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Retraite : le bonus de 10 % pour trois enfants dans le viseur du gouvernement, qui pourrait perdre ?

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Les parents d’au moins trois enfants bénéficient aujourd’hui d’une majoration de 10 % de leur pension de retraite. Le gouvernement souhaite revoir ce mécanisme dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027. Il estime que le système actuel profite financièrement davantage aux hommes. Parmi les pistes étudiées figure son remplacement par un forfait de 125 euros par mois. Cette réforme pourrait favoriser certaines petites pensions, mais réduire sensiblement le montant perçu par les retraités disposant des pensions les plus élevées.

Retraite : le bonus de 10 % pour trois enfants dans le viseur du gouvernement, qui pourrait perdre ?

C’est un avantage dont profitent depuis longtemps des millions de parents.

Lorsqu’un assuré du régime général a eu ou élevé au moins trois enfants, l’Assurance retraite augmente automatiquement sa pension de base de 10 %.

Le père comme la mère peuvent profiter de cette majoration.

Mais cette règle pourrait changer.

Invité de Franceinfo ce mardi 1er septembre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé que l’exécutif travaillait sur une réforme des droits familiaux dans le cadre du prochain budget de la Sécurité sociale.

Son raisonnement tient en quelques mots : puisque les hommes perçoivent en moyenne des pensions plus élevées, une majoration proportionnelle de 10 % leur rapporte mécaniquement davantage.

Pourquoi le gouvernement veut modifier le système

Le calcul reste très simple.

Un retraité qui perçoit une pension de 1 000 euros reçoit actuellement 100 euros supplémentaires.

Pour une pension de 2 000 euros, le bonus atteint 200 euros.

À 3 000 euros, il grimpe à 300 euros.

Pourtant, le nombre d’enfants reste identique.

Jean-Pierre Farandou considère donc que le dispositif actuel corrige mal les conséquences de la parentalité sur les carrières professionnelles.

Selon son cabinet, les hommes captent aujourd’hui environ les deux tiers de l’effort de solidarité consacré à cette majoration pour les familles nombreuses, alors que le nombre de pères et de mères qui en profitent reste proche.

Les statistiques de la Drees permettent de comprendre cette différence.

En 2024, la pension moyenne de droit direct des femmes retraitées vivant en France restait 36 % inférieure à celle des hommes, avant la prise en compte de la majoration pour trois enfants.

Ce bonus reproduit donc en partie cet écart.

Plus la pension de départ est élevée, plus le montant supplémentaire augmente.

Un forfait de 125 euros figure parmi les pistes

À ce stade, aucun dispositif définitif n’a été arrêté.

Une piste précise existe toutefois déjà.

À la demande du Premier ministre, l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales ont étudié les droits familiaux liés à la retraite.

Leur rapport propose de remplacer la majoration proportionnelle par un forfait de 125 euros par mois.

Deux objectifs justifient cette proposition.

D’une part, les auteurs veulent rendre le système plus redistributif. D’autre part, ils cherchent à mieux équilibrer les avantages entre hommes et femmes.

Selon leurs estimations, une telle réforme pourrait également générer jusqu’à 1,1 milliard d’euros d’économies à l’horizon d’une dizaine d’années.

Attention toutefois : le montant de 125 euros reste aujourd’hui une proposition de l’IGF et de l’Igas.

Jean-Pierre Farandou n’a pas annoncé que l’exécutif retiendrait cette somme.

Son cabinet précise d’ailleurs que les arbitrages ne sont pas encore terminés.

Avec 125 euros, le seuil se situerait autour de 1 250 euros

Si cette piste voyait finalement le jour, le calcul deviendrait relativement simple.

Sur la partie de pension qui bénéficie aujourd’hui de la majoration de 10 %, le point d’équilibre se situerait autour de 1 250 euros par mois.

Sous ce montant, le forfait deviendrait plus avantageux.

Au-delà, le retraité commencerait à perdre par rapport au système actuel.

Quelques exemples permettent de mieux comprendre.

Une pension de 900 euros ouvre actuellement droit à un bonus de 90 euros. Avec un forfait à 125 euros, le retraité gagnerait donc 35 euros supplémentaires.

Pour 1 250 euros de pension, les deux systèmes aboutiraient au même montant : 125 euros.

Un retraité percevant 2 000 euros reçoit aujourd’hui 200 euros de majoration. Le passage au forfait lui ferait perdre 75 euros par mois.

Enfin, une pension de 3 000 euros donne actuellement droit à 300 euros supplémentaires. Dans ce cas, l’écart atteindrait 175 euros par mois.

Ces exemples simplifient volontairement la situation.

Les régimes complémentaires et certains régimes publics appliquent leurs propres règles. L’exécutif n’a pas encore précisé comment il articulerait une éventuelle réforme avec l’ensemble de ces dispositifs.

Il ne faut donc pas appliquer automatiquement le seuil de 1 250 euros à l’intégralité de toutes les retraites françaises.

Les pensions élevées seraient les principales perdantes

Le caractère redistributif d’un forfait n’est pas une idée nouvelle.

La Drees avait déjà simulé plusieurs scénarios de réforme à la demande du Conseil d’orientation des retraites.

Dans l’hypothèse d’un remplacement de la majoration proportionnelle par un montant forfaitaire, la quasi-totalité des parents appartenant aux 40 % de retraités disposant des pensions les plus modestes y gagneraient.

À l’autre extrémité, presque tous les parents appartenant aux 40 % des pensions les plus élevées y perdraient.

Le problème du système actuel tient donc moins à l’existence du bonus qu’à sa méthode de calcul.

Un avantage exprimé en pourcentage verse mécaniquement davantage d’euros aux personnes qui disposent déjà des pensions les plus importantes.

Les associations familiales contestent déjà le projet

La perspective d’une réforme inquiète plusieurs associations.

Familles de France estime notamment que la majoration actuelle reconnaît l’effort financier consenti pendant de nombreuses années par les familles nombreuses.

Élever trois enfants ou davantage entraîne évidemment des dépenses importantes.

Certains parents réduisent aussi leur activité professionnelle, renoncent à des promotions ou consacrent moins d’argent à leur épargne.

Les associations craignent donc que l’exécutif transforme les familles nombreuses en variable d’ajustement du budget 2027.

Le contexte démographique rend également le débat sensible.

Depuis plusieurs années, la France connaît une baisse de la natalité. Parallèlement, les pouvoirs publics affirment vouloir soutenir davantage les familles.

Réduire certains avantages familiaux pourrait donc sembler contradictoire avec cet objectif.

Le sujet ne concerne pas uniquement les pères

Jean-Pierre Farandou a beaucoup insisté sur les hommes.

Mais juridiquement, la majoration actuelle profite aux deux parents.

Une mère comme un père ayant eu ou élevé au moins trois enfants peut toucher le bonus de 10 %.

Les femmes bénéficient donc elles aussi du dispositif.

La différence porte surtout sur le montant.

Comme leurs pensions restent en moyenne plus faibles, une majoration de 10 % leur rapporte mécaniquement moins d’euros.

Le Conseil d’orientation des retraites souligne depuis plusieurs années ce paradoxe : le dispositif bénéficie financièrement davantage aux hommes alors que les carrières féminines subissent généralement plus fortement les conséquences de la naissance et de l’éducation des enfants.

D’autres changements favorables aux mères entrent justement en vigueur

Le calendrier mérite aussi l’attention.

Au moment où ce nouveau chantier s’ouvre, d’autres dispositions améliorent la prise en compte de la maternité et des enfants dans le calcul des retraites.

De nouvelles règles facilitent notamment la prise en compte de certaines périodes liées à la parentalité dans les carrières longues et dans le calcul des droits.

Une orientation générale commence donc à apparaître.

Les pouvoirs publics semblent vouloir mieux cibler les avantages familiaux vers les personnes dont la carrière a réellement subi les conséquences de la parentalité, plutôt que conserver uniquement des bonus proportionnels au montant de la pension.

Pour les cadres, l’enjeu peut représenter plusieurs milliers d’euros par an

C’est probablement l’un des aspects les plus importants pour les lecteurs de Business Times.

Les cadres ayant élevé trois enfants et disposant d’une pension relativement élevée pourraient figurer parmi les principales personnes concernées par une forfaitisation.

Reprenons notre exemple simplifié d’une majoration qui passerait de 300 euros à 125 euros par mois.

L’écart atteindrait 175 euros chaque mois, soit 2 100 euros par an.

Sur vingt années de retraite, sans même intégrer les éventuelles revalorisations, cela représente plus de 40 000 euros.

Les futurs retraités concernés devront donc suivre attentivement les arbitrages du budget 2027.

Ces décisions peuvent modifier sensiblement leurs projections de revenus.

Business Times avait déjà montré l’ampleur de la défiance envers le système : 76 % des actifs interrogés avaient le sentiment de cotiser pour un régime dont ils ne bénéficieraient pas pleinement à l’avenir.

À lire sur Business Times : Retraites, 76 % des actifs français ne croient plus au système par répartition

Rien n’a encore changé pour les retraités

C’est le point essentiel à retenir.

La majoration de 10 % existe toujours.

Les retraités qui remplissent actuellement les conditions continuent à la percevoir selon les règles en vigueur.

Pour l’instant, le forfait de 125 euros reste une hypothèse de travail.

L’IGF et l’Igas ont formulé cette proposition dans leur rapport, tandis que Jean-Pierre Farandou a confirmé la volonté d’ouvrir une réforme dans le cadre du prochain budget de la Sécurité sociale.

Les discussions commenceront réellement avec la présentation du PLFSS 2027.

Plusieurs scénarios restent donc envisageables.

L’exécutif peut maintenir le système actuel. Une autre possibilité consisterait à introduire un forfait. Un plafonnement pourrait également voir le jour, voire une formule différente selon les revenus ou la situation familiale.

Mais le sens du débat apparaît désormais clairement.

Après l’âge de départ et la durée de cotisation, un nouveau chantier s’ouvre autour des avantages familiaux accordés aux retraités.

Cette fois, une réforme présentée au nom d’une meilleure égalité entre femmes et hommes pourrait surtout tracer une nouvelle frontière entre petites et grosses pensions.