Une trésorerie qui se redresse sans redevenir confortable
Le troisième trimestre apporte un peu d’air aux TPE-PME françaises. Le solde d’opinion sur l’évolution récente de leur trésorerie gagne cinq points et atteint -23. Il s’agit de son meilleur niveau depuis deux ans.
Pour autant, le signal reste fragile. L’indicateur demeure inférieur à sa moyenne de 2018 à 2025, qui s’établissait à -16. Surtout, 35 % des dirigeants interrogés qualifient encore leur niveau de trésorerie de « difficile ».
Ces chiffres proviennent du baromètre trimestriel Bpifrance Le Lab-Rexecode. L’enquête a été menée du 24 août au 3 septembre 2026. La première partie repose sur 1 119 réponses jugées complètes et fiables, auprès de dirigeants d’entreprises marchandes non agricoles de 1 à moins de 250 salariés.
Autre élément : 88 % des répondants estiment leur trésorerie suffisante pour absorber les hausses de coûts liées au conflit au Moyen-Orient. Ce chiffre ne signifie donc pas que 88 % des PME disposent d’une trésorerie confortable en général. Il répond à une question précise sur leur capacité à encaisser ce choc.
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Business Times relevait encore au printemps un signal plus dégradé dans son analyse de la trésorerie des TPE au premier trimestre 2026. Les deux études ne sont pas directement comparables, car leurs échantillons et leurs méthodes diffèrent. Elles montrent néanmoins que l’amélioration récente ne suffit pas encore à parler de normalisation.
L’investissement décroche malgré une trésorerie moins tendue
Le principal signal d’alerte se trouve ailleurs. Seuls 42 % des dirigeants déclarent avoir investi ou prévoir d’investir en 2026. C’est quatre points de moins qu’au trimestre précédent et trois points de moins qu’un an plus tôt.
La différence avec la tendance de long terme est nette. Entre 2018 et 2025, 53 % des dirigeants déclaraient en moyenne vouloir investir dans l’année. Le niveau actuel reste donc inférieur de plus de dix points.
Parmi les entreprises qui envisagent d’investir, 37 % prévoient de réduire leur budget, contre 16 % qui comptent l’augmenter. Le renouvellement du matériel et la modernisation des installations restent les premiers motifs d’investissement. En revanche, seuls 29 % citent l’augmentation des capacités de production, contre 35 % en moyenne historique.
Le problème n’est pas seulement financier. Selon l’enquête, 59 % des dirigeants ayant des projets d’investissement envisagent de les reporter ou de les annuler en raison de l’incertitude liée à la politique économique. Cette proportion reste élevée, même si elle recule par rapport aux 66 % observés un an auparavant.
Le premier frein est désormais la demande, pas le crédit
Pour un dirigeant, c’est probablement le point le plus important du baromètre. Le manque de débouchés est cité comme principal frein à la croissance par 64 % des répondants. Les difficultés de recrutement arrivent loin derrière, à 36 %, puis les coûts et prix élevés à 27 %.
L’incertitude joue également un rôle très fort. 92 % des dirigeants interrogés déclarent qu’elle a un impact négatif sur leur activité, dont 58 % un impact qu’ils qualifient de fort. Dans une question ouverte, l’incertitude politique nationale, les tensions géopolitiques et la faiblesse de la demande ressortent comme les trois risques les plus fréquemment cités.
En parallèle, le recours au crédit diminue. Le baromètre indique que 60 % des entreprises ont eu recours au crédit pour financer leur exploitation courante, contre 68 % en moyenne entre 2018 et 2025. Parmi les entreprises qui investissent, 70 % recourent au crédit, contre 77 % en moyenne historique.
Pour autant, cela ne signifie pas que les banques auraient fermé le robinet. Les dernières données disponibles de la Banque de France sur l’accès des entreprises au crédit montrent qu’au deuxième trimestre, 96 % des PME ayant demandé un crédit d’investissement ont obtenu au moins 75 % du montant souhaité. Le taux atteint 83 % pour les crédits de trésorerie.
Les deux enquêtes ne mesurent pas exactement la même chose. Cependant, prises ensemble, elles suggèrent que le frein principal vient aujourd’hui moins d’un rationnement généralisé du crédit que d’une prudence accrue des dirigeants face à la demande et à l’incertitude.
Facturation électronique : 91 % se disent prêts à recevoir
Le baromètre comporte aussi un focus sur la facturation électronique, entrée dans sa première phase le 1er septembre 2026.
À la veille de l’échéance, 91 % des TPE-PME interrogées se déclaraient capables de recevoir des factures électroniques. Parmi les 9 % qui ne l’étaient pas encore, 21 % pensaient être prêts avant fin septembre. En revanche, 79 % estimaient avoir besoin de davantage de temps.
Pour l’émission, l’échéance est différente. Les TPE et PME disposent jusqu’au 1er septembre 2027. Au moment de l’enquête, 44 % déclaraient déjà pouvoir émettre des factures électroniques. Par ailleurs, 46 % pensaient être prêts d’ici septembre 2027, tandis que 9 % anticipaient un retard supplémentaire.
Le calendrier officiel est détaillé par la Direction générale des Finances publiques. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et ETI doivent déjà les émettre. Les PME et micro-entreprises basculeront à leur tour pour l’émission en septembre 2027.
Business Times avait détaillé cette première étape dans son guide sur ce qui change depuis le 1er septembre 2026. L’entretien avec Sébastien Rabineau, responsable de la mission Facturation électronique à la DGFiP, permet également de comprendre la logique de fond de la réforme.
Se dire prêt ne signifie pas que tout est déjà opérationnel
Le taux de 91 % doit néanmoins être lu avec prudence. Il s’agit d’une déclaration des dirigeants, et non d’un contrôle de conformité.
Le ministère de l’Économie indiquait le 1er septembre que 66 % des entreprises de son « cœur de cible » avaient effectivement choisi leur plateforme agréée et que plus de quatre millions d’entreprises avaient désigné une adresse de réception. Ces indicateurs ne recouvrent pas exactement la question posée par Bpifrance et Rexecode.
Il n’y a donc pas nécessairement contradiction entre les deux chiffres. Une entreprise peut se considérer prête parce que son expert-comptable ou son logiciel gère la transition, sans que les indicateurs administratifs utilisés par le ministère soient strictement identiques.
La réforme reste davantage perçue comme une contrainte
La préparation technique ne signifie pas non plus que les dirigeants soient convaincus.
Huit dirigeants sur dix identifient au moins un frein ou un inconvénient. Le coût des solutions arrive en tête, cité par 42 % des répondants. Viennent ensuite le choix du bon prestataire, à 37 %, le manque de temps à 27 %, la complexité technique à 23 % et le risque de cybersécurité à 21 %.
Par conséquent, 76 % déclarent avoir eu besoin ou devoir encore avoir besoin d’un accompagnement. La demande porte surtout sur l’assistance technique, citée par 46 %, et la formation, à 31 %.
Pour autant, la perception n’est pas totalement négative. 52 % voient au moins un avantage à la réforme. Le gain de temps administratif arrive en tête, devant une meilleure traçabilité. En outre, 18 % espèrent une réduction des retards de paiement.
Le paradoxe est intéressant : 38 % considèrent globalement la réforme comme une contrainte, contre seulement 21 % comme une opportunité. En revanche, parmi les entreprises qui l’avaient adoptée avant même de connaître l’obligation, 33 % la voient comme une opportunité et 23 % comme une contrainte.
Pour les dirigeants, la priorité redevient la visibilité
Le baromètre du troisième trimestre décrit donc une économie de petites entreprises qui résiste, sans réellement repartir.
La trésorerie s’améliore à la marge. L’accès au crédit reste globalement possible. Pourtant, l’investissement recule et la demande devient le principal frein à la croissance.
C’est une différence importante pour les dirigeants. Une trésorerie moins tendue ne déclenche pas automatiquement un investissement. Pour acheter une machine, recruter ou ouvrir un nouveau site, il faut surtout disposer de visibilité sur les commandes et sur l’environnement économique.
La facturation électronique illustre le même phénomène. Les entreprises sont nombreuses à avoir engagé la transition, mais beaucoup n’en voient pas encore le retour concret. Celles qui ont pris de l’avance semblent toutefois en tirer davantage de bénéfices.
Pour les TPE-PME, la fin de 2026 se joue donc sur deux fronts : protéger le cash à court terme, tout en évitant que la prudence ne se transforme en gel durable des investissements. C’est ce second risque qui pourrait, à terme, peser le plus lourd sur leur croissance.
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