Équipements professionnels : les entreprises repensent leur stratégie

Par Sami Zeroual |
Équipements professionnels : les entreprises repensent leur stratégie

Face à l’obsolescence rapide des équipements, aux contraintes de capital et aux nouvelles exigences réglementaires, les entreprises européennes réévaluent leur manière d’investir. Une étude de BNP Paribas Leasing Solutions montre que la propriété reste importante, mais que les modèles fondés sur l’usage gagnent du terrain.

Pendant longtemps, posséder ses équipements professionnels représentait une forme de sécurité pour les entreprises. Acheter une machine, un véhicule ou un outil industriel permettait de garder le contrôle et de planifier sur le long terme. Mais ce modèle est aujourd’hui sous pression.

Dans son rapport « Équipements professionnels en Europe : perspectives 2026 », BNP Paribas Leasing Solutions analyse la manière dont les entreprises européennes repensent leurs stratégies d’équipement. L’étude s’appuie sur une enquête menée en décembre 2025 par Censuswide auprès de plus de 1 000 dirigeants et cadres supérieurs dans onze marchés européens, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou encore le Royaume-Uni.

Le rapport montre une évolution claire : les entreprises ne tournent pas totalement le dos à la propriété, mais elles cherchent davantage de flexibilité. La question n’est plus seulement de savoir comment financer un équipement. Elle porte aussi sur son usage, sa durée de vie, son obsolescence et sa capacité à soutenir la croissance.

Un modèle de propriété sous pression

L’un des premiers constats concerne l’obsolescence. En Europe, 43 % des répondants affirment que leurs équipements deviennent obsolètes avant d’avoir généré un retour sur investissement, au moins occasionnellement. Cette situation complique les décisions d’investissement, surtout dans des secteurs où la technologie évolue vite.

La perception du changement est encore plus nette : 95 % des entreprises interrogées estiment que le matériel devient obsolète plus rapidement qu’il y a cinq ans. Dans ce contexte, investir lourdement dans un équipement peut devenir un pari plus risqué. Les progrès technologiques rapides, comme l’intelligence artificielle, l’informatique quantique ou les technologies vertes, retardent déjà les décisions d’investissement pour près de deux entreprises sur trois.

À cela s’ajoute un autre problème : le capital immobilisé. Selon l’étude, 87 % des dirigeants affirment que le blocage de capitaux dans des actifs physiques a déjà freiné la croissance de leur entreprise, au moins occasionnellement. Pour certains, l’achat d’équipements limite donc la capacité à investir ailleurs, notamment dans la transformation numérique, l’innovation, l’expansion du marché ou les initiatives liées au développement durable.

Le cycle de vie devient un enjeu stratégique

La gestion des équipements ne s’arrête plus à leur acquisition. Leur fin de vie devient aussi un sujet important. Recyclage, conformité, élimination ou remise à neuf : ces étapes prennent de plus en plus de place dans les décisions des entreprises.

D’après le rapport, 87 % des dirigeants trouvent la gestion de fin de vie des équipements difficile, à des degrés divers. Cette difficulté s’explique par la hausse des exigences réglementaires, les attentes ESG et la nécessité de mieux suivre les équipements sur l’ensemble de leur cycle de vie.

Ce sujet influence déjà les décisions d’achat. 68 % des entreprises déclarent que la facilité de gestion de la fin de vie pèse dans l’acquisition de nouveaux équipements. Autrement dit, les décideurs ne regardent plus seulement le prix ou les performances immédiates. Ils s’intéressent aussi à ce que deviendra le matériel une fois qu’il ne sera plus utilisé.

L’usage progresse, sans remplacer la propriété

Malgré ces tensions, la propriété reste dominante. Selon l’étude, 41 % des entreprises financent encore principalement leurs dépenses d’investissement par l’achat direct. Le prêt bancaire arrive ensuite, devant le leasing. Cela montre que les modèles traditionnels restent bien installés.

Mais les modèles fondés sur l’usage prennent aussi de l’importance. Ils regroupent notamment le leasing, la location ou d’autres solutions qui privilégient l’accès à l’équipement plutôt que sa possession. Aujourd’hui, 45 % des répondants déclarent qu’au moins un quart de leurs équipements est accessible par des modèles de leasing ou d’usage.

Cette évolution reste progressive. Les freins existent encore. Les entreprises citent notamment la culture de la propriété, le manque de choix de fournisseurs, la perception d’un coût plus élevé dans le temps ou encore la complexité comptable et contractuelle. Pourtant, 58 % des dirigeants estiment qu’un meilleur accès aux équipements via des modèles d’usage ou de leasing rendrait leur entreprise plus agile.

Au final, le rapport ne décrit pas un basculement brutal de la propriété vers l’usage. Il montre plutôt une transition par étapes. Les entreprises cherchent à garder le contrôle, tout en évitant d’immobiliser trop de capital dans des équipements qui peuvent vieillir rapidement. Dans un environnement plus incertain, la flexibilité devient donc un critère central des stratégies d’investissement.