Croissance française 2026 : 0,4 %, des taux à 4,5 % et un rebond repoussé à 2027

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La croissance française en 2026 ne devrait finalement atteindre que 0,4 %. La Banque de France revoit une nouvelle fois ses prévisions, mais refuse de parler de véritable décrochage. L’économie résiste, sans réellement avancer. Dans le même temps, le taux d’emprunt de la France à dix ans dépasse 4,5 %, son niveau le plus élevé depuis 2008. Pour les entreprises, l’enjeu dépasse largement les statistiques : consommation, investissement, crédit et trésorerie restent sous pression.

Croissance française 2026 : 0,4 %, des taux à 4,5 % et un rebond repoussé à 2027

La croissance française en 2026 sera finalement encore plus faible que prévu.

La Banque de France table désormais sur une progression du produit intérieur brut de seulement 0,4 % cette année, contre 0,5 % encore attendu en juin et 1 % dans les premières prévisions.

Le chiffre rejoint exactement celui publié quelques jours auparavant par l’Insee.

Mais les deux institutions n’en tirent pas tout à fait la même conclusion.

L’Insee évoquait dans sa dernière note de conjoncture une économie française en situation de « vigilance orange » et soulignait son retard par rapport à plusieurs partenaires européens. La Banque de France préfère insister sur la capacité de résistance de l’économie française.

Une nuance de vocabulaire qui ne change cependant pas la réalité pour les entreprises : l’activité progresse très peu.

De 1 % à 0,4 % en quelques mois

Le ralentissement est significatif.

La Banque de France anticipait initialement environ 1 % de croissance pour 2026. Sa prévision est ensuite descendue à 0,5 % en juin avant d’être ramenée à 0,4 % en septembre.

Le gouvernement lui-même a dû revoir ses ambitions.

Bercy prévoit désormais une croissance de 0,5 % en 2026, contre 0,7 % précédemment. Pour 2027, le scénario gouvernemental reste plus favorable avec une progression de 1 %.

Cette succession de révisions montre surtout à quel point l’environnement économique reste difficile à prévoir.

La guerre au Moyen-Orient et les tensions sur les prix de l’énergie ont pesé sur les entreprises et les ménages. À cela se sont ajoutées plusieurs difficultés spécifiquement françaises.

La Banque de France évoque notamment les problèmes rencontrés par la filière aéronautique au premier trimestre. Les perturbations dans les livraisons de moteurs ont limité les exportations.

L’été a ensuite apporté son propre choc.

La canicule a elle aussi pesé sur l’économie

La météo est devenue une véritable variable économique.

Entre mi-juin et la fin août, la France métropolitaine a connu plus de cinquante jours de fortes chaleurs.

Selon l’Insee, les épisodes caniculaires de cet été pourraient avoir coûté environ 0,1 point de croissance annuelle à l’économie française en 2026. Le secteur agricole concentre une grande partie de cet impact.

Les effets dépassent pourtant l’agriculture.

La chaleur peut réduire la productivité, perturber les transports, augmenter les coûts énergétiques ou ralentir certains chantiers.

Business Times avait déjà montré comment les entreprises devaient intégrer les conséquences du choc énergétique dans leur gestion de trésorerie.

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L’économie française doit donc désormais gérer simultanément des risques géopolitiques, énergétiques et climatiques.

Les ménages consomment peu

Le principal problème se situe pourtant ailleurs.

Les Français restent prudents.

La progression de la consommation des ménages est faible. Or elle constitue traditionnellement l’un des principaux moteurs de l’économie française.

L’investissement privé manque également de dynamisme et le commerce extérieur a peu contribué à la croissance.

Pour une entreprise, cette situation se traduit très concrètement.

Les clients repoussent certains achats.

Les investissements sont différés.

Les entreprises hésitent à embaucher ou à engager de nouveaux projets lorsque leur carnet de commandes manque de visibilité.

Les petites structures sont particulièrement sensibles à cette situation.

Business Times constatait déjà au printemps une dégradation de la trésorerie des TPE françaises. La trésorerie moyenne observée avait encore reculé tandis que les impayés continuaient de progresser.

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Le ralentissement économique risque donc moins de provoquer un effondrement brutal que de prolonger cette pression quotidienne sur les entreprises.

Le chômage remonte

Un autre indicateur mérite l’attention.

La Banque de France prévoit un taux de chômage moyen de 8,3 % en 2026, contre 7,7 % en 2025.

Il pourrait atteindre 8,4 % en fin d’année avant de rester autour de 8,3 % en 2027 puis de redescendre vers 8 % en 2028.

Cette évolution confirme que la faiblesse de la croissance commence progressivement à toucher le marché du travail.

Pour les entreprises, la situation reste paradoxale.

Certaines réduisent leurs recrutements faute de visibilité tandis que d’autres continuent à rencontrer de fortes difficultés pour trouver certaines compétences.

Une croissance faible ne signifie donc pas nécessairement disparition des tensions de recrutement.

Le vrai sujet devient aussi le coût de l’argent

À cette croissance faible s’ajoute désormais une autre inquiétude : les taux d’intérêt.

Le taux français à dix ans a atteint 4,52 % le 15 septembre, son niveau le plus élevé depuis 2008.

La hausse ne concerne pas uniquement la France.

Les rendements obligataires remontent dans plusieurs grandes économies. Mais la situation française attire davantage l’attention en raison du niveau élevé des déficits et de la dette publique.

Pour les entreprises, cette évolution compte beaucoup.

Lorsque le coût de financement des États augmente durablement, les conditions de crédit proposées aux entreprises et aux ménages peuvent elles aussi devenir moins favorables.

Emprunter pour acheter des locaux, financer une acquisition ou renouveler du matériel coûte alors davantage.

Business Times avait déjà détaillé ces mécanismes dans son dossier consacré aux conséquences des taux d’intérêt sur les ménages et les entreprises.

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La France peut-elle encore se financer normalement ?

Sur ce point, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, veut éviter tout emballement.

Malgré le niveau des taux, il assure qu’il n’existe actuellement aucune difficulté pour financer l’État.

Selon lui, les investisseurs continuent même de demander davantage de dette française que les volumes proposés lors des émissions.

Les chiffres de l’Agence France Trésor confirment effectivement que les émissions trouvent des acheteurs.

Lors de l’adjudication d’obligations à long terme du 3 septembre, les taux de couverture ont par exemple dépassé 2 sur chacune des principales lignes émises.

Le problème n’est donc pas, à ce stade, de trouver des prêteurs.

Il consiste plutôt à déterminer combien cela coûtera à la France dans la durée.

L’encours de dette négociable de l’État atteint désormais environ 2 904 milliards d’euros. Sa durée de vie moyenne est de huit ans et 142 jours.

La remontée des taux ne frappe donc pas immédiatement toute la dette.

Son effet se diffuse progressivement à mesure que l’État refinance les titres arrivant à échéance.

2027 peut-elle enfin apporter le rebond ?

La Banque de France reste relativement optimiste sur la suite.

Elle maintient une prévision de croissance de 0,9 % en 2027, puis de 1,2 % en 2028.

Plusieurs éléments pourraient soutenir cette reprise.

L’inflation devrait d’abord diminuer.

Après 2,3 % attendus en 2026, elle pourrait revenir à 1,9 % en 2027 puis 1,6 % en 2028. Cette détente redonnerait progressivement du pouvoir d’achat aux ménages.

La consommation pourrait alors repartir.

Le commerce extérieur pourrait également profiter d’une inflation française inférieure à celle de plusieurs partenaires, améliorant la compétitivité des entreprises françaises.

Mais ce scénario reste fragile.

Les tensions géopolitiques peuvent à nouveau faire monter les prix de l’énergie.

Les taux élevés peuvent continuer de peser sur l’investissement.

Et les contraintes budgétaires françaises devraient limiter fortement la capacité de l’État à soutenir l’activité.

Pour les entreprises, 0,4 % change beaucoup de choses

Une croissance de 0,4 % ne signifie pas que l’économie française est en récession.

Mais elle laisse très peu de marge.

Dans une économie qui progresse rapidement, une entreprise peut parfois compenser ses erreurs grâce à l’expansion générale du marché.

Lorsque la croissance est presque nulle, chaque point de marge compte davantage.

Chaque client perdu devient plus difficile à remplacer.

Chaque impayé pèse davantage sur la trésorerie.

Et chaque investissement doit être justifié avec encore plus de précision.

La baisse récente des retards de paiement apporte heureusement un signal positif. Au deuxième trimestre, le retard moyen des entreprises françaises est redescendu à 12,3 jours, contre 14,1 jours un an auparavant.

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La France ne décroche peut-être pas.

Mais en 2026, elle avance suffisamment lentement pour obliger les dirigeants à piloter leurs entreprises comme si chaque dixième de croissance comptait.