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Mobilisation des buralistes : pourquoi la profession réclame un gel de la fiscalité du tabac

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La mobilisation des buralistes a débuté ce lundi 7 septembre et doit se poursuivre jusqu’au vendredi 11 septembre dans six villes françaises. Les 22 500 professionnels représentés par la Confédération demandent le gel de la fiscalité du tabac et la fin de son indexation automatique sur l’inflation. Ils redoutent qu’une nouvelle hausse des prix accélère encore la baisse des ventes dans le réseau légal au profit des achats transfrontaliers et du marché clandestin. Mais le gouvernement doit aussi composer avec un objectif de santé publique qui a produit des résultats : la France compte quatre millions de fumeurs quotidiens de moins qu’il y a dix ans.

Mobilisation des buralistes : pourquoi la profession réclame un gel de la fiscalité du tabac

Après près de dix ans sans manifestation nationale de cette ampleur, les buralistes retournent dans la rue.

Le mouvement a commencé lundi à Muret, près de Toulouse, et à Redon, en Ille-et-Vilaine.

Il doit se poursuivre mardi à Givors, près de Lyon, et à Saverne, en Alsace. Un autre rassemblement est prévu mercredi à Salon-de-Provence.

Le point culminant interviendra vendredi 11 septembre à Vernon, dans l’Eure. Le choix n’est pas anodin : le Premier ministre Sébastien Lecornu y est premier adjoint au maire.

La Confédération veut ainsi placer la question du tabac directement dans les discussions sur le budget 2027.

Son message tient en quelques mots : selon elle, la politique actuelle arrive à un « point de bascule ».

Mobilisation des buralistes : que réclame exactement la profession ?

La première revendication concerne la fiscalité.

Les professionnels demandent un gel sur plusieurs années.

Ils souhaitent surtout supprimer le mécanisme d’indexation sur l’inflation qui fait évoluer chaque année une partie de l’accise appliquée au tabac.

La deuxième bataille porte sur le marché parallèle.

La Confédération estime que les écarts de prix avec certains pays voisins poussent une partie des consommateurs vers les achats transfrontaliers, la contrebande ou les ventes clandestines.

Enfin, les buralistes demandent davantage de stabilité concernant les produits de vapotage.

Ils veulent être davantage associés à l’élaboration des futures règles concernant la vape et les nouveaux produits nicotiniques.

Pour la profession, l’équation est assez simple.

Elle accepte la baisse structurelle du tabagisme. Elle conteste en revanche une politique qui, selon elle, ferait partir trop rapidement une partie des achats en dehors de son réseau.

Attention : l’État n’impose pas directement le prix de chaque paquet

La question mérite une précision.

On entend beaucoup parler d’une « indexation du prix du tabac sur l’inflation ».

Techniquement, ce n’est pas exactement le prix de vente final qui est automatiquement indexé.

Ce sont notamment certains tarifs et minima de perception de l’accise qui sont révisés en fonction de l’inflation selon les règles du Code des impositions sur les biens et services.

Les fabricants et fournisseurs déterminent ensuite leurs prix de vente, que la Douane homologue.

La Douane le précise d’ailleurs dans ses données officielles : les fournisseurs fixent librement leurs tarifs dans le respect du cadre fiscal et réglementaire.

Pour un paquet de 20 cigarettes vendu 13,50 euros, la fiscalité représente une part considérable du prix.

La Douane indique qu’à ce tarif, l’accise atteint environ 8,89 euros et la TVA 2,25 euros. La remise brute du débitant représente 1,389 euro et la part restante revient principalement au fabricant.

Autrement dit, l’essentiel du prix du paquet correspond bien aux prélèvements publics.

Pourquoi les buralistes craignent-ils le 1er janvier 2027 ?

À Muret, certains représentants de la profession ont évoqué le risque de voir des paquets actuellement vendus 13,50 euros atteindre 14,50 euros début 2027.

Ce chiffre doit néanmoins être pris pour ce qu’il est : une projection exprimée par des représentants des buralistes, et non un prix officiel déjà décidé.

La nomenclature des tarifs actuellement homologués ne permet donc pas d’affirmer aujourd’hui que tous les paquets, ou même les références actuellement à 13,50 euros, coûteront effectivement 14,50 euros en janvier.

Mais la crainte s’appuie sur une véritable trajectoire politique.

Le Programme national de lutte contre le tabac 2023-2027 avait prévu de porter progressivement le prix du paquet à 13 euros en 2027, après une première étape à 12 euros en 2025.

Dans les faits, certaines références ont déjà atteint ou dépassé cette cible.

Les buralistes considèrent donc qu’une nouvelle progression fiscale risque d’aller trop loin.

Les ventes légales de tabac continuent de chuter

Les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives confirment une baisse très rapide des volumes vendus par les buralistes.

En 2025, les volumes de tabac achetés dans le réseau légal ont diminué de 8,2 % en un an.

La baisse ne date pas d’hier.

La Confédération affirme que les volumes vendus dans le réseau des buralistes ont été divisés par deux en dix ans. Cette estimation émane de l’organisation professionnelle et doit donc être distinguée des statistiques publiques annuelles.

Pour autant, la chute des volumes ne signifie pas que le chiffre d’affaires du tabac s’effondre dans les mêmes proportions.

L’OFDT estime que les ventes de tabac ont représenté 18,4 milliards d’euros en 2025.

Ce montant est presque stable depuis 2017, avec une progression moyenne d’environ 0,2 % par an.

La raison est simple : les prix ont augmenté pendant que les volumes diminuaient.

C’est là tout le paradoxe économique du réseau.

Un buraliste vend moins de paquets.

Sa rémunération par paquet augmente avec le prix.

Mais moins de clients franchissent potentiellement sa porte.

La vraie bataille des buralistes est aussi celle de la fréquentation

Un bureau de tabac ne vit plus uniquement des cigarettes.

Jeux de la Française des Jeux, presse, colis, compte Nickel, produits de vapotage, boissons, téléphonie ou encore services administratifs occupent une place croissante.

Certains établissements deviennent de véritables commerces multiservices.

C’est précisément cette diversification qui a permis au réseau de s’adapter.

Business Times avait déjà consacré un article aux transformations profondes du modèle économique des bars-tabacs français. À lire sur Business Times : comment le business des bars-tabacs a évolué

Mais il existe un problème.

Le tabac reste souvent le produit qui génère le passage.

Un client vient chercher ses cigarettes puis achète éventuellement un jeu, un café ou un autre produit.

Si l’achat de tabac se déplace vers Internet illégal, un vendeur clandestin ou l’étranger, le commerce ne perd donc pas seulement la marge du paquet.

Il peut également perdre une partie du reste du panier.

C’est cet effet de fréquentation que la profession met en avant.

Mobilisation des buralistes : le marché parallèle au cœur de la colère

Les représentants de la profession dénoncent depuis plusieurs années la progression des achats réalisés en dehors du réseau français.

À Muret, le président régional des buralistes a estimé que ces circuits feraient perdre 30 % de recettes à la profession et environ 5 milliards d’euros à l’État.

Ces chiffres doivent être présentés avec prudence.

Ils correspondent à une estimation de la profession et non à un bilan officiel de la Douane.

Il n’existe pas un compteur permettant de connaître exactement chaque cigarette achetée à l’étranger, introduite légalement, vendue clandestinement ou contrefaite.

En revanche, une chose est certaine : le trafic de tabac reste considérable.

Près de 548 tonnes de tabac saisies en 2025

Les données officielles des Douanes donnent une mesure plus objective de la pression exercée par le marché clandestin.

En 2025, les services douaniers français ont saisi 547,94 tonnes de tabac sur le territoire.

C’est 12 % de plus qu’en 2024.

Les agents ont relevé 20 486 infractions pour une valeur estimée à plus de 190 millions d’euros.

Deux usines clandestines de cigarettes ont également été démantelées en France.

À l’étranger, les Douanes françaises ont contribué à la saisie de 284 tonnes supplémentaires.

Ces chiffres ne permettent pas d’en déduire mécaniquement la taille totale du marché parallèle.

Une hausse des saisies peut signifier davantage de trafic, mais aussi davantage de contrôles ou une meilleure efficacité des services.

Elle confirme néanmoins que la contrebande est loin d’être marginale.

Consulter le bilan 2025 de la Douane française

Les écarts de prix aux frontières modifient les comportements

La situation est particulièrement visible dans les départements frontaliers.

Andorre, Espagne, Luxembourg ou Belgique ont longtemps permis aux consommateurs français d’acheter du tabac moins cher.

Mais les évolutions fiscales chez nos voisins peuvent également produire l’effet inverse.

L’OFDT relève par exemple qu’en 2025, les ventes françaises ont mieux résisté dans le Nord, le Pas-de-Calais et les Ardennes.

Pourquoi ?

Parce que la Belgique et le Luxembourg avaient eux aussi augmenté leurs taxes.

L’écart de prix s’était donc réduit et certains consommateurs qui traversaient auparavant la frontière sont revenus acheter en France.

L’exemple est intéressant.

Il montre que la réponse au marché transfrontalier peut difficilement être uniquement française.

Une harmonisation fiscale européenne réduirait mécaniquement une partie des différences.

Mais la hausse du prix du tabac fonctionne aussi sur le plan sanitaire

C’est l’autre partie du débat.

Réduire la fiscalité ou geler durablement les prix peut protéger l’activité des débitants.

Mais les pouvoirs publics utilisent précisément le prix comme outil pour réduire la consommation.

Et sur ce point, les résultats sont difficiles à ignorer.

En 2024, 18,2 % des 18-75 ans fumaient quotidiennement en France métropolitaine, contre 28,6 % en 2014.

En dix ans, environ quatre millions de fumeurs quotidiens ont disparu des statistiques.

Santé publique France rappelle par ailleurs que le prix constitue l’un des déterminants importants de la consommation de tabac.

Le gouvernement poursuit donc un objectif très différent de celui d’un commerce traditionnel.

Dans la plupart des secteurs, l’État cherche à favoriser les ventes.

Pour le tabac, il cherche volontairement à les réduire.

Toute politique de soutien aux buralistes doit composer avec cette contradiction.

Un commerce dont l’État souhaite voir diminuer le produit historique

C’est ce qui rend le statut du buraliste assez particulier.

Il s’agit d’un entrepreneur.

Mais le principal produit qui a historiquement construit son activité fait l’objet d’une politique publique destinée à en diminuer la consommation.

Cette situation oblige le réseau à se réinventer.

L’État lui-même encourage cette diversification.

Dans une réponse publiée au Sénat en janvier 2026, le gouvernement rappelait que la rémunération des buralistes avait été augmentée pour accompagner la baisse des volumes.

Il indiquait que la rémunération moyenne issue du tabac était passée d’environ 60 500 euros en 2019 à 68 000 euros en 2024, notamment grâce à l’évolution du taux de rémunération et des prix.

Cette donnée apporte une nuance importante au débat.

Le nombre de cigarettes vendues diminue très fortement.

Mais la recette moyenne provenant de leur vente n’a pas suivi exactement le même chemin.

La fragilité peut néanmoins varier énormément selon la localisation du commerce, sa diversification et sa proximité avec une frontière.

Les territoires ruraux ont davantage à perdre

C’est aussi pour cette raison que la mobilisation des buralistes ne se déroule pas principalement à Paris.

Muret.

Redon.

Givors.

Saverne.

Salon-de-Provence.

Vernon.

La Confédération veut montrer que le dossier concerne avant tout les villes moyennes, les centres-bourgs, les périphéries et les territoires ruraux.

Dans certaines communes, le tabac est aussi un café, un relais colis, un point de paiement, un dépositaire de presse ou un commerce proposant différents services.

Sa disparition peut donc contribuer à la désertification commerciale.

Business Times avait récemment montré l’ampleur de ce phénomène : plus de six communes françaises sur dix ne disposaient plus d’aucun commerce de détail fin 2023. À lire sur Business Times : 59 projets pour revitaliser le commerce rural

Le débat sur les buralistes dépasse donc, dans certains territoires, la seule vente de cigarettes.

La vape constitue le prochain terrain de bataille

La profession sait également que son avenir ne pourra pas reposer éternellement sur le tabac traditionnel.

Les produits de vapotage font donc partie de sa stratégie de diversification.

La Confédération demande un cadre réglementaire stable et souhaite être associée aux décisions concernant ces produits.

L’enjeu est économique.

Mais il est aussi sanitaire.

La réglementation doit éviter que de nouveaux produits nicotiniques deviennent une porte d’entrée vers la dépendance, notamment chez les jeunes.

Les pouvoirs publics ont déjà interdit les cigarettes électroniques jetables et renforcé plusieurs restrictions.

Les buralistes cherchent donc à obtenir de la visibilité sur les produits qu’ils pourront vendre dans les prochaines années.

Pour un commerçant qui investit dans l’aménagement de son point de vente, cette visibilité réglementaire devient essentielle.

La mobilisation entre aussi dans la campagne présidentielle

La question fiscale prend enfin une dimension politique.

Marine Le Pen a apporté son soutien au mouvement dans une lettre ouverte publiée dimanche.

La candidate du Rassemblement national à la présidentielle de 2027 défend le gel des taxes sur le tabac et présente les buralistes comme un maillon important de la vie économique et sociale des communes.

Le gouvernement n’a, à ce stade, pas annoncé qu’il accepterait les revendications de la profession.

Une question parlementaire publiée le 3 septembre demande justement à Bercy de préciser sa stratégie concernant la fiscalité, la lutte contre les trafics et l’accompagnement économique du réseau.

Elle était encore en attente de réponse au moment de sa dernière mise à jour.

Avec le budget 2027 puis la présidentielle qui approche, le sujet risque donc de devenir politique.

Business Times avait déjà montré à quel point la fiscalité et la stabilité des règles figuraient parmi les principales préoccupations des dirigeants dans la campagne présidentielle. À lire sur Business Times : les choix économiques des candidats pour 2027

Mobilisation des buralistes : le gel fiscal est-il vraiment la solution ?

La réponse n’est finalement pas aussi évidente qu’elle peut le sembler.

Les arguments des professionnels reposent sur de vraies difficultés.

Les volumes légaux diminuent rapidement.

La contrebande existe à grande échelle.

Les commerces frontaliers sont particulièrement exposés.

Et les buralistes jouent parfois un rôle important dans les communes où d’autres commerces ont disparu.

Mais l’argument inverse possède lui aussi des bases solides.

Le tabagisme quotidien a fortement reculé.

Le prix constitue l’un des instruments qui ont participé à cette évolution.

Le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France et provoque environ 75 000 décès chaque année, selon le ministère de la Santé.

Revenir durablement sur la fiscalité ne peut donc pas être uniquement une décision économique.

L’enjeu pourrait être moins de choisir entre santé et commerce que de changer de modèle

Le véritable compromis pourrait se trouver ailleurs.

Continuer à réduire la consommation de cigarettes tout en accélérant la transformation économique des buralistes.

Le réseau l’a déjà commencé.

Services bancaires.

Jeux.

Colis.

Presse.

Vape.

Café.

Services de proximité.

Certains points de vente ressemblent désormais davantage à des commerces multiservices qu’aux bureaux de tabac traditionnels.

Cette diversification pourrait devenir la véritable condition de survie du réseau.

Car même si l’État décidait de geler temporairement la fiscalité, la tendance de fond ne disparaîtrait pas.

La France compte moins de fumeurs.

Les jeunes générations fument moins de cigarettes traditionnelles.

Et l’objectif public reste de poursuivre cette baisse.

Les buralistes doivent donc réussir une transformation assez singulière : continuer à exister alors que le produit qui a construit leur métier est appelé à occuper une place de plus en plus réduite dans leur chiffre d’affaires.

C’est finalement ce que révèle la mobilisation de septembre.

Derrière le débat sur quelques dizaines de centimes supplémentaires par paquet se joue l’avenir de 22 500 commerces.

Le gouvernement devra arbitrer entre fiscalité, santé publique, lutte contre les trafics et maintien du commerce de proximité.

Pour les buralistes, le rendez-vous décisif sera vendredi à Vernon.

Pour l’État, il arrivera surtout quelques semaines plus tard, lorsque les arbitrages du budget 2027 devront dire si la « spirale fiscale » dénoncée par la profession continue ou marque une pause.