Deux récits opposés
Deux versions opposées des faits ont ouvertes l’audience. La procureure générale adjointe de Californie, Megan O’Neil a accusé Meta d’avoir mené une campagne pour tromper ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants ainsi que les parents. Paul Schmidt, l’avocat du groupe Meta, a répondu que le groupe a au contraire cherché à concevoir des outils pour aider les personnes en difficulté avec leur usage des réseaux sociaux.
« Une barrière en papier de soie », ce sont les mots que la procureure utilise pour qualifiée ces outils mis en avant par Meta. Elle a aussi avancé un chiffre : seuls 0,2 % des adolescents auraient réellement utilisé la fonction « faire une pause ».
Trois volets d’accusation
L’accusation repose sur trois axes. Meta aurait menti sur la nocivité de ses applications pour les adolescents. Le groupe aurait aussi conçu certaines fonctionnalités spécifiquement pour retenir les jeunes utilisateurs. Enfin, il aurait collecté les données d’enfants de moins de 13 ans sans consentement parental, en violation d’une loi fédérale.
Les procureurs ont projeté des documents internes où des salariés de Meta écrivaient que certaines fonctionnalités du groupe exploitent des failles psychologiques bien connues. La défense a répondu que ces écrits provenaient justement d’équipes chargées d’identifier et de résoudre ces problèmes.
À lire aussi
Un épisode illustre bien l’affrontement des deux versions : l’autorisation, sur Instagram, de filtres imitant la chirurgie esthétique. Selon l’accusation, Meta avait d’abord suspendu ces filtres après un avis d’experts recommandant de les bannir, avant que Mark Zuckerberg ne décide de les rétablir en 2020, une fois informé de leur impact sur la croissance de l’application. La défense affirme au contraire que la décision reposait sur l’absence de données solides sur les dangers réels, et sur le respect de la liberté d’expression.
Une facture potentielle de 200 milliards de dollars
Quatre États américains mènent la procédure : la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey. Ils agissent en chef de file d’un ensemble de 29 procureurs généraux qui poursuivent Meta depuis 2023. Ensemble, ils réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités, ainsi qu’une refonte complète d’Instagram et de Facebook.
Ce procès s’inscrit dans un contentieux plus large aux États-Unis, qui touche aussi TikTok, Snapchat et YouTube. Familles, collectivités scolaires et États poursuivent ces plateformes pour leurs effets sur la santé des jeunes utilisateurs. Les observateurs comparent cette bataille judiciaire au précédent du tabac : la transaction de 1998 avec les quatre plus grands cigarettiers reste une référence, ces entreprises ayant versé plus de 176 milliards de dollars depuis, et continuant de payer 9 milliards par an.
Un ancien ingénieur de Meta comme premier témoin
Pour clore la première journée d’audience, les jurés ont entendu Arturo Bejar, ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles contre le groupe. Il a raconté qu’à son arrivée chez Meta, le slogan « Move fast and break things » (avancez vite et cassez des choses) dominait la culture d’entreprise, reléguant les considérations de sécurité au second plan.
Le procès doit durer jusqu’à fin septembre. Huit jurés rendront un verdict consultatif, mais c’est la juge Yvonne Gonzalez Rogers qui tranchera seule. Elle s’est déjà fait connaître pour avoir sanctionné Apple et pour avoir arbitré le récent procès entre Elon Musk et OpenAI.
Zuckerberg, témoin vedette non confirmé
Mark Zuckerberg est annoncé comme témoin vedette de ce procès, sans que sa comparution soit pour l’instant confirmée. Sa dernière apparition devant un jury, en février à Los Angeles, s’était soldée par une condamnation historique de Meta, dont le groupe a fait appel.
Devant le tribunal, des mères de familles se sont rassemblées pour dénoncer l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale de leurs enfants, réclamant qu’aucune entreprise ne puisse se placer au-dessus de la loi.
À lire également sur Business Times
- ActualitésMicro-entrepreneurs : l’accompagnement, facteur clé de survie face à la hausse des créations d’entreprises
- ActualitésPiratage du fisc : ce que risquent les 678 000 contribuables concernés
- ActualitésMaisons fissurées : 12 millions de logements exposés, des propriétaires pris entre sécheresse et assureurs
- ActualitésNovaxia Investissement renforce sa gouvernance avec la nomination de Lucile Bertoni au Directoire
