Le voyage en train a beaucoup changé en dix ans. Pas forcément une fois installé dans le wagon. C’est surtout tout ce qui précède le départ qui s’est transformé.
Applications mobiles, comparaison des tarifs, alertes, billets dématérialisés, choix des horaires en fonction du prix : le voyageur est devenu beaucoup plus autonome.
À l’occasion de ses dix ans en France, Trainline a demandé à l’IFOP de regarder comment les Français vivent cette évolution. L’étude a été réalisée en ligne les 29 et 30 juillet 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus.
Le résultat le plus spectaculaire concerne les habitudes de réservation. 91 % des voyageurs interrogés déclarent avoir changé au moins une de leurs pratiques au cours des dix dernières années.
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Mais derrière cette digitalisation massive apparaît une attente presque inverse : lorsqu’ils imaginent le train de demain, les Français ne réclament pas forcément davantage de technologie.
Ils veulent aussi retrouver de l’humain.
Le voyage en train séduit particulièrement les 18-24 ans
L’un des enseignements les plus intéressants concerne les jeunes.
Selon l’étude IFOP pour Trainline, 57 % des 18-24 ans déclarent préférer le train lorsqu’ils ont le choix entre plusieurs modes de transport. Dans l’ensemble de la population, cette proportion tombe à 37 %.
Ce n’est donc pas seulement une question de contrainte ou de prix.
Chez les jeunes interrogés, 66 % associent au moins une émotion positive au voyage ferroviaire. La liberté arrive en tête. Certains vont même jusqu’à rattacher le train à une forme d’imaginaire : 36 % des 18-24 ans disent avoir déjà eu l’impression de vivre une scène de film ou de roman dans une gare ou à bord.
Mais il ne faut pas en conclure que cette génération passe son trajet à regarder le paysage.
Près d’un jeune sur quatre utilise prioritairement ce temps pour être productif.
Le train réussit donc quelque chose d’assez rare : il peut être à la fois un moyen de déplacement, un espace de travail et une parenthèse dans la journée.
Pour les entreprises, ce point n’est pas anodin. Le temps de transport ferroviaire peut aussi devenir du temps utile lorsqu’un collaborateur se déplace pour un rendez-vous, un salon ou une réunion.
Business Times s’était d’ailleurs intéressé à cette évolution avec la montée en gamme de l’offre professionnelle de la SNCF en 2026. L’opérateur cherche notamment à mieux répondre aux voyageurs d’affaires avec ses offres Optimum et Optimum+. SNCF : hausse des prix des TGV en 2026 et montée en gamme avec Optimum
Les Français veulent profiter du trajet
Autre enseignement : le train ne semble pas totalement avoir cédé à l’obsession de la productivité.
45 % des Français interrogés préfèrent profiter du trajet sans chercher à travailler ou à avancer sur leurs tâches. À l’inverse, seuls 10 % déclarent vouloir avant tout utiliser ce temps pour être productifs.
Chez les personnes ayant pris le train au cours de l’année, la proportion de voyageurs privilégiant cette forme de déconnexion atteint même 53 %.
Ce résultat mérite qu’on s’y attarde.
Smartphone, ordinateur, visioconférences, notifications… Les temps morts ont presque disparu de nos journées. Le train semble encore conserver un statut particulier.
On peut travailler, bien sûr. Mais on peut aussi ne rien faire.
Regarder défiler le paysage reste d’ailleurs une expérience très répandue : 60 % des personnes interrogées disent l’avoir déjà fait avec un sentiment de nostalgie.
C’est une information qui intéresse directement les opérateurs. La qualité d’un voyage ne dépend donc pas uniquement du Wi-Fi, de la vitesse ou des fonctionnalités disponibles dans une application.
Le confort compte. Le calme aussi.
Réservation numérique : les voyageurs sont devenus plus stratèges
En revanche, avant de monter dans le train, les habitudes ont clairement changé.
Les voyageurs comparent davantage. Ils réservent en ligne et adaptent plus facilement leurs horaires au prix proposé.
Trainline indique également que, sur ses propres canaux, la part de l’application dans les réservations est passée de 63 % en 2023 à 71 % en 2026. Il s’agit toutefois de données propres à la plateforme et non d’une mesure de l’ensemble du marché français. Le communiqué le précise lui-même.
Le billet de train devient donc un produit que le client arbitre.
Partir une heure plus tôt peut réduire le prix. Changer d’opérateur aussi. Et la multiplication des offres rend cette comparaison de plus en plus importante.
Cette évolution accompagne l’ouverture progressive du marché ferroviaire français.
L’Autorité de régulation des transports estime que la fréquentation ferroviaire française a atteint 118 milliards de voyageurs-kilomètres en 2025, soit 4 % de plus qu’en 2024. Il s’agit du quatrième record annuel consécutif. Ces chiffres restent provisoires à ce stade.
Le taux d’occupation moyen des trains à grande vitesse domestiques a, lui, atteint environ 77 % en 2025.
Le train attire donc davantage de voyageurs. Le marché devient aussi plus disputé.
La concurrence commence à modifier l’offre et les prix
C’est probablement l’un des sujets économiques les plus intéressants derrière l’étude Trainline.
L’ouverture à la concurrence reste encore limitée à l’échelle nationale. Selon l’ART, les opérateurs alternatifs ne représentent qu’environ 2 % du marché ferroviaire français de voyageurs en 2025.
Mais sur certaines lignes, l’effet devient beaucoup plus visible.
Sur Paris-Lyon et Paris-Marseille, l’arrivée de nouveaux opérateurs s’est accompagnée d’une augmentation de plus de 20 % des fréquences proposées aux voyageurs. La fréquentation des liaisons domestiques concernées par la concurrence a progressé de plus d’un quart depuis 2019.
Et les prix ?
Là aussi, mieux vaut rester prudent.
Trainline avance dans son étude des baisses beaucoup plus importantes sur certaines lignes. Mais ces chiffres proviennent de ses propres observations.
L’Autorité de régulation des transports fournit une comparaison plus large : en 2024, le prix moyen sur Paris-Lyon demeurait plus de 10 % inférieur à son niveau de 2019, avant l’arrivée de Trenitalia. Dans le même temps, l’indice général des prix à la consommation avait augmenté.
Autrement dit, la concurrence commence réellement à changer le paysage.
Business Times analyse régulièrement cette nouvelle bataille ferroviaire, notamment autour de la montée en gamme de la SNCF et de l’arrivée de nouveaux opérateurs.
Le sujet concerne aussi directement les entreprises. Les déplacements professionnels restent un poste stratégique : selon une étude relayée par Business Times, 45 % des entreprises interrogées prévoyaient d’augmenter leur budget voyages d’affaires en 2026. Voyages d’affaires 2026 : près d’une entreprise sur deux prévoit d’augmenter ses budgets
Le train de demain ? Pas forcément plus automatisé
Et c’est ici que l’étude devient presque paradoxale.
Les voyageurs utilisent de plus en plus les outils numériques pour réserver. Pourtant, ils ne veulent pas nécessairement retrouver cette automatisation partout.
63 % des Français interrogés préféreraient davantage de présence humaine en gare et à bord. Seulement 20 % privilégieraient davantage d’automatisation.
Même constat lorsqu’on leur demande d’imaginer le train du futur.
54 % préfèrent un train inspiré des voyages d’autrefois, avec davantage d’élégance et de confort. Seulement 23 % privilégient une vision très futuriste du rail.
Les voyageurs réguliers ont toutefois des attentes différentes. Le communiqué indique qu’ils sont davantage attirés par l’automatisation et une vision plus technologique du train. Cette population comprend aussi davantage de voyageurs professionnels.
Pour les acteurs de la mobilité, le message paraît assez clair.
Digitaliser la réservation, oui.
Supprimer tous les contacts humains, probablement pas.
Le vrai enjeu : rendre la technologie presque invisible
C’est peut-être la principale leçon de ces dix dernières années.
Le voyage en train s’est considérablement digitalisé sans que les voyageurs souhaitent pour autant transformer leur déplacement en expérience entièrement automatisée.
Ils veulent trouver un billet rapidement. Comparer les prix. Modifier une réservation facilement. Être informés lorsqu’un problème survient.
Mais lorsqu’ils arrivent en gare ou montent à bord, leurs attentes changent.
Ils veulent du confort. Une information claire. Et parfois quelqu’un à qui parler lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
Cette tension entre technologie et service humain dépasse largement le ferroviaire.
Banque, assurance, commerce, hôtellerie ou transport : les entreprises cherchent toutes à automatiser davantage leur relation client. L’étude Trainline rappelle pourtant une règle simple.
Le client apprécie la technologie lorsqu’elle lui fait gagner du temps.
Beaucoup moins lorsqu’elle l’oblige à se débrouiller seul.
Pour suivre plus largement les transformations du marché ferroviaire, notre autre titre Infra360 analyse régulièrement l’ouverture à la concurrence, les infrastructures et les investissements du secteur. Infra360 : la FIF pointe les défis à relever pour développer davantage le train
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