Le marché des créateurs poursuit sa progression en France. Présenté à l’occasion de la Paris Creator Week des 4 et 5 novembre, le Creator Economy Report 2026 place l’Hexagone au troisième rang européen, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, et au septième rang mondial.
Coherent Market Insights a réalisé cette étude avec le soutien de BNP Paribas et d’Influential. Les montants de 2026 restent des estimations : ils ne constituent pas des comptes annuels déjà arrêtés. Le rapport évalue une économie dont la croissance ne profite pas uniformément à tous les participants.
Marché des créateurs : ce que mesurent les 10,1 milliards
Le rapport original, disponible auprès de BNP Paribas, additionne les dépenses des annonceurs, les paiements des audiences et le merchandising. Il comprend les parts conservées par les plateformes, les agences et les outils techniques.
En revanche, il exclut le montant total des produits vendus grâce aux recommandations des créateurs. Dans ce circuit, seules les commissions correspondantes entrent dans le calcul. Les valorisations d’entreprises et les ventes des marques de consommation fondées par des créateurs ne s’ajoutent pas non plus au total.
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Cette définition évite un raccourci : les 10,1 milliards de dollars ne correspondent pas à des revenus encaissés intégralement par les influenceurs. Les créateurs français recevraient environ 4,58 milliards de dollars, soit 45,4 % du marché, selon le modèle retenu.
Le chiffre mesure donc une chaîne économique. Il ne décrit ni un revenu moyen garanti ni le montant disponible pour rémunérer une prochaine campagne.
Une croissance qui ne garantit pas un revenu régulier
La présentation publiée par BNP Paribas recense environ 465 000 créateurs actifs en France. Elle indique que 31 273 gagnent au moins 30 000 dollars par an grâce à la création.
Le rapport précise que ce seuil constitue une tranche de revenus. Il ne prouve pas que cette activité assure, à elle seule, un revenu suffisant pour vivre. De même, recevoir une rémunération occasionnelle ne signifie pas exercer à temps plein.
Pour une marque, cette diversité impose de préciser ce qu’elle achète. Une publication ponctuelle, une série de vidéos et une collaboration annuelle ne mobilisent pas les mêmes moyens.
Le budget doit aussi tenir compte du travail qui précède la diffusion : préparation, tournage et montage. À cela peuvent s’ajouter des droits de réutilisation du contenu. Un tarif limité au nombre d’abonnés laisse ces éléments hors du calcul.
Les annonceurs veulent investir davantage
Une autre étude permet de regarder la demande des entreprises. Dans son enquête 2026-2027 menée avec B2B International, Kolsquare indique que 87,4 % des répondants français prévoient d’augmenter leur budget d’influence sur douze mois.
Ce résultat porte sur 191 décideurs français au sein d’un échantillon européen de 1 123 professionnels des marques et agences. Il décrit les intentions des personnes interrogées. Il ne signifie pas que 87 % de toutes les entreprises françaises vont financer des créateurs.
L’enquête relève aussi que seuls 6,8 % des répondants français décrivent leur stratégie d’influence comme pleinement intégrée à leur marketing. L’augmentation des budgets ne s’accompagne donc pas automatiquement d’une organisation aboutie.
Concrètement, une entreprise peut multiplier les collaborations sans savoir quelle dépense produit quel résultat. La croissance du marché des créateurs ne résout pas cette difficulté de mesure.
Mesurer une campagne au-delà du compteur de vues
Une opération destinée à faire connaître un produit ne se juge pas uniquement comme une campagne visant des ventes immédiates. L’objectif doit précéder le choix du créateur et du format.
Ainsi, une marque peut suivre les visites qualifiées vers son site, les demandes de devis ou les commandes attribuées. Elle doit également préciser la période observée et la manière dont elle rattache une vente au contenu.
Un code promotionnel apporte une information utile, mais il ne démontre pas que chaque acheteur serait resté absent sans la campagne. Inversement, une personne peut découvrir un produit grâce à une vidéo puis acheter sans utiliser le code.
Notre article sur les compteurs YouTube et les indicateurs utiles aux annonceurs explique pourquoi visibilité et rémunération ne se confondent pas. Pour comparer deux propositions, une entreprise gagne à demander des indicateurs définis de la même façon.
Les droits sur les contenus deviennent un sujet commercial
La diffusion sur le compte d’un créateur et la reprise de sa vidéo dans une publicité correspondent à des usages différents. La durée d’exploitation et les supports autorisés doivent donc être discutés avant la production.
Cette distinction compte aussi pour les créateurs. Une série réutilisable, un format identifiable ou une relation commerciale suivie peut construire une activité moins dépendante d’une seule publication.
Du côté des annonceurs, le choix engage également l’image de l’entreprise. Notre analyse du risque de réputation dans les partenariats avec les créateurs montre l’intérêt de prévoir les responsabilités de chacun.
Le marché des créateurs peut continuer à progresser sans rendre chaque campagne rentable. Pour la prochaine collaboration, le point à fixer reste concret : quels contenus seront livrés, avec quels droits et selon quels critères de résultat ?
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