L’histoire commence sur un terrain très banal : la prospection sur LinkedIn.
Tara Heuzé-Sarmini reçoit une invitation professionnelle pour rejoindre un réseau d’entrepreneurs.
Elle décline la proposition et fait remarquer que le nom et l’univers du club correspondent peu à ses engagements.
La réponse qu’elle reçoit ensuite change totalement le ton.
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Son interlocuteur évoque notamment la création prochaine d’un « club de connasses » et lui suggère qu’elle pourrait en devenir l’ambassadrice.
Tara Heuzé-Sarmini décide alors de publier l’échange sur LinkedIn.
Elle présente ce message comme un exemple du sexisme auquel les femmes peuvent encore être confrontées sur les réseaux professionnels.
20 Minutes retrace l’affaire et ses conséquences judiciaires
Messages privés LinkedIn : huit jours entre le post et la décision
La suite va particulièrement vite.
Quelques jours après la publication, Tara Heuzé-Sarmini reçoit une mise en demeure.
Puis elle est assignée dans le cadre d’une procédure d’urgence.
Le 4 septembre, soit huit jours après sa première publication selon la Fondation des Femmes, le tribunal judiciaire de Lille rend une ordonnance de référé.
Le juge demande le retrait du post.
D’après les éléments publiés par les médias, la décision prévoit également une astreinte de 150 euros par jour en cas de maintien de la publication.
Tara Heuzé-Sarmini doit aussi verser 1 500 euros au titre des frais de justice.
La rapidité de la procédure a beaucoup fait réagir.
Cependant, il est important de comprendre qu’un référé ne correspond pas à un jugement définitif sur l’ensemble du conflit.
Le Code de procédure civile définit l’ordonnance de référé comme une décision provisoire
Le juge doit surtout décider rapidement s’il existe une situation qui justifie une mesure immédiate.
Il ne tranche donc pas nécessairement toutes les questions de fond.
Pourquoi la publication a-t-elle posé un problème juridique ?
Le sujet n’était pas simplement de savoir si le message reçu était déplacé.
La question portait aussi sur sa diffusion publique.
Un échange envoyé par messagerie privée ne devient pas automatiquement public parce que son destinataire souhaite le dénoncer.
Le droit français protège en effet la vie privée.
L’article 9 du Code civil prévoit que chacun a droit au respect de sa vie privée.
Il permet également au juge de prendre rapidement des mesures lorsqu’une atteinte doit cesser.
Consulter l’article 9 du Code civil sur Légifrance
Selon l’avocat spécialisé en droit numérique interrogé par 20 Minutes, la publication d’une correspondance privée peut donc créer un risque juridique même lorsque son contenu paraît choquant.
Toutefois, cela ne signifie pas que toute publication d’un échange privé est automatiquement interdite dans toutes les situations.
Le contexte compte.
L’intérêt général du sujet peut également entrer dans l’analyse.
Enfin, le juge doit tenir compte de plusieurs droits qui peuvent entrer en conflit.
Messages privés LinkedIn : peut-on dénoncer sans montrer l’auteur ?
C’est probablement l’enseignement le plus concret pour les utilisateurs de LinkedIn.
Une personne peut dénoncer un comportement sans forcément publier l’identité complète de son interlocuteur.
Par exemple, elle peut masquer le nom.
Elle peut cacher la photographie.
Elle peut aussi retirer le nom de l’entreprise ou les éléments permettant une identification directe.
Le contenu problématique peut ainsi être montré tout en réduisant l’atteinte à la vie privée.
Cette précaution ne supprime pas tous les risques juridiques.
Cependant, elle peut changer fortement l’équilibre entre le droit de dénoncer une situation et le droit de l’autre personne au respect de sa vie privée.
Ouest-France revient sur la question de la publication des échanges privés sur les réseaux sociaux
Pour une entreprise, le conseil peut d’ailleurs être le même.
Avant de publier la capture d’écran d’un client, d’un fournisseur ou d’un salarié, mieux vaut s’interroger sur ce qui doit réellement être rendu public.
La Fondation des Femmes dénonce une « procédure-bâillon »
L’affaire a rapidement dépassé LinkedIn.
La Fondation des Femmes et plusieurs organisations ont apporté leur soutien à Tara Heuzé-Sarmini.
Elles qualifient la procédure de « procédure-bâillon ».
Cette expression désigne une action judiciaire qui, selon ceux qui la dénoncent, peut avoir pour effet de décourager ou de faire taire une personne qui s’exprime publiquement.
Il s’agit ici de la qualification défendue par la Fondation et les associations signataires, et non d’une qualification juridique définitivement établie par le tribunal.
Lire le communiqué de la Fondation des Femmes
La Fondation critique notamment la vitesse de la procédure.
Elle estime aussi que ce type d’action peut décourager les femmes de rendre publics des comportements sexistes.
De son côté, la décision du juge porte sur la diffusion du message privé.
Elle ne revient donc pas à déclarer acceptable le contenu du message initial.
Cette distinction est essentielle.
Le cybersexisme touche particulièrement les femmes
L’affaire intervient dans un contexte plus large.
Selon le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, le cybersexisme constitue la première forme de discours de haine en ligne.
Son rapport 2026 indique que 84 % des victimes sont des femmes.
Consulter le rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité
Le problème ne concerne donc pas seulement les réseaux sociaux destinés au grand public.
LinkedIn peut également devenir un espace de tensions.
Pourtant, la plateforme reste d’abord un outil professionnel.
Une remarque envoyée en privé peut ainsi avoir des conséquences sur une réputation, une carrière ou une relation commerciale.
C’est aussi pourquoi la frontière entre vie privée et vie professionnelle devient parfois difficile à tracer.
Les entreprises doivent aussi apprendre à gérer les comportements en ligne
Le sujet intéresse directement les employeurs.
Un message envoyé depuis un compte personnel entre deux professionnels peut rapidement se retrouver partagé auprès de milliers de personnes.
Dès lors, un comportement individuel peut devenir une crise de réputation.
Les entreprises ont donc intérêt à rappeler certaines règles simples.
Un salarié ou un dirigeant reste responsable de la manière dont il s’adresse à ses interlocuteurs.
LinkedIn n’est pas un espace sans règles parce qu’il s’agit d’un réseau social.
Business Times constatait déjà une hausse des signalements de harcèlement et de comportements problématiques dans le monde du travail.
Les propos discriminatoires, les comportements sexistes et le cyberharcèlement figurent notamment parmi les sujets signalés.
Dénoncer ne signifie pas forcément publier une capture d’écran
Lorsqu’une personne reçoit un message insultant, plusieurs possibilités existent.
Elle peut conserver la conversation comme preuve.
Ensuite, elle peut signaler le profil à la plateforme.
Selon la gravité ou la répétition des faits, elle peut également demander conseil à un avocat ou se rapprocher d’une association.
Enfin, elle peut parler publiquement de son expérience.
Cependant, publier une capture complète avec le nom, la photographie et les coordonnées de l’auteur représente une étape supplémentaire.
C’est précisément sur ce point que l’affaire Tara Heuzé-Sarmini devient intéressante.
Elle ne pose pas seulement la question du sexisme.
Elle pose aussi celle de la façon dont une personne peut le dénoncer sans s’exposer elle-même à une procédure.
Messages privés LinkedIn : le référé ne clôt pas l’affaire
La décision du 4 septembre ne constitue pas nécessairement la fin du dossier.
Tara Heuzé-Sarmini a indiqué vouloir contester la décision.
Un appel permettrait alors un nouveau débat contradictoire.
Le Code de procédure civile rappelle d’ailleurs qu’une ordonnance de référé est une décision provisoire et qu’elle n’a pas, sur le fond du litige, l’autorité d’un jugement définitif.
L’affaire pourrait donc encore évoluer.
Il faut également éviter une conclusion trop rapide.
La justice n’a pas décidé qu’une personne peut librement tenir des propos sexistes dans une messagerie privée.
Elle a examiné, dans l’urgence, la question de la diffusion publique d’une correspondance privée.
Les deux sujets sont juridiquement différents.
Une affaire qui pose aussi la question de la place des femmes dans les réseaux professionnels
Tara Heuzé-Sarmini est entrepreneuse.
Elle a notamment créé l’association Règles Élémentaires et travaillé sur plusieurs projets liés à l’égalité et aux familles monoparentales.
Son cas résonne donc aussi avec une question plus large : celle de la place accordée aux femmes dans les milieux entrepreneuriaux.
Business Times montrait récemment que les femmes ne représentent encore que 31,1 % des nouvelles immatriculations d’entreprises en France.
Dans ce contexte, les réseaux professionnels jouent un rôle important.
Ils permettent de rencontrer des investisseurs, des clients, des partenaires ou d’autres entrepreneurs.
Cependant, ils doivent aussi rester des espaces où un refus ou un désaccord professionnel peut être exprimé sans dérapage personnel.
Le vrai enseignement pour les utilisateurs de LinkedIn
L’affaire Tara Heuzé-Sarmini ne permet pas d’établir une règle selon laquelle il serait toujours interdit de montrer un message privé.
Elle rappelle plutôt qu’une publication publique peut mettre plusieurs droits en concurrence.
Le droit de raconter une expérience.
Le droit de dénoncer un comportement.
La liberté d’expression.
Mais aussi le droit à la vie privée.
Par conséquent, la prudence reste utile.
Avant de publier des messages privés LinkedIn, anonymiser l’échange peut être une première protection.
Conserver la version originale reste également important.
Enfin, lorsque les propos paraissent graves, demander un avis juridique avant de rendre l’auteur identifiable peut éviter qu’une dénonciation légitime se transforme en second conflit.
L’affaire montre finalement toute la difficulté des réseaux sociaux professionnels : un message peut être envoyé en quelques secondes, devenir public en quelques minutes et se retrouver devant un juge quelques jours plus tard.
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