« ASAP », « prendre le lead », « on revient vers toi »… Ces expressions sont désormais partout dans le monde du travail. Entre les open-spaces, les réunions Teams et les échanges sur Slack, le vocabulaire “corporate” prend de plus en plus de place dans les entreprises françaises. Mais derrière ces mots censés moderniser la communication, beaucoup de salariés commencent à saturer.
Une étude menée par Preply avec l’institut Censuswide auprès de 1 500 Français s’est justement penchée sur ces nouvelles habitudes de langage. Résultat : certaines expressions de bureau agacent fortement les salariés, notamment lorsqu’elles paraissent floues, passives-agressives ou simplement répétées en boucle.
“On revient vers toi” en tête des expressions les plus agaçantes
Selon l’étude, l’expression qui énerve le plus les Français reste “On revient vers toi”. Elle arrive en première position avec 15,59 % des votes. Juste derrière, on retrouve “C’est OK” puis “C’est dans le pipe”.
D’autres expressions très utilisées au bureau apparaissent aussi dans le classement. “Sortir de sa zone de confort”, “Brainstormer”, “Prendre le lead” ou encore “ASAP” figurent parmi les formulations les plus critiquées par les salariés.
Dans le détail, 16 % des Français considèrent même que les anglicismes utilisés au bureau sont “souvent agaçants”.
Un vocabulaire devenu omniprésent dans les entreprises
Pour beaucoup de salariés, ces expressions donnent parfois l’impression d’un langage artificiel. Certaines servent à adoucir des demandes ou des ordres. D’autres cherchent à motiver les équipes avec des formulations très utilisées dans les grandes entreprises ou les start-ups.
L’étude explique notamment que des phrases comme “être force de proposition”, “prendre le lead” ou “mettre dans la boucle” traduisent une nouvelle manière de communiquer dans le monde professionnel.
Ce vocabulaire vient en grande partie des environnements internationaux, du conseil ou encore des entreprises technologiques. L’anglais y occupe une place centrale depuis plusieurs années. Des mots comme “deadline”, “feedback” ou “roadmap” sont progressivement devenus des automatismes dans les échanges professionnels.
Pour certains salariés, utiliser ce langage permet aussi de montrer qu’ils maîtrisent les nouveaux codes du travail moderne. L’étude évoque même une forme de mimétisme avec les modèles perçus comme performants ou innovants.
Entre modernité et fatigue du langage corporate
Si ces expressions continuent de se développer, elles finissent aussi par créer une certaine lassitude. À force d’être répétées dans les mails, les réunions ou les discussions d’équipe, beaucoup perdent progressivement leur sens initial.
L’étude souligne d’ailleurs que ces mots servent parfois à contourner certaines réalités plus complexes ou à éviter les conflits dans l’entreprise.
Au fond, ces nouvelles habitudes de langage racontent surtout l’évolution du monde du travail. Les échanges deviennent plus rapides, plus codifiés et plus influencés par les standards internationaux. Mais dans le même temps, une partie des salariés commence clairement à se fatiguer de ce “corporate speak” omniprésent.
Une chose reste sûre : entre les “ASAP”, les “calls”, les “briefs” et les “on revient vers toi”, les bureaux français n’ont probablement pas fini d’inventer de nouvelles expressions.
