Six ans après son lancement, Front Populaire passe sous le contrôle de Lagardère Media News.
La société a acquis 90 % du capital des Éditions du Plénïtre, qui éditent le trimestriel et son site internet. Michel Onfray conserve les 10 % restants et reste directeur général et directeur de la publication. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. L’opération, révélée par La Lettre, a été confirmée par un document obtenu par l’AFP.
Le changement est important sur le plan capitalistique, mais beaucoup moins spectaculaire sur le plan éditorial : Michel Onfray était déjà très présent dans les médias appartenant au même environnement.
Michel Onfray reste aux commandes
Front Populaire avait été lancé en juin 2020 avec l’ambition affichée de réunir des souverainistes venus de sensibilités politiques différentes.
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Le projet avait connu un démarrage rapide. Avant même la sortie du premier numéro, il revendiquait environ 27 000 abonnés. Quelques semaines plus tard, l’équipe annonçait 50 000 exemplaires vendus en kiosques et librairies dès la première semaine et quelque 45 000 abonnés.
La publication existe toujours sous la forme d’une revue trimestrielle, actuellement vendue 15,90 euros, complétée par le site FrontPopulaire.fr et une offre numérique payante.
Michel Onfray ne quitte donc pas son média. Selon les informations publiées par La Lettre, il aurait cédé 35 % du capital dans le cadre de l’opération, tout en conservant sa participation de 10 %. Ses associés Stéphane Simon et Stéphane Germain ont également cédé leurs titres.
Une petite société de presse bénéficiaire
L’intérêt du rachat n’est pas seulement éditorial.
Les Éditions du Plénïtre ont réalisé 2,46 millions d’euros de chiffre d’affaires sur leur exercice allant de juillet 2024 à juin 2025, pour un bénéfice net de 211 000 euros, selon les comptes cités par La Lettre.
La revue arrive donc dans le groupe avec une activité de taille modeste comparée aux grands titres nationaux, mais rentable.
C’est aussi ce qui rend l’opération intéressante dans un marché de la presse où les acquisitions ne portent plus nécessairement sur des titres de très grande diffusion. Une publication de niche peut avoir une audience moins large mais fidèle, des abonnements payants et une identité suffisamment forte pour intéresser un groupe plus important.
Business Times avait récemment observé une logique assez différente mais comparable dans son analyse de Legend, le média numérique de Guillaume Pley valorisé autour de 72 millions d’euros. Dans les deux cas, la valeur tient largement à la capacité d’une marque éditoriale à fédérer sa propre communauté.
Un rapprochement déjà visible à l’antenne
L’entrée au capital formalise aussi une proximité qui existait déjà.
Michel Onfray anime depuis 2024 Face à Onfray sur CNews. Il intervient également régulièrement dans le JDD et JDNews. Front Populaire rejoint désormais le même environnement capitalistique.
Lagardère Media News rassemble notamment le JDD, JDNews et plusieurs activités radiophoniques, dont Europe 1. Sa maison mère appartient au périmètre de Louis Hachette Group.
Depuis la scission de Vivendi, le groupe Bolloré détient environ 31 % de Louis Hachette Group, dont il est le premier actionnaire. Louis Hachette Group détient par ailleurs 66,3 % de Lagardère et 100 % de Prisma Media.
Ce périmètre donne une idée de la place prise par cet ensemble dans les médias français : radio et presse d’information avec Lagardère, magazines avec Prisma Media, et édition de livres à travers Hachette.
Une nouvelle acquisition dans un secteur qui se concentre
Le rachat intervient alors que le marché français des médias continue de bouger.
Les groupes cherchent à renforcer leurs marques les plus identifiées, à mutualiser distribution, commercialisation et production de contenus, mais aussi à disposer d’audiences suffisamment précises pour développer abonnements et offres numériques.
Business Times avait déjà consacré un article au rachat de Télé 7 Jours par Bauer Media, autre illustration de cette recomposition du marché de la presse.
Dans le cas de Front Populaire, la question de l’indépendance éditoriale sera inévitablement posée. Michel Onfray reste directeur de la publication et conserve 10 % du capital, mais son média dépend désormais financièrement d’un actionnaire qui possède 90 % de sa société éditrice.
Pour l’heure, aucune modification de ligne éditoriale ou d’organisation de la revue n’a été annoncée.
La transaction apporte surtout une réalité juridique à un rapprochement qui était déjà largement visible. Front Populaire n’était jusqu’ici qu’un voisin éditorial des médias du groupe. Il en devient désormais un actif.
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