Le retour des Gilets jaunes redevient une hypothèse politique.
Une date circule désormais de manière insistante : le samedi 17 octobre 2026.
Sur TikTok, Facebook, Instagram ou X, des publications appellent depuis plusieurs jours à ressortir les gilets jaunes et à manifester dans différentes villes françaises.
Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Dijon, Nantes, Nice, Montpellier ou encore Grenoble font partie des villes citées.
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À ce stade, aucun mouvement national structuré ne semble piloter la mobilisation.
Il n’existe pas non plus de plateforme commune de revendications ou de porte-parole clairement identifiés.
Mais c’était déjà l’une des particularités du mouvement de 2018.
Quelques publications sur les réseaux sociaux, une colère autour du prix des carburants et des groupes locaux avaient suffi à déclencher quelques semaines plus tard l’une des plus importantes crises sociales de la décennie.
Le gazole dépasse à nouveau 2,30 euros
Le parallèle avec 2018 repose d’abord sur le prix des carburants.
Le 15 septembre, le litre de gazole atteignait en moyenne 2,333 euros en France.
Le SP95-E10 se situait à 2,143 euros et le SP98 à 2,240 euros.
Ces niveaux sont très supérieurs à ceux qui avaient contribué au déclenchement des premières manifestations de 2018.
À l’époque, le gazole tournait autour de 1,45 à 1,50 euro le litre.
La comparaison doit toutefois être maniée avec prudence.
L’inflation générale a augmenté depuis huit ans et le contexte énergétique est différent.
Mais pour un salarié qui doit prendre sa voiture chaque jour, le résultat reste très concret.
Un plein de 60 litres de gazole au prix moyen actuel dépasse 139 euros.
Pour un foyer qui doit remplir deux fois son réservoir dans le mois, la dépense approche déjà 280 euros.
Business Times avait déjà analysé les conséquences de cette flambée énergétique sur les entreprises dans notre article « Guerre en Iran : pendant que le pétrole flambe, c’est la trésorerie des PME qui trinque ».
L’inflation repart surtout à cause de l’énergie
Le problème dépasse la pompe à essence.
Selon les dernières données de l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an en août 2026, après 2,1 % en juillet.
Mais cette moyenne masque une évolution beaucoup plus brutale de l’énergie.
Les prix énergétiques ont progressé de 16,7 % sur un an.
Les produits pétroliers ont augmenté de 28,7 %.
Et le gazole affiche une hausse spectaculaire de 36,4 % sur un an.
L’alimentation progresse beaucoup moins vite en moyenne.
Cela n’empêche pas certains ménages d’avoir le sentiment que leur budget quotidien se dégrade fortement.
À Marseille, France 3 a notamment rencontré d’anciens Gilets jaunes qui annoncent vouloir se remobiliser. Certains témoignent de prix particulièrement élevés observés localement et d’un sentiment d’appauvrissement.
Ces témoignages ne représentent évidemment pas les prix moyens nationaux.
Mais ils illustrent un phénomène essentiel : un mouvement social naît rarement d’un indicateur statistique. Il naît du sentiment que les dépenses augmentent plus rapidement que les revenus disponibles.
François Hollande n’écarte plus un retour des Gilets jaunes
La question commence désormais à entrer dans la campagne présidentielle.
Interrogé le 15 septembre sur RTL sur une possible mobilisation le 17 octobre, François Hollande n’a pas écarté cette hypothèse.
L’ancien président estime qu’un mouvement de grande ampleur reste un risque lorsque les Français subissent pendant plusieurs mois une situation économique difficile et voient les prix des carburants continuer à augmenter.
Il appelle notamment le gouvernement à intervenir rapidement pour les professions les plus exposées.
Pêcheurs.
Agriculteurs.
Transporteurs.
Mais aussi particuliers fortement dépendants de leur véhicule.
Selon lui, des mesures ciblées pourraient éviter qu’une colère sur les carburants se transforme en mouvement beaucoup plus large.
Le pouvoir d’achat pourrait rapidement dépasser le seul carburant
C’est probablement la principale leçon de 2018.
Les Gilets jaunes n’étaient pas restés longtemps un mouvement uniquement consacré au diesel.
La contestation s’était rapidement élargie.
Pouvoir d’achat.
Fiscalité.
Services publics.
Retraites.
Salaires.
Difficultés des territoires ruraux et périurbains.
Sentiment d’abandon.
La même mécanique pourrait théoriquement se reproduire.
Le Point souligne aujourd’hui l’importance des attentes autour du pouvoir d’achat et la possibilité que les revendications dépassent rapidement le prix de l’essence.
La situation des petites entreprises montre d’ailleurs que cette fragilité économique dépasse les seuls ménages.
Business Times constatait récemment que la trésorerie des TPE françaises continuait de s’affaiblir en 2026.
Inflation, énergie et faible croissance touchent donc simultanément consommateurs et entrepreneurs.
Le 17 octobre reste pour l’instant un appel très décentralisé
Il faut cependant éviter d’annoncer trop rapidement un nouveau 2018.
Pour l’instant, le mouvement reste difficile à mesurer.
Il existe des appels.
Des affiches circulent.
Des vidéos cumulent parfois des dizaines ou centaines de milliers de vues.
Des anciens Gilets jaunes reprennent la parole.
Mais aucune organisation nationale clairement identifiée n’a pris la direction du mouvement.
Sud Radio a notamment interrogé Ghislain Coutard, l’un des premiers Gilets jaunes de 2018. Celui-ci estime que les conditions économiques pourraient permettre une nouvelle mobilisation.
Une mobilisation numérique ne garantit cependant jamais une mobilisation physique.
Les expériences de ces dernières années l’ont montré.
Un appel peut devenir viral et ne rassembler finalement que quelques milliers de personnes.
À l’inverse, 2018 avait démontré qu’un mouvement sans parti, sans syndicat et sans organisation nationale pouvait prendre une ampleur considérable en quelques semaines.
Pourquoi la situation de 2026 n’est pas exactement celle de 2018
Une différence majeure existe pourtant.
En 2018, la hausse des carburants avait été directement associée à une décision fiscale du gouvernement.
La taxe carbone devait augmenter.
La colère pouvait donc désigner immédiatement un responsable et une mesure précise à retirer.
En 2026, la situation est différente.
Une partie importante de la hausse actuelle provient des tensions internationales sur les marchés pétroliers et énergétiques.
Le gouvernement dispose donc de moins de leviers directs.
Il pourrait réduire certaines taxes ou mettre en place de nouvelles aides.
Mais les finances publiques françaises limitent fortement les marges de manœuvre.
Cette contrainte explique pourquoi l’exécutif privilégie pour l’instant des mesures ciblées plutôt qu’une baisse générale de la fiscalité sur les carburants.
Et c’est justement ce dilemme qui peut devenir politiquement difficile.
Les Français demandent une réponse rapide.
L’État doit simultanément réduire son déficit.
Le 17 octobre pourrait entrer directement dans la présidentielle 2027
Le calendrier rend la situation encore plus sensible.
La France se trouve à quelques mois de l’élection présidentielle.
Chaque proposition sur les carburants, les salaires ou la fiscalité devient donc immédiatement politique.
Certains candidats réclament une baisse des taxes.
D’autres défendent des aides ciblées.
D’autres encore souhaitent bloquer certains prix.
La campagne risque donc de transformer le pouvoir d’achat en sujet central.
Business Times l’avait déjà constaté lors du débat du Medef consacré à la présidentielle 2027 et aux attentes économiques des entreprises.
Pour les candidats, le risque est désormais double.
Ils doivent proposer des mesures suffisamment fortes pour répondre aux difficultés ressenties par les ménages.
Mais ils devront également expliquer comment les financer.
Les prochaines semaines diront si le mouvement existe réellement
Le retour des Gilets jaunes n’est donc pas encore une réalité nationale.
Il existe aujourd’hui surtout un terrain favorable et un appel à la mobilisation.
La hausse des carburants rappelle 2018.
Le pouvoir d’achat reste une préoccupation forte.
Des anciens militants ressortent leurs gilets.
Les réseaux sociaux diffusent une date commune.
Et certains responsables politiques commencent à prendre le scénario au sérieux.
Mais le véritable indicateur sera beaucoup plus concret.
Combien de groupes locaux vont se créer ?
Combien de rassemblements seront effectivement organisés ?
Les ronds-points seront-ils réinvestis ?
Les revendications vont-elles se structurer ?
Et surtout, combien de personnes répondront réellement à l’appel du 17 octobre ?
En 2018, presque personne n’avait anticipé l’ampleur du mouvement avant qu’il n’explose. En 2026, tout le monde se souvient de cette erreur. C’est probablement pour cette raison que quelques affiches sur les réseaux sociaux suffisent aujourd’hui à remettre le gilet jaune au centre du débat politique.
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