Une enquête du cabinet de psychologues Reversens réalisée début mai révèle une hausse des signalements de harcèlement dans les entreprises françaises. Comment mieux protéger les salariés ? Quelle est la place de l’IA dans ces dispositifs ?
Des cas accrus de harcèlement moral
Entre 2022 et 2025, 81 % des 2 011 professionnels interrogés constatent une hausse des signalements de harcèlement. Cette hausse témoigne avant tout d’une efficacité progressive des recours mis en place dans les entreprises. Les cas de harcèlement bénéficient d’une plus grande visibilité et les canaux de signalement se sont progressivement structurés au sein des entreprises. Cela démontre une confiance accrue des salariés dans les dispositifs d’accompagnement. Les victimes et les témoins de bonne foi sont protégés par la législation. Néanmoins, plus d’un tiers reconnaît une augmentation entre 20 % et 50 %.
Cette augmentation concerne avant tout le harcèlement moral qui représente un quart des dossiers traités dans 68 % des entreprises. Défini par le Code du travail (L1152-1) et le Code pénal (222-33-2), il correspond à des “agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet la dégradation des conditions de travail”. Cela peut entraîner une atteinte aux droits du salarié, à sa dignité et à sa santé physique.
Les autres sources de harcèlement sont d’abord les conflits managériaux ou interpersonnels qui représente un quart des dossiers pour 50 % des interrogés. Les signalements minoritaires sont directement liés à des discriminations ou des pratiques émergentes. On retrouve ensuite : les propos discriminatoires, le harcèlement sexuel, le cyberharcèlement et les agissements sexistes. Cette plus faible représentation s’explique par la crainte des représailles, les conséquences néfastes sur la trajectoire professionnelle ou les relations avec les collègues. Par ailleurs, ces motifs sont davantage encadrés par la loi. Des faits de discriminations dans le cadre d’un harcèlement moral sont passibles d’un an d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende.
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Des freins pour mener à terme les enquêtes
Bien que les signalements soient en nette augmentation, peu de dossiers sont instruits dans leur intégralité. 41 % des professionnels estiment que moins de la moitié des signalements sont suivis d’une enquête formelle clôturée par une conclusion écrite.
Ces difficultés à l’instruction des signalements ont des causes plurielles. Elles sont d’abord liées à la qualité des informations disponibles. Le manque d’éléments exploitables ou l’absence de témoins identifiables empêchent parfois de constituer un dossier suffisamment solide. Les limites sont ensuite structurelles : surcharge des équipes RH, manque de formation des enquêteurs et absence de méthode structurée.
Les lacunes s’expliquent également par les difficultés à évaluer la solidité des rapports. Les professionnels craignent des contestations de leurs conclusions par des instances extérieures. En effet, les salariés harcelés peuvent demander réparation du préjudice subi devant les prud’hommes à partir d’éléments de fait. La solidité du dossier peut aussi être remise en cause par des sanctions disciplinaires, pénales ou réputationnelles.

L’IA, un outil pour combler les lacunes
De nouveau désignée comme grande cause nationale par le gouvernement, la santé mentale et les risques psychosociaux sont un domaine insuffisamment structuré dans les entreprises. Ainsi, le bon fonctionnement des recours internes dépend de la maturité de l’entreprise. 24 % des enquêteurs internes se déclarent pleinement confiants dans la robustesse de leur dispositif. Au contraire, 43 % expriment une confiance faible ou modérée en leur système. Ils évoquent notamment le manque de formalisation, de formation ou d’appui dans la conduite des investigations.
L’IA apparaît comme un outil pertinent pour améliorer la rigueur des éléments collectés. En effet, 74 % des professionnels acceptent son utilisation pour centraliser les pièces. Son utilisation est également évoquée pour assurer la traçabilité et rédiger les informations de manière factuelle. L’IA se limite alors à un rôle d’assistance méthodologique sans entrer dans le champ de la décision. En effet, les réserves sont bien plus nombreuses concernant l’arbitrage. 26 % se disent favorables à la suggestion de qualification juridique et seulement 8 % sont favorables à une recommandation de décision disciplinaire.

Ces conclusions soulignent que les dispositifs en place sont encore fragiles. Pourtant, les professionnels ne se disent pas prêts à substituer l’IA au jugement humain pour ces thématiques de santé des salariés. Il est également nécessaire de renforcer l’obligation légale de prévention pour les employeurs qui doivent prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des travailleurs.
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