Un système en cours de généralisation
Concrètement, chaque facture émise ou reçue par une entreprise devra transiter sous format électronique, via des plateformes agréées par l’État, qui les transféreront ensuite à l’administration fiscale. Plus de 130 plateformes ont été immatriculées par l’État pour permettre cet échange sécurisé de données. Les grandes entreprises et les ETI devront émettre leurs factures sous ce format dès cette date. Les PME et microentreprises suivront en septembre 2027.
La crainte d’un piratage massif
Dans ce contexte, les entrepreneurs craignent que certaines de leurs données sensibles ne soient aspirées par des hackers. Cette inquiétude est particulièrement vive chez les dirigeants de petites entreprises. Un piratage pourrait révéler des informations stratégiques comme leurs marges. Guillaume Géraud, patron d’une société d’une vingtaine de salariés, redoute une cyberattaque d’ampleur inédite. Il explique-t-il à France Info : « Avec une telle quantité de données centralisées au même endroit, on pourrait conclure des choses très précises sur les habitudes des entreprises françaises, ce qu’elles achètent, à qui elles vendent… Taper au bon endroit, sur l’échelle d’approvisionnement des entreprises françaises par exemple, pourrait causer des désastres dans le tissu économique français. »
Selon le ministère de l’Économie et des Finances, près de 10 millions d’entreprises feront transiter deux milliards de factures par an sur ces plateformes. Ce volume inquiète certains observateurs de la cybersécurité. Ils y voient une cible de choix pour les pirates. Une attaque réussie contre l’une des plateformes les plus utilisées toucherait par ricochet des milliers de clients professionnels à la fois.
L’État tente de rassurer
Face à ces craintes, les autorités défendent la solidité du dispositif. Franck Bataille, en charge de la cybersécurité au sein de l’organisation patronale « Les Entrepreneurs » (ex-CPME), souligne que le logiciel côté services fiscaux a été développé récemment avec des normes et des socles techniques récents et solides. La directrice générale du fisc, Amélie Verdier, défend également la réforme. Elle assure la sécurité des plateformes agréées.
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Deux poids lourds de la droite et de l’extrême droite réclament une suspension
Le débat a pris une tournure politique ces derniers jours. Le maire de Cannes et candidat à la présidentielle de 2027, David Lisnard, réclame la suspension pure et simple du dispositif. Sur X, il estime que « l’État n’est pas fiable ». Il ne peut, selon lui, « assumer les devoirs pour lui qui découlent des obligations qu’il impose aux autres, en l’occurrence aux entreprises ». Il juge que la réforme donnerait à l’administration une connaissance trop précise de l’activité des entreprises. Carnets de commandes, marges, dépendance à certains clients : autant de données pour lesquelles il estime le niveau de sécurité insuffisant.
L’eurodéputée Sarah Knafo (Reconquête) formule une demande similaire, elle interpelle directement le Premier ministre. « Il faut suspendre immédiatement l’obligation de la facturation électronique et vos travaux sur la vérification d’identité sur Internet », écrit-elle à Sébastien Lecornu. Elle dénonce un État « incapable de protéger nos données ».
Éric Ciotti s’est depuis joint à cette demande de suspension, tout comme Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot, qui appellent quant à eux à la suppression pure et simple de la réforme.
Un piratage qui alimente la controverse
Ces prises de position font suite à plusieurs failles de sécurité révélées au sein de l’administration fiscale. Un hacker a affirmé, le 12 août, avoir extrait près de 700 000 lignes de données fiscales. Le 18 août, la DGFiP a confirmé au moins trois intrusions malveillantes sur ses serveurs depuis le mois de juin. Au total, ces piratages auraient touché environ 250 000 entreprises, à quelques jours seulement du déploiement de la réforme.
Le gouvernement maintient le calendrier
Malgré la controverse, l’exécutif maintient pour l’instant le cap fixé par la DGFiP. Le gouvernement n’a annoncé aucun report de l’échéance du 1er septembre. Le débat oppose ainsi deux logiques difficiles à concilier. D’un côté, une réforme présentée comme une modernisation nécessaire des échanges entre entreprises et administration fiscale. De l’autre, une exigence de garanties renforcées après une fuite de données jugée préoccupante par une partie de la classe politique.
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