audiovisuel public et la gauche.

Thomas Legrand avait alors renoncé à reprendre l’antenne. La direction parlait d’une suspension « à titre provisoire ». Le journaliste n’était plus salarié en CDI de Radio France mais collaborait avec France Inter depuis dix-huit ans.

Un an plus tard, le provisoire est devenu une absence durable.

Dans sa tribune, Thomas Legrand reconnaît que certaines phrases diffusées ont pu « légitimement choquer ». Il soutient en revanche que les extraits ont été sortis de leur contexte et transformés, selon lui, en campagne destinée à mettre en cause l’audiovisuel public. Il reproche aujourd’hui à sa direction d’avoir cédé à cette pression.

Lire la tribune publiée par Thomas Legrand

Céline Pigalle assume son choix

France Inter ne partage pas cette analyse.

Céline Pigalle reconnaît la déception de Thomas Legrand mais défend très clairement son pouvoir de choisir la grille de la station. Elle conteste notamment l’idée qu’un retour lui aurait été promis.

La directrice a finalement préféré confier l’éditorial politique du samedi à une autre journaliste.

Le problème posé par l’affaire est donc devenu autant managérial qu’éditorial : jusqu’où une longue collaboration avec une rédaction crée-t-elle une attente légitime de retour après une suspension ? Et, à l’inverse, jusqu’où une direction doit-elle protéger un journaliste lorsque celui-ci estime être la cible d’une campagne extérieure ?

Les syndicats SNJ et SNJ-CGT ainsi que la Société des journalistes de Radio France avaient déjà pris position fin juin contre une mise à l’écart définitive de Thomas Legrand. Ils estimaient qu’elle pourrait donner le sentiment que le groupe public cédait aux pressions politiques.

Le conflit avec les médias Bolloré revient devant la justice le 2 septembre

L’affaire possède enfin un prolongement judiciaire qui dépasse désormais Thomas Legrand.

France Télévisions et Radio France ont assigné CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche pour « dénigrement constitutif d’une concurrence déloyale ». Les groupes publics contestent notamment la manière dont l’affaire Legrand-Cohen a été traitée par ces médias à partir de septembre 2025.

Une première audience a déjà eu lieu et le dossier a été renvoyé au 2 septembre devant le tribunal des activités économiques de Paris.

Business Times avait déjà consacré un article aux tensions entre l’audiovisuel public et CNews à l’occasion de la diffusion de Complément d’enquête. Le dossier revenait précisément sur le traitement de l’affaire Legrand-Cohen et sur la bataille médiatique engagée entre les deux camps.

À lire sur Business Times : « Complément d’enquête sur CNews : quand la désinformation fait vendre »

Cette nouvelle crise intervient alors que le service public audiovisuel reste fortement exposé aux débats sur sa gouvernance, son impartialité et son indépendance éditoriale. Business Times avait également suivi les changements intervenus à France Télévisions, notamment avec l’arrivée de Léa Salamé au 20 heures de France 2.

À lire sur Business Times : « 20 h de France 2 : les débuts saccadés de Léa Salamé »

Thomas Legrand ne devrait donc pas retrouver de rendez-vous régulier sur France Inter cette saison. Mais l’affaire qui l’a éloigné de l’antenne est loin d’être refermée.

En septembre 2025, le débat portait sur les propos d’un journaliste enregistrés dans un restaurant. Un an plus tard, il porte sur la manière dont Radio France a géré son cas et sur la capacité d’une direction de média à arbitrer entre protection de ses journalistes, indépendance éditoriale et confiance du public.

L’audience du 2 septembre devrait rapidement remettre l’affaire Legrand-Cohen au centre de cette guerre médiatique.