Le Lancet Countdown 2026, présenté le 28 octobre, demande une réponse sanitaire internationale à la hauteur des effets du réchauffement. Cette dixième édition réunit 146 experts et suit 54 indicateurs. Selon les auteurs, plusieurs dommages ont progressé plus vite durant la décennie suivant l’entrée en vigueur de l’accord de Paris qu’au cours de la précédente.
Le rapport mondial du Lancet Countdown constate des bénéfices des politiques climatiques, mais les juge insuffisants face à l’aggravation des risques. Son appel vise notamment les décisions de financement : la santé devrait peser dans le choix des investissements et dans l’évaluation de leurs résultats.
Lancet Countdown 2026 : ce que recouvrent les 3 millions de morts
Entre 2016 et 2023, la chaleur est associée à une moyenne estimée de 540 800 décès par an dans le monde. Environ 68 % de ce bilan seraient attribuables au changement climatique d’origine humaine. Sur les huit années étudiées, cette part représente près de 3 millions de morts.
Il faut donc distinguer la mortalité totale liée à la chaleur de la fraction attribuée au réchauffement. Le chiffre cumulé ne concerne pas une seule année. Il ne mesure pas non plus tous les décès causés par l’ensemble des conséquences du changement climatique.
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Pour 2023, les chercheurs estiment le bilan de la chaleur à 710 000 morts, dont plus de 70 % attribuables au réchauffement. Leurs calculs comparent les conditions climatiques observées à un scénario sans changement climatique d’origine humaine. Ils s’appuient sur un modèle reliant température et mortalité, construit à partir de données couvrant 129 pays.
Ces résultats restent des estimations statistiques. La méthode suppose notamment que la relation entre exposition à la chaleur et mortalité reste constante dans le temps. Elle ne capture donc pas entièrement les effets d’une meilleure adaptation, ni ceux d’une vulnérabilité accrue. Les auteurs signalent cette limite dans la documentation de l’indicateur.
La chaleur réduit aussi la capacité de travail
Le coût économique apparaît dans un autre indicateur du Lancet Countdown 2026. En 2025, l’exposition à la chaleur aurait entraîné la perte de 573 milliards d’heures potentielles de travail. C’est 35 % de plus que la moyenne annuelle de 2006-2015.
Il s’agit d’une capacité de travail estimée, et non d’un relevé mondial des absences. Le modèle combine notamment température, humidité et rayonnement solaire avec l’effort physique associé aux activités professionnelles. Il couvre l’agriculture, la construction, l’industrie et les services. Le travail non rémunéré n’entre pas dans ce calcul.
L’Institut de recherche sur les effets du changement climatique de Potsdam, qui participe au rapport, chiffre les pertes de revenus potentiels à 1 070 milliards de dollars pour 2025. L’agriculture et la construction en représentent les parts les plus importantes.
Pour une entreprise, cette estimation mondiale ne fournit pas un taux de perte à appliquer à son chiffre d’affaires. L’exposition dépend des postes et des locaux. Un chantier extérieur et un bureau rafraîchi ne subissent pas les mêmes contraintes. Notre analyse du coût des canicules pour l’économie française explique également pourquoi les évaluations varient selon le périmètre retenu.
Une demande des scientifiques, pas une déclaration officielle
Les auteurs réclament un nouvel instrument de l’Organisation mondiale de la santé pour reconnaître et traiter le changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale. Ils demandent aussi de mobiliser les mécanismes existants pour les événements sanitaires aggravés par le climat.
L’OMS précise sa réponse au rapport : elle intervient déjà par la surveillance et les systèmes d’alerte, ainsi que par la préparation des systèmes de santé. Son communiqué ne vaut pas déclaration d’une nouvelle urgence mondiale couvrant le changement climatique dans son ensemble.
La distinction compte pour les entreprises : cet appel scientifique ne crée pas, à lui seul, une nouvelle obligation réglementaire. Il propose une organisation internationale de la prévention et des financements. Les règles applicables aux employeurs continuent de dépendre des textes en vigueur dans chaque pays.
Financer la prévention sans alourdir la dette
Le Lancet Countdown 2026 demande de développer les financements sous forme de subventions ou à des conditions très avantageuses. Les auteurs veulent permettre aux pays de protéger leur population sans aggraver leur endettement. Ils proposent aussi de mieux partager les données climatiques et sanitaires pour préparer les réponses avant les crises.
Ces investissements doivent pouvoir être évalués sur leurs effets sanitaires, notamment les décès évités. Les conséquences moins visibles méritent également d’être suivies : notre article sur la chaleur, le sommeil et l’activité physique aborde cette dimension à partir d’autres données.
La traduction concrète de l’appel dépendra des décisions des États et de l’OMS. Pour les financeurs, une question se pose dès la sélection des projets : quels moyens sont réellement affectés à la réduction de l’exposition à la chaleur, et comment les résultats seront-ils mesurés ?
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