Le programme DETECSEPS va évaluer en France un outil de triage du sepsis auprès de 1 000 patients, avec un financement public de 6,3 millions d’euros. AP-HP, les Hospices Civils de Lyon, IDS France et VolitionRx associent un score clinique, un biomarqueur sanguin et un automate. Cependant, l’étude ne garantit ni l’efficacité du parcours ni son adoption par les hôpitaux. Pour VolitionRx, l’enjeu arrive alors que sa trésorerie reste sous forte tension et que l’entreprise convertit une partie de sa dette en actions.

Programme DETECSEPS : VolitionRx joue gros sur le sepsis

Le gouvernement français finance DETECSEPS à hauteur de 6,3 millions d’euros. Le consortium réunit l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, les Hospices Civils de Lyon, IDS France et VolitionRx. L’IHU Sepsis, dirigé par le professeur Djillali Annane à l’hôpital Raymond-Poincaré, a lancé l’initiative.

Les équipes incluront 1 000 patients qui arrivent aux urgences avec une infection suspectée. Elles chercheront à distinguer rapidement les personnes exposées à une évolution grave de celles qui pourraient rentrer chez elles. Les services d’urgence de Bichat-Claude-Bernard et d’Ambroise-Paré participent notamment au projet. AP-HP coordonne le consortium et assume la promotion de l’essai clinique, selon le communiqué de VolitionRx.

Le besoin médical est considérable. Une étude publiée dans The Lancet Global Health estime à 166 millions le nombre de cas de sepsis en 2021. Elle recense aussi 21,4 millions de décès associés au sepsis cette année-là. Cette formulation compte : l’étude mesure des décès liés au sepsis, pas uniquement des morts dont il constituerait l’unique cause. Le résumé institutionnel de Public Health Scotland détaille cette méthode.

Un outil de triage, pas encore une preuve clinique

DETECSEPS combine trois éléments. D’abord, le score NEWS2 mesure plusieurs constantes vitales. Ensuite, le test Nu.Q NETs H3.1 de VolitionRx quantifie un biomarqueur lié à la NETose, un mécanisme de défense immunitaire. Enfin, l’automate IDS i10 réalise l’analyse.

Cette association vise le triage précoce. Elle ne constitue pas encore un parcours validé pour décider d’une hospitalisation ou d’un retour à domicile. L’étude doit mesurer sa performance dans les conditions réelles des urgences. Elle devra aussi surveiller deux risques opposés : renvoyer trop tôt un patient fragile, ou hospitaliser inutilement une personne à faible risque.

VolitionRx indique que son produit Nu.Q NETs dispose d’un marquage CE. Toutefois, ce marquage ne démontre pas à lui seul l’utilité de l’usage précis étudié par DETECSEPS. Le consortium doit encore établir la valeur clinique du dispositif complet.

Les 6,3 millions d’euros ne sont pas un revenu pour VolitionRx

Le montant annoncé finance l’ensemble du programme. Il ne correspond donc pas à un contrat commercial de 6,3 millions d’euros pour VolitionRx. Au contraire, l’entreprise précise qu’elle fournit gratuitement ses tests pendant l’évaluation. IDS France met aussi son automate à disposition.

Ce choix donne accès à des données cliniques, à des hôpitaux de référence et à un cas d’usage en vie réelle. Il réduit aussi le coût d’expérimentation supporté par la medtech. En revanche, il ne génère pas de ventes immédiates. Le rendement économique dépendra des résultats, des autorisations applicables et de la capacité à convertir l’essai en commandes.

Cette étape rappelle un obstacle fréquent dans la santé numérique et le diagnostic : passer du prototype à l’usage quotidien. Business Times l’avait déjà souligné avec le programme Care Forward, qui ouvre le terrain hospitalier aux startups.

Pour les hôpitaux, la preuve sera aussi organisationnelle

Une bonne performance statistique ne suffira pas. L’outil devra rendre un résultat assez vite pour influencer la décision médicale. Il devra également s’intégrer au laboratoire, au dossier patient et au rythme des urgences. Enfin, les équipes devront savoir interpréter le résultat sans multiplier les examens.

Les promoteurs avancent plusieurs bénéfices possibles : traiter plus tôt les cas graves, éviter certaines hospitalisations et fluidifier les urgences. DETECSEPS devra les chiffrer. Pour un directeur d’hôpital, le dossier d’investissement doit comparer le coût du test, celui de l’automate et le temps gagné. Il doit aussi intégrer les erreurs de triage et les journées d’hospitalisation évitées.

Le déploiement d’une borne de prévention en pharmacie par Tessan illustre la même logique : la technologie crée de la valeur quand elle allège un parcours sans désorganiser les professionnels. Pour DETECSEPS, l’ergonomie du processus comptera presque autant que le biomarqueur.

VolitionRx reste sous forte pression financière

Le lancement scientifique intervient dans un contexte fragile. Au 30 juin 2026, VolitionRx détenait 2,8 millions de dollars de trésorerie et équivalents. Sur le premier semestre, l’entreprise a consommé 10,4 millions de dollars dans ses activités. Elle a réalisé 1,4 million de dollars de chiffre d’affaires, mais affiché une perte nette de 14 millions.

Dans son rapport trimestriel officiel déposé auprès de la SEC, la direction reconnaît un doute substantiel sur la continuité d’exploitation sans nouveaux financements. Elle prévoit d’ailleurs des pertes supplémentaires. Ces éléments ne condamnent pas DETECSEPS, mais ils pèsent sur la capacité du groupe à financer l’industrialisation et la commercialisation.

Le chiffre d’affaires semestriel a doublé par rapport à 2025. Néanmoins, une partie de la hausse vient d’un rattrapage de 0,7 million de dollars lié à un accord antérieur. Les dirigeants et investisseurs doivent donc distinguer le progrès commercial récurrent d’un effet comptable ponctuel.

La conversion de dette en actions dilue le capital

VolitionRx a aussi renforcé son bilan par émission d’actions. Les 2 et 10 septembre 2026, l’entreprise a remis 1 413 450 actions à Lind Global Asset Management XII. Cette opération a éteint 465 000 dollars d’obligations de conversion.

Après ces émissions, VolitionRx comptait 27 903 326 actions en circulation. Les titres nouvellement créés représentent environ 5,1 % de ce total. La conversion réduit la dette exigible, mais elle dilue les actionnaires existants. Le formulaire 8-K du 15 septembre confirme ces chiffres.

Ce mécanisme prolonge une tendance. Au premier semestre, VolitionRx avait déjà émis 1,3 million d’actions au même créancier pour satisfaire 3,7 millions de dollars de remboursements. L’entreprise doit donc arbitrer entre liquidités, endettement et dilution.

Le programme DETECSEPS doit encore devenir un marché

Trois preuves détermineront la suite. D’abord, le test doit améliorer le triage sans dégrader la sécurité des patients. Sur le plan opérationnel, les urgences et les laboratoires doivent obtenir un résultat rapide et reproductible. Enfin, l’outil doit éviter assez de coûts pour justifier son prix et son financement.

Cette dernière étape peut prendre du temps. Même un dispositif performant doit trouver un acheteur, un budget et parfois une prise en charge. Le débat sur les transferts de dépenses entre Assurance-maladie et complémentaires montre d’ailleurs combien le financeur détermine l’accès au marché.

Pour les dirigeants de medtech, DETECSEPS offre ainsi une leçon nette. Un consortium public et des centres hospitaliers reconnus accélèrent la validation. Ils ne remplacent ni le capital, ni la preuve médico-économique, ni l’exécution commerciale. VolitionRx joue donc sur deux calendriers : celui, long, de l’évaluation clinique et celui, beaucoup plus court, de sa trésorerie.