La monétisation des parkings d’entreprise commence à devenir un vrai sujet pour les directions générales et immobilières. Pendant longtemps, le parking était simplement considéré comme une dépense. Une surface à entretenir, éclairer, sécuriser et, de plus en plus souvent, équiper de bornes électriques.
Avec le travail hybride et la montée de la mobilité électrique, cette logique évolue.
Sharvy veut justement profiter de cette transformation. L’entreprise française lance une nouvelle fonction permettant à ses clients de facturer l’utilisation de leurs places de stationnement et de leurs bornes de recharge.
Derrière cette nouveauté se cache un sujet beaucoup plus large pour les dirigeants. Peut-on transformer une infrastructure jusque-là considérée comme un centre de coûts en véritable actif économique ?
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La question mérite d’être posée. Entre les places inutilisées certains jours, les investissements liés à l’électrification et l’évolution des usages au bureau, beaucoup d’entreprises commencent désormais à regarder leurs mètres carrés autrement.
La monétisation des parkings d’entreprise répond au travail hybride
Le développement du travail hybride a profondément changé la façon dont les entreprises utilisent leurs locaux.
Un collaborateur présent trois jours sur cinq n’utilise plus en permanence son bureau. Il en va de même pour sa place de stationnement.
Cette évolution pousse les entreprises à mieux mesurer l’utilisation réelle de leurs actifs immobiliers. Dans certains cas, une place de parking peut rester vide plusieurs jours dans la semaine alors que son coût, lui, reste inchangé.
Business Times s’est déjà intéressé à cette transformation des espaces de travail. L’essor du télétravail oblige notamment les entreprises à repenser l’utilité de leurs bureaux et les services proposés aux salariés.
À lire sur Business Times : Le bureau ne répond plus aux nouvelles réalités du travail
Le parking suit exactement la même logique. L’enjeu n’est plus seulement de disposer de suffisamment de places, mais de savoir quand elles sont réellement occupées et par qui.
C’est précisément sur cette évolution que Sharvy s’est positionnée.
Créée en 2018, l’entreprise développe une plateforme permettant de gérer les parkings, bureaux et autres ressources partagées. Sharvy revendique aujourd’hui plus de 100 000 utilisateurs actifs. Dans un communiqué publié fin 2025, la société indiquait également que sa solution était utilisée dans plus de 250 entreprises.
Avec sa nouvelle fonction, elle ajoute désormais une dimension financière à cette gestion.
Parking et recharge : plusieurs modèles de facturation possibles
Concrètement, une entreprise utilisant Sharvy peut mettre en place différentes règles de tarification.
Un collaborateur disposant d’une place attitrée ne sera pas nécessairement traité comme un visiteur. Un véhicule de service pourra également faire l’objet de règles différentes d’un véhicule personnel.
Même logique pour les ressources disponibles.
Une place de voiture classique, une place réservée aux deux-roues ou une place équipée d’une borne électrique peuvent être associées à des tarifs différents.
Pour la recharge électrique, la facturation peut notamment dépendre de la consommation ou des règles décidées par l’entreprise.
Pour Sharvy, la monétisation des parkings d’entreprise peut donc prendre plusieurs formes. L’objectif n’est pas nécessairement de faire payer tous les salariés. Chaque société peut définir sa propre politique selon son organisation, ses coûts et les publics concernés.
La plateforme doit également permettre d’automatiser une partie de la facturation grâce à une intégration avec Stripe Connect, selon les informations communiquées par Sharvy.
L’utilisateur renseigne son moyen de paiement dans l’application. Les sommes peuvent ensuite être prélevées selon les modalités définies par l’entreprise.
Pour une direction immobilière ou les services généraux, le changement est important. Il devient possible d’associer une utilisation précise à une transaction, puis d’en mesurer les revenus.
Les bornes de recharge changent l’économie du parking d’entreprise
Cette évolution intervient alors que la recharge électrique prend une place croissante dans la mobilité professionnelle.
Au 31 août 2026, la France comptait 200 926 points de recharge ouverts au public, soit une progression de 13 % sur un an, selon le baromètre réalisé par Avere-France avec le ministère de la Transition écologique à partir des données de Gireve.
Le réseau public ne représente toutefois qu’une partie du marché.
Pour les flottes professionnelles, la recharge sur le lieu de travail reste particulièrement logique. Un véhicule peut y stationner plusieurs heures. Il est donc possible de profiter de cette immobilisation pour le recharger sans perturber son utilisation.
Business Times avait déjà consacré un entretien à Bump, spécialiste des solutions de recharge destinées notamment aux entreprises. L’entreprise y expliquait que l’électrification des flottes oblige désormais les gestionnaires à raisonner en coût total de possession, mais aussi à optimiser le moment et le lieu des recharges.
À lire également : Bump, un acteur engagé dans la transition énergétique de la mobilité
La fiscalité des flottes participe aussi à cette transformation.
Business Times a récemment analysé les conséquences de la réforme de l’avantage en nature des véhicules de fonction et de la loi de finances 2026 sur les arbitrages des entreprises.
À lire : Voiture de fonction : un an après, la réforme qui a rebattu les cartes
Et aussi : Loi de finances 2026 : une pression fiscale accrue sur les flottes automobiles d’entreprise
Recharge au travail : un régime favorable jusqu’à fin 2027
Un point du communiqué de Sharvy mérite toutefois d’être corrigé.
Le régime actuel ne court pas jusqu’à fin 2028.
L’arrêté du 25 février 2025 prévoit que, du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2027, l’utilisation privée par un salarié d’une borne de recharge installée sur son lieu de travail donne lieu à un avantage en nature évalué à zéro. Cette règle comprend également les frais d’électricité.
Autrement dit, un employeur peut aujourd’hui prendre en charge la recharge d’un salarié sur le lieu de travail sans que cela génère, dans ce cadre, un avantage en nature soumis aux cotisations.
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les entreprises choisiront la gratuité.
Certaines peuvent vouloir distinguer les véhicules professionnels des véhicules personnels. D’autres peuvent préférer faire payer les visiteurs, prestataires ou utilisateurs extérieurs.
D’autres, enfin, peuvent simplement vouloir disposer d’un outil opérationnel au cas où le cadre fiscal évoluerait après 2027.
C’est dans ce contexte que la possibilité de gérer plusieurs profils de facturation peut devenir intéressante.
Parking d’entreprise : ce que la réglementation impose depuis 2025
Le cadre réglementaire mérite également d’être précisé.
Contrairement à ce que suggère le communiqué, il n’existe pas une obligation générale imposant depuis 2025 une borne à tous les parkings de plus de dix places.
Depuis le 1er janvier 2025, les bâtiments non résidentiels disposant d’un parking de plus de vingt emplacements doivent en principe être équipés d’au moins un point de recharge pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables.
Le Code de la construction prévoit ensuite un point supplémentaire par tranche de vingt emplacements supplémentaires. Des adaptations existent lorsque les travaux nécessaires sur le réseau électrique deviennent particulièrement importants.
Ces règles montrent bien que la borne électrique devient progressivement un équipement classique de l’immobilier tertiaire.
La question commence donc à évoluer.
Pendant plusieurs années, les dirigeants se demandaient essentiellement s’ils devaient installer des bornes.
Demain, la question sera davantage : comment les exploiter, les superviser et les financer ?
Cette tendance se retrouve déjà chez les professionnels du secteur.
Le site Voiries et Réseaux, autre titre de notre maison d’édition, vient par exemple de revenir sur l’acquisition d’ELTO France par Sogetrel. L’opération permet à Sogetrel d’aller au-delà de la simple installation de bornes et de développer leur exploitation et leur supervision.
À lire sur Voiries et Réseaux : Sogetrel devient opérateur de bornes de recharge avec ELTO France
Monétiser les places extérieures : attention au bail
La technologie permet éventuellement d’ouvrir certaines places inutilisées à d’autres utilisateurs.
Mais là encore, une entreprise ne peut pas nécessairement décider seule de transformer son parking en activité locative.
La situation dépend notamment de la propriété du bâtiment et des clauses du bail.
Dans le cadre d’un bail commercial, le Code de commerce prévoit que la sous-location totale ou partielle est interdite, sauf clause contraire du bail ou accord du propriétaire.
Une entreprise souhaitant ouvrir des places à des personnes extérieures devra donc regarder plusieurs sujets : contrat de location, assurances, accès au site, sécurité ou encore fiscalité.
Le logiciel peut automatiser le paiement. Il ne règle pas, à lui seul, ces questions juridiques.
Le vrai sujet : combien rapporte chaque mètre carré ?
La monétisation des parkings d’entreprise ne sera évidemment pas pertinente partout.
Tout dépend du taux d’occupation, de l’emplacement du site, du nombre de collaborateurs, des coûts d’exploitation et de la possibilité d’accueillir des utilisateurs extérieurs.
Mais le changement de logique est intéressant.
Le parking n’est plus uniquement une infrastructure nécessaire au fonctionnement du bâtiment. Dans certaines entreprises, il peut progressivement devenir un service mesurable, partageable et éventuellement facturable.
Cette évolution rejoint d’ailleurs une réflexion plus générale sur l’immobilier de bureau.
Les entreprises cherchent désormais à utiliser leurs mètres carrés de manière plus flexible. Un bureau vide coûte de l’argent. Une place inutilisée aussi.
Le défi consiste donc moins à multiplier les surfaces qu’à mieux exploiter celles qui existent déjà.
Pour Sharvy, cette évolution représente une nouvelle étape : passer de l’optimisation de l’usage à la mesure de sa valeur économique.
Pour les dirigeants, la vraie question sera plus terre à terre.
Une fois les coûts de l’électricité, de la maintenance, de l’immobilier et du logiciel pris en compte, combien une place de parking peut-elle réellement rapporter ?
C’est probablement à cette condition que la monétisation cessera d’être une simple fonctionnalité technologique pour devenir un véritable outil de gestion.
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