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Prévoyance des indépendants : combien toucheriez-vous en arrêt ?

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La prévoyance des indépendants se mesure d’abord en euros disponibles quand l’activité s’arrête. Sonia Elmlinger, cofondatrice de Lilycare, détaille trois cas de figure et les clauses qui changent la prise en charge. Nous avons recalculé les indemnités du premier mois à partir des barèmes 2026.

Prévoyance des indépendants : combien toucheriez-vous en arrêt ?

La prévoyance des indépendants pose une question de trésorerie dès le premier jour d’arrêt. Un consultant reporte une mission, un artisan décale un chantier, un dirigeant cesse de se rémunérer. Pourtant, les factures déjà émises peuvent encore être encaissées tandis que de nouvelles recettes se raréfient. Le décalage peut masquer la baisse de revenus pendant quelques semaines. Puis arrivent les échéances que l’activité finançait jusque-là.

Business Times avait déjà abordé l’exposition des indépendants aux interruptions de revenus. Pour cet entretien, nous avons demandé à Sonia Elmlinger de chiffrer ce que verse le régime obligatoire, puis de revenir sur des contrats dont les assurés avaient mal compris les garanties. Lilycare, qui commercialise des assurances pour les indépendants, a annoncé en janvier 2026 une plateforme de comparaison et de souscription en ligne. Les situations anonymisées qui suivent sont rapportées par sa cofondatrice.

Prévoyance des indépendants : ce que verse le régime obligatoire

Une facture de 2 000 €, un revenu professionnel de 4 000 € et une rémunération brute de 6 000 € désignent trois bases différentes. Ainsi, les comparer directement à une indemnité mensuelle peut fausser la lecture. Pour le micro-entrepreneur, une partie du chiffre d’affaires sert à payer les dépenses de l’activité. Ensuite, l’Assurance Maladie applique un abattement forfaitaire pour déterminer le revenu retenu. Ce revenu de calcul peut donc différer de ce que l’entrepreneur garde réellement après ses frais.

Selon les règles de l’Assurance Maladie pour les artisans et commerçants, l’indemnité correspond en principe à un 730e du revenu d’activité annuel moyen des trois années civiles précédentes, dans la limite du plafond applicable. L’abattement est de 34 % en micro-BNC, de 50 % pour les prestations de services relevant des BIC et de 71 % pour les activités de vente relevant des BIC. L’Assurance Maladie détaille par ailleurs les règles applicables aux professions libérales, dont le plafond peut être différent. Le seul terme « indépendant » ne permet donc pas de déterminer le régime applicable.

Le premier mois, trois jours de moins dans le calcul

Le tableau suppose un arrêt maladie de 30 jours calendaires, trois jours de carence et des droits ouverts. Il présente des montants bruts, hors complément d’assurance et avant prélèvements. La dernière colonne correspond à 30 jours effectivement indemnisés, une fois la carence passée, tant que les droits courent.

Profil et base de départIndemnité brute par jourSur les 30 premiers jours d’arrêtPour 30 jours indemnisés
Micro-BNC, 2 000 € de chiffre d’affaires par mois, stables sur trois ans21,70 €585,90 €651,00 €
Artisan, 4 000 € de revenu mensuel moyen cotisé, avec plafond 202665,84 €1 777,68 €1 975,20 €
Président rémunéré de SASU, assimilé salarié, 6 000 € bruts par mois42,97 €1 160,19 €1 289,10 €

Repère de la rédaction. Pour l’artisan, Sonia Elmlinger cite 65,75 € dans sa réponse. Le plafond 2026 affiché par l’Assurance Maladie est de 65,84 € par jour. Pour le président de SASU, le barème du régime général confirme le plafond de 42,97 €. Les quelque 1 289 € cités correspondent ainsi à 30 jours indemnisés. Au premier mois, l’écart brut avec la rémunération de référence atteint environ 4 840 € en l’absence de complément.

Sur 90 jours d’arrêt continu, le premier scénario donne environ 1 888 € bruts sur 87 jours indemnisés, à partir du montant journalier arrondi. Ce calcul précise l’ordre de grandeur de 1 883 € donné dans l’entretien.

Le revenu moyen compte autant que le statut. Prenons le premier cas. Après abattement, 24 000 € de recettes annuelles donnent une base de 15 840 €, puis environ 21,70 € par jour. Si les 2 000 € mensuels désignent déjà le revenu retenu après abattement, la base annuelle atteint 24 000 €. Avec les mêmes hypothèses, l’indemnité passe à 32,88 € par jour, soit 887,76 € sur 27 jours. Un même montant annoncé à l’oral peut donc produire deux estimations qui diffèrent d’environ 302 € sur le premier mois.

Business Times. Les 3 cas types : que perçoivent-ils réellement du régime obligatoire ?

Sonia Elmlinger. Sur le papier, tout indépendant cotise et « a une couverture sociale ».

Dans les faits, dès qu’on fait le calcul, l’écart avec ce que la personne imagine et la réalité est toujours important et il grandit avec le niveau de revenu, ce qui est le plus contre-intuitif.

Le micro-entrepreneur à 2 000 € de chiffre d’affaires

Le micro-entrepreneur qui perçoit 2 000 €/mois. Si ses 2 000 €/mois correspondent au chiffre d’affaires, il faut d’abord appliquer l’abattement forfaitaire correspondant à son activité.

L’Assurance Maladie calcule l’IJ sur le revenu d’activité annuel moyen des 3 années précédentes, et non directement sur les 2 000 € de CA mensuel.

Par exemple, si vous êtes micro-BNC avec 2 000 € de CA/mois de façon stable depuis 3 ans :

Indemnité journalière en cas d’arret de travail (maladie, accident, ou hospitalisation) : 21,70 €/jour

sur 30 jours d’arrêt : environ 586 € brut

sur 90 jours : environ 1 883 € brut

les 3 premiers jours ne sont pas indemnisés.

Et attention : si les 2 000 € sont votre revenu après abattement, et non votre CA, le résultat est nettement différent.

L’artisan à 4 000 € de revenus

L’artisan qui à 4 000 €/mois de revenus. Son indemnité de perte de revenus en cas d’accident, de maladie ou d’hospitalisation est plafonnée à 65,75 € par jour, soit 1 972 € par mois soit un manque à gagner de 2 028 € par mois, soit une perte de revenus d’environ 50% par mois. Ce qui peut mettre sérieusement en danger financièrement sa famille et son activité professionnelle.

Le président de SASU à 6 000 € bruts

Le dirigeant qui se verse 6 000 €/mois bruts depuis 3 ans. S’il relève du régime général en tant qu’assimilé salarié (président de SASU), ses indemnités journalières sont plafonnées à 42,97€, soit 1 289 €/mois. C’est le cas le plus spectaculaire : il perd près de 80 % de sa rémunération.

Le message que je fais toujours passer : plus le revenu est élevé, plus la part non couverte est importante, en Euros comme en pourcentage. Le régime obligatoire a été pensé pour amortir un choc, pas pour remplacer un revenu professionnel pendant plusieurs mois. Au bout de plusieurs mois d’arrêt de travail, la perte financière peut être dramatique pour la famille et pour l’entreprise.

Quand une garantie figure au contrat, à quelles conditions paie-t-elle ?

La carence du régime obligatoire et la franchise du contrat privé agissent sur deux calendriers distincts. Par exemple, une franchise contractuelle de 90 jours peut laisser l’assuré sans complément pendant trois mois, même si l’Assurance Maladie verse déjà des indemnités. La trésorerie du foyer doit alors absorber l’écart. Si la franchise diffère selon qu’il s’agit d’une maladie, d’un accident ou d’une hospitalisation, la durée à financer dépend aussi du motif de l’arrêt.

Par ailleurs, l’indemnité temporaire et la rente d’invalidité répondent à des conditions différentes. Une rente affichée à 2 000 € par mois donne un montant de référence. Le versement dépend ensuite de la définition de l’invalidité, du seuil prévu et de la façon dont le contrat calcule la rente. Ainsi, un taux médical, un taux professionnel et le pourcentage de rente versé peuvent désigner trois choses différentes.

Repère de la rédaction. Le cas du chirurgien-dentiste ci-dessous illustre la lecture d’un contrat selon Sonia Elmlinger. Le taux de 35 % qu’elle cite ne suffit pas à établir un taux applicable à tous les contrats ni le montant effectivement payable. Le barème, le seuil et la formule de la police en question déterminent le résultat.

Business Times. Les 3 écarts les plus fréquents entre couverture perçue et couverture réelle ?

Sonia Elmlinger. Quand nous reprenons les contrats d’indépendants déjà assurés, 3 écarts reviennent presque systématiquement.

Le revenu pris en compte

1.Le revenu réellement pris en compte n’est pas celui que la personne croit.

C’est particulièrement vrai pour les micro-entrepreneurs : leurs indemnités sont calculées sur un revenu forfaitaire, obtenu après un abattement automatique (souvent 50 % pour une activité de service), et non sur le chiffre d’affaires qu’ils encaissent réellement.

Exemple anonymisé : un consultant indépendant facturant 3 000 € de chiffre d’affaires par mois pensait être couvert sur cette base en cas d’arrêt de travail. En réalité, pour un micro-BNC, l’Assurance Maladie applique un abattement forfaitaire de 34 % pour déterminer le revenu pris en compte. Sur 36 000 € de chiffre d’affaires annuel, le revenu retenu est donc d’environ 23 760 €. Son indemnité journalière s’élève ainsi à environ 32,55 € par jour, soit moins de 900 € brut pour un mois d’arrêt contre 3 000 € de chiffre d’affaires mensuel habituel.

La durée de la franchise

  1. Une franchise beaucoup plus longue que ce que le travailleur indépendant imaginait

Deuxième mauvaise surprise fréquente : l’assuré sait qu’il possède une prévoyance, mais ne réalise pas qu’elle ne commence à indemniser qu’après 30, 60 ou parfois 90 jours d’arrêt de travail suite à une maladie, un accident et/ou une hospitalisation.

Exemple anonymisé : un professionnel indépendant disposant de 4 000 € de revenus mensuels avait souscrit une prévoyance avec une franchise de 90 jours. Il pensait être protégé « en cas d’arrêt de travail», mais lors d’un arrêt de quatre mois, les 3 premiers mois restaient essentiellement à sa charge.

Sur cette période, cela représentait une perte financière de plus de 6 000 € sur 3 mois non remplacés.

Le barème d’invalidité et les exclusions

  1. Une définition de l’invalidité ou des exclusions qui réduit fortement la protection

C’est le point le plus difficile à appréhender pour un assuré, car il ne suffit pas de regarder le montant de la rente annoncé sur le contrat. Il faut regarder dans quelles conditions elle est effectivement versée.

Deux contrats peuvent par exemple annoncer une rente d’invalidité de 2 000 € par mois tout en ayant des définitions différentes de l’invalidité, des seuils de déclenchement différents ou des exclusions différentes.

Exemple anonymisé : un professionnel de santé (chirurgien dentiste) dont l’activité reposait essentiellement sur ses capacités intellectuelles et sur ses mains pensait être couvert à hauteur de 10 000 € par mois en cas d’invalidité.

En analysant son contrat, nous avons constaté que l’indemnisation dépendait notamment du taux d’invalidité retenu selon la définition contractuelle, sécurité sociale, commune à toutes les activités professionnelles. S’il perdait un pouce (c’est-à-dire le pouce avec le premier metacarpien) par exemple, pour lui c’était 100% d’invalidité il ne pourrait plus travailler dans son cabinet de chirurgien-dentiste et operer des patients, alors que le barème d’invalidité sécurité sociale pour un pouce était seulement de 35% de son revenu.

C’est un sujet particulièrement important pour les indépendants, car le régime obligatoire de prévoyance prévoit des catégories d’invalidité et des critères très généralistes.

Autre exemple sur les exclusions dans les contrats de prevoyance : sports à risques, pays, maladies etc…

Un client faisait du ski hors-piste régulièrement mais dans son contrat c’était exclu. Il s’est cassé une jambe en ski hors-piste et il n’a pas été indemnisé pour cet arrêt de travail alors qu’il était agent immobilier et devait se déplacer. Il est donc venu nous solliciter pour changer de contrat de prévoyance suite à cet accident car cette couverture était inadaptée à ses besoins et à son mode de vie.

Les dépenses professionnelles qui continuent

Un autre point revient également régulièrement : les charges professionnelles.

L’indépendant raisonne souvent en termes de « maintien de revenus », alors qu’en cas d’arrêt de travail, certaines dépenses professionnelles continuent : loyer, logiciel, leasing, abonnements, salaires éventuels, frais de fonctionnement, etc.

Une garantie destinée à remplacer le revenu personnel ne couvre pas nécessairement ces charges.

C’est pourquoi nous ne regardons pas uniquement le montant de l’indemnité affichée sur un contrat.

Nous cherchons à répondre à une question beaucoup plus globale : « Si cette personne ne peut plus travailler demain, combien lui restera-t-il réellement chaque mois pour vivre, et pendant combien de temps ? »

Si le budget est serré, quel risque laisse le plus gros découvert ?

Pour arbitrer entre des garanties, il faut d’abord savoir à quelle dépense chacune répond. La complémentaire santé intervient sur des frais de soins, selon ses garanties. Une prévoyance peut verser une indemnité d’arrêt de travail ou une rente d’invalidité, selon les conditions du contrat. L’épargne retraite finance une autre période de la vie. Notre décryptage du cumul emploi-retraite en 2027 montre d’ailleurs que les revenus disponibles à la retraite obéissent à leurs propres règles.

La même distinction vaut pour l’entreprise et le foyer. Supposons un besoin mensuel de 2 200 € à la maison et de 800 € de dépenses professionnelles que l’activité ne peut pas suspendre. Si les recettes s’arrêtent et que le dirigeant reçoit environ 1 160 € bruts le premier mois, il manque au moins 1 840 € pour couvrir les deux budgets, avant prélèvements sur l’indemnité et sans réserve disponible. Une facture réglée pendant l’arrêt peut réduire le déficit ce mois-là. Une échéance de leasing peut au contraire maintenir le besoin au mois suivant.

Repère de la rédaction. Avant de considérer deux contrats comme des doublons, il faut comparer le risque couvert et la nature du paiement. Une garantie accidents de la vie peut prévoir l’indemnisation de préjudices que la prévoyance de revenu ne couvre pas. Le diagnostic dépend donc des clauses et de la situation de l’assuré.

Business Times. Tous les indépendants ne peuvent pas multiplier mutuelle, prévoyance, assurance emprunteur, retraite supplémentaire et autres garanties. Avec un budget limité, dans quel ordre faut-il protéger les risques ? Et à l’inverse, quelles assurances ou garanties voyez-vous régulièrement faire doublon et pourraient être supprimées sans fragiliser le dirigeant ?

Sonia Elmlinger. Face à un budget contraint, je conseille toujours de raisonner par ordre de gravité.

  1. La prévoyance (arrêt de travail, invalidité, décès) vient toujours en premier. C’est le risque le plus important et le plus destructeur pour un indépendant, qui n’a, contrairement au salarié, que très peu de protection de ses revenus en cas de maladie, accident ou hospitalisation.
  2. La complémentaire santé, qui doit être dimensionnée sur les besoins réels pour ne pas subir de reste à charge lourd en cas d’hospitalisation ou de soins de santé important.
  3. La retraite supplémentaire (Madelin, PER etc…), qui reste importante mais peut être temporairement réduite en montant : c’est un risque de long terme, qui peut engendrer une forte baisse de revenus plus tard à la retraite.

Les garanties que Sonia Elmlinger examine pour détecter les doublons

À l’inverse, voici ce que je vois le plus souvent en doublon, sans que cela sécurise davantage le dirigeant :

Des garanties d’assistance redondantes (rapatriement, aide à domicile) présentes à la fois dans la mutuelle santé, dans une carte bancaire haut de gamme et dans l’assurance habitation.

D’anciens contrats de prévoyance jamais résiliés, accumulés au fil des changements de statut ou de conseiller, qui font payer deux fois pour une seule garantie réellement utile.

Des contrats GAV (garantie accidents de la vie) inutile quand on a une bonne prévoyance déjà en place car c’est une garantie uniquement en cas d’accident (probabilité faible de survenance) alors que le plus important c’est d’être couvert en cas de perte de revenus, pour une hospitalisation ou une maladie.

C’est précisément ce diagnostic que nous proposons chez LILYCARE à chaque indépendant et dirigeant : remettre à plat les contrats existants, identifier les doublons, révéler les carences et vérifier que la protection est réellement à la hauteur de sa situation et de ses revenus.

Notre objectif n’est pas simplement d’ajouter une assurance supplémentaire, mais de construire une protection cohérente, utile et adaptée aux vrais risques auxquels l’entrepreneur est exposé. Celui-ci prend déjà assez de risque en étant entrepreneur ce n’est pas la peine d’en rajouter !

Ce que change la comparaison en ligne

Lilycare indiquait à son lancement que trois assureurs étaient connectés en temps réel pour la prévoyance : APRIL, SwissLife et ACPS. L’entreprise prévoyait d’élargir ce périmètre en 2026. Cette information décrit l’offre annoncée en janvier. Elle ne permet pas de déduire combien d’assureurs sont connectés aujourd’hui. La plateforme présente des garanties et des prix à partir du profil déclaré. Pour comparer deux devis, la question financière reste celle du premier versement, puis du montant réellement disponible.

Le test peut tenir sur deux lignes : ce que le foyer doit payer à trente jours et ce que l’entreprise doit encore régler à quatre-vingt-dix jours. Il suffit ensuite d’y inscrire les indemnités attendues aux mêmes dates. Si la première prestation du contrat arrive au quatrième mois, l’écart apparaît immédiatement. C’est sur cet écart que le dirigeant peut interroger son assureur : quelle somme serait versée, à quelle date et au titre de quelle clause ?

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